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31 - 2002, DAUC 31 - Substitution de la dénomination "rue Jean Pierre-Bloch" à celle de "rue Alexis Carrel" (15e). Vœu déposé par M. Jean-François LEGARET tendant à débaptiser la bibliothèque François Mitterrand


M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Nous passons au projet de délibération DAUC 31 relatif à la substitution de la dénomination "rue Jean Pierre-Bloch" à celle de "rue Alexis Carrel".
Je donne la parole à Mme Marie-Pierre MARTINET pour "Les Vertes".
Mme Marie-Pierre MARTINET. - Et "Les Verts" aussi.
Monsieur le Maire, chers collègues, lors de la séance du Conseil de Paris du 4 décembre dernier, le groupe "Les Verts" présentait un v?u demandant que la rue Alexis-Carrel, dans le 15e arrondissement de Paris, soit débaptisée. Conformément à ce v?u qui fut adopté par notre Assemblée, l'Exécutif nous présente aujourd'hui ce projet de délibération. Nous nous en félicitons doublement, d'une part parce que cela démontre que les v?ux votés lors des séances du Conseil ne sont pas tous des v?ux pieux et, d'autre part, parce qu'il correspond à une demande ancienne des élus écologistes déjà formulée sous la précédente mandature, mais jusqu'à ce jour restée enterrée.
Et pourtant, panthéons discrets, lieux de mémoire, les noms des rues de Paris témoignent et perpétuent le souvenir de femmes et d'hommes dont la République française se revendique. Or, en attribuant, en 1974, à une rue du 15e arrondissement de Paris, proche du Vel d'Hiv, le nom d'Alexis Carrel, porte-parole scientiste de la pensée vichyste, auteur de thèses dans lesquelles la République ne saurait se reconnaître, la Ville a commis une faute.
Ce faisant, elle a en effet honoré celui qui fut nommé Régent de la Fondation française pour l'étude des problèmes humains en 1941 et ?uvra activement pour, je cite, "le salut de la race".
Sa doctrine trouva malheureusement un écho bien au-delà des frontières françaises et notamment en Allemagne...
En 1936, dans la préface à l'édition allemande de son ouvrage, il expliquait qu'en Allemagne le Gouvernement a pris des mesures énergiques contre l'augmentation des minorités, des aliénés, des criminels.
Faut-il encore rappeler ses déclarations antisémites de 1938 à New York où il dénonçait "l'énorme propagande bolcheviste et juive" qui, selon lui, poussait à la guerre, où il se plaignait de ce que "la radio était entre les mains des juifs".
Le combat contre Alexis Carrel fut initié assez naturellement par des résistants universitaires, notamment à partir de leur bulletin "L'université libre" dans son n° 63 du 5 juillet 1942.
Le combat contre Alexis Carrel, son action et ses idées, a malheureusement retrouvé au cours de ces dix dernières années, dans notre pays notamment, une grande actualité. Ainsi, Jean-Marie LE PEN comme M. Bruno MEGRET se sont-ils à plusieurs reprises reconnus comme les fils spirituels de cet homme irréprochable puisque auréolé d'un Prix Nobel.
En octobre 1993, de nombreuses personnalités, parmi lesquelles MM. Lucien BONNAFE, Pierre BOURDIEU, Georges CHARPAK, Didier DAENNINCKX, Mme Françoise HERITIER, M. Serge KLARSFELD, Mme Rita THALMANN, MM. Patrick TORT, Jean-Pierre VERNANT, avaient sollicité le Maire de Paris de l'époque, M. Jacques CHIRAC, pour lui remettre une pétition demandant que soit débaptisée la rue Alexis-Carrel.
En réponse, une lettre de M. Camille CABANA indiquait que l'emploi du temps de M. CHIRAC ne lui permettait pas de recevoir cette délégation.
Ces dernières années, une vingtaine de villes se sont débarrassées de leur rue Alexis-Carrel : Strasbourg, Montpellier, Limoges, Belfort... La Faculté de médecine de Lyon a fait de même.
A Paris, par contre, pendant longtemps, rien ne bouge. Invariablement, le Maire de Paris s'est abrité derrière la Commission d'examen des projets de dénomination des voies, places et espaces verts de la Ville de Paris, qui proposait de maintenir cette dénomination.
Ce conservatisme hypocrite est aujourd'hui remis en cause et il faut s'en féliciter. Mais puisqu'il est question de cette commission, pouvez-vous, Monsieur le Maire, à l'occasion de ce projet de délibération, nous préciser sa composition et les règles de son fonctionnement, ainsi que les règles qui président aux renominations ?
En conclusion, Freud disait : "N'oublions pas l'oubli". Le souvenir est en effet fragile, c'est pourquoi il requiert de notre part une grande exigence et toute notre vigilance. Le devoir de mémoire dont il est beaucoup question a beaucoup de mal à s'incarner. L'actualité foisonne d'exemples démontrant que la France a toujours beaucoup de mal à regarder Vichy en face. Il en est de même pour la guerre coloniale que la France a menée en Algérie. Les réticences persistantes à ouvrir les archives le prouvent également. Résister à l'anéantissement, dur ou doux, de la mémoire, c'est se donner les moyens d'empêcher le retour des infamies de notre histoire.
Débaptiser la rue Alexis-Carrel, c'est modestement, peut-être, lutter contre l'oubli et la banalisation d'idées toujours menaçantes, tout en prenant garde aux modalités qui prévaudront aux nouvelles nominations proposées.
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Monsieur LEGARET, vous avez la parole.
M. Jean-François LEGARET, maire du 1e arrondissement. - Je souhaite intervenir et présenter un amendement que nous avons déposé au sujet de ce projet de délibération, qui consiste à débaptiser la rue Alexis-Carrel et à lui attribuer le nom de M. Jean Pierre-Bloch. Je ferai plusieurs observations.
Je trouve que notre Conseil est confronté maintenant, de séance en séance, à des dossiers de cette nature. Ils m'inspirent toujours prudence, problème de conscience et équité. Prudence, je crois que nous avons tous le devoir d'en faire preuve. Problème de conscience parce que, que nous dit-on ? Je connais relativement mal la vie du docteur Alexis Carrel et je vous prie de bien vouloir m'en excuser. J'imagine que si on lui a attribué le nom d'une rue, c'est parce qu'il avait effectivement reçu le Prix Nobel de médecine. J'imagine que s'il avait reçu le Prix Nobel de médecine, c'est parce qu'il existait des raisons de le lui attribuer. Que nous dit-on ? Dans la vie, un homme peut avoir plusieurs personnalités. Alexis Carrel n'est pas le seul dans ce cas.
(Mouvements divers dans l'hémicycle).
Vous savez, c'est un problème sérieux. Quand je dis que c'est un problème de conscience, seuls ceux qui n'ont pas de conscience peuvent s'en offusquer.
J'ai simplement observé que M. François Mitterrand avait été, lui aussi, naturellement honoré à Paris et en France. Or j'ai découvert, en lisant un ouvrage que vous connaissez tous, M. Pierre PÉAN "Une jeunesse française" consacré à la jeunesse de M. François Mitterrand, une publication qui a été distribuée en décembre 1942, préfacée par le Maréchal de France, chef de l'Etat, M. Philippe Pétain, qui adresse un ordre du jour aux armées de terre, de mer et de l'air. Suit le sommaire de ce numéro et on y lit, dans les variétés, un article intitulé "La science de l'homme" signé du docteur Alexis Carrel. On y lit un autre article, 2 lignes plus bas, intitulé "Pèlerinage en Thuringe" signé M. François Mitterrand. C'est un fait historique avéré.
Je voudrais, Monsieur le Maire, m'étonner qu'ayant distribué en 1ère Commission l'amendement et en ayant joint comme annexe ce sommaire, l'annexe n'ait pas été reproduite dans la liasse. On a donc censuré cette annexe en ôtant à l'amendement une grande part de sa signification.
Je vous remets cette annexe et j'aimerais qu'elle soit distribuée par le service de la séance puisqu'elle a été remise à bonne date, à la séance de la 1ère Commission.
Qu'est-ce que tout cela veut dire ? Le docteur Alexis Carrel s'est malheureusement fourvoyé dans la propagande pétainiste. M. François Mitterrand aussi.
Le docteur Alexis Carrel a été décoré de l'ordre de la Francisque, M. François Mitterrand aussi.
Le docteur Alexis Carrel s'est vu attribuer le nom d'une assez modeste rue du 15e arrondissement, qu'il s'agit aujourd'hui de débaptiser. Je n'ai pas d'objection. Je ne suis pas un défenseur, je ne suis pas un propagandiste du docteur Alexis Carrel. Je dis simplement qu'un problème d'équité est ainsi posé.
Le révisionnisme est un art extrêmement difficile et je vous invite à ne pas faire de progrès dans cet art fort dangereux. Vous savez très bien que nous partageons tous parce que nous sommes tous, hommes et femmes d'une même époque, un certain nombre de valeurs sur lesquelles je pense que nous avons un large consensus et c'est tant mieux. Mais ces valeurs n'étaient pas celles de nos aînés. Si l'on remonte très loin dans les différentes époques, on ferait des découvertes accablantes sur les écrits, sur les pensées, sur les paroles d'un certain nombre de nos célèbres personnages de l'histoire de France ou même de l'histoire de l'Europe.
Alors, je crois que cette dérive est dangereuse. Je pense d'ailleurs que M. Jean-Pierre Bloch, Fondateur de la LICRA, méritait mieux que cette modeste artère du 15e arrondissement. Oui, c'est une grande personnalité. Je connais la rue Alexis-Carrel. Franchement, la proposition est finalement bien médiocre. Il va de soi que ce voeu peut être qualifié de caricatural et j'assume le caractère caricatural de ce voeu. Je m'adresse au Maire, à son adjoint M. Jean-Pierre CAFFET, et dis que si vous n'en tenez pas compte et si vous nous proposez à chaque séance des opérations de révisionnisme, je vais m'y mettre aussi. Je vous soumettrai une relecture des oeuvres, des pensées, des actes et des paroles d'un certain nombre de personnages qui figurent parmi les piliers du socialisme et des hommes de gauche en France. Voilà, je le ferai parce que je ne veux pas que vous ayez le monopole de ces actions purement symboliques et finalement assez dérisoires, dont vous me pardonnerez de souligner même si ça vous choque, la parfaite médiocrité.
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Merci, Monsieur LEGARET.
Je vous demande le silence. Il y a un certain nombre d'intervenants auxquels répondra M. CAFFET. Je voudrais faire deux remarques, si vous me le permettez. La première est qu'il est sain de débattre dans notre Assemblée du sujet qui touche, en effet, à la vie des Parisiens, à la mémoire collective.
Réjouissons-nous qu'il y ait débat. Ensuite, comme je l'avais déjà dit, si je suis un lecteur assidu de Louis-Ferdinand Céline, je serais ému qu'une rue portât son nom.
La parole est à M. DARGENT.
M. Claude DARGENT. - M. LEGARET vient de choisir un bien mauvais terrain. Il connaît mal M. Alexis Carrel. Or le fond du problème est bien là. On va ensemble, en quelques minutes, essayer de mieux connaître M. Alexis Carrel. Le problème que pose l'attribution de son nom à une rue de Paris, ce n'est pas d'abord un problème de collaboration, Monsieur LEGARET, c'est qu'Alexis Carrel a été un des théoriciens et un des praticiens de ce qu'on appelle l'eugénisme. Voici, par exemple, quelques-unes des thèses qu'il développait dans son livre "L'homme, cet inconnu", paru en 1935, que vous pourrez trouver assez facilement, Monsieur LEGARET, il est encore dans les bibliothèques.
Je cite : "Il est nécessaire de faire un choix parmi la foule des hommes civilisés. Ceux qui portent un lourd fardeau ancestral de folie, de faiblesse d'esprit ou de cancer ne doivent pas se marier". Un peu plus loin : "L'établissement d'une aristocratie biologique héréditaire serait une étape importante vers la solution des grands problèmes de l'heure présente". Nous sommes dans les années 30. Dans l'avant-dernier chapitre de son livre, M. Alexis Carrel indique que pour un certain nombre de délinquants, "un établissement euthanasique, pourvu de gaz appropriés permettrait d'en disposer de façon humaine et économique. Le même traitement ne serait-il pas applicable aux fous qui ont commis des actes criminels ? Il ne faut pas hésiter à ordonner la société moderne par rapport à l'individu sain".
Certains ne voudront sûrement voir qu'un hasard malencontreux dans cette coïncidence entre ces thématiques d'Alexis Carrel et les pratiques qu'allait bientôt adopter le nazisme en Europe. Alexis Carrel leur répond par avance dans la préface à l'édition allemande de son livre, en 1936, trois ans donc, nous le savons tous, après l'installation d'Adolf Hitler au pouvoir :
"En Allemagne, le Gouvernement a pris des mesures énergiques contre l'augmentation des minorités, des aliénés, des criminels. La situation idéale serait que chaque individu de cette sorte soit éliminé quand il s'est montré dangereux".
Ce triste personnage ne s'est pas contenté de formuler ce genre de voeux et d'appréciations, il a cherché à mettre ses thèses en pratique. Comme l'a rappelé tout à l'heure Marie-Pierre MARTINET, il a fondé et dirigé la Fondation pour l'étude des problèmes humains, sous le régime de Vichy et sur les indications du Maréchal Pétain.
Alexis Carrel, à la tête de cette fondation, envoie une équipe intitulée "biologie de la lignée" enquêter sur la "qualité biologique" des familles immigrées de Paris et de sa banlieue, à l'époque même où s'organisaient les déportations de Drancy.
Voici un extrait du rapport d'activité de cette équipe que, là encore, Monsieur LEGARET, vous pourrez retrouver dans les cahiers de la fondation en 1943 :
"Beaucoup d'immigrants, on le sait, ont été admis en France. Les uns sont désirables, les autres ne le sont pas. La présence de groupes d'étrangers indésirables du point de vue biologique est un danger certain pour la population française. La fondation se propose de préciser les modalités d'assimilation des immigrants afin qu'il devienne possible de les placer dans des conditions appropriées à leur génie ethnique. Elle procède actuellement au dénombrement et à la localisation - nous sommes pendant la deuxième guerre mondiale, je le rappelle - de certaines catégories d'entre eux surtout des Nord-Africains, des Arméniens et des Polonais. Elle étudie, en particulier, la population arménienne d'Issy-les-Moulineaux" dont chacun sait que c'est une commune riveraine du 15e arrondissement de Paris où se trouve aujourd'hui encore, mais plus pour longtemps, la rue dénommée Alexis Carrel.
Pendant ce temps, les rafles de Vichy s'occupaient alors de placer les indésirables "dans des conditions appropriées à leur génie ethnique" pour reprendre les termes de ce texte de la fondation dirigée par le docteur Carrel.
Le fait d'avoir créé et dirigé la Fondation pour l'étude des problèmes humains valut d'ailleurs à l'?uvre de Carrel d'être mise à l'index par le Comité national des écrivains en 1945.
En octobre 1995, l'appartenance logique d'Alexis Carrel au parti populaire français de Jacques Doriot, une formation nationale-socialiste et collaborationniste, est mise à jour par des chercheurs lyonnais.
Voilà ce qu'a écrit et ce qu'a fait Alexis Carrel. Comme l'a rappelé Marie-Pierre MARTINET, un certain nombre de politiques comme LE PEN ne s'y trompent pas.
La question qui est posée à cette Assemblée est la suivante : est-il légitime que l'auteur de tels propos et de tels actes se voie honorer par une rue dans le 15e arrondissement de Paris ? Au vu de ces informations, la réponse ne fait aucun doute pour la gauche en général, et le groupe socialiste et radical de gauche en particulier.
Bien sûr Alexis Carrel ne peut pas être réduit à cet aspect-ci de sa vie. Il a reçu le Prix Nobel, personne ne le conteste ; il a contribué à la transplantation d'organes, il a été un pionnier en la matière. Mais ces apports incontestables à la médecine pour quelqu'un qui a professé des valeurs et des pratiques tellement contraires à la dignité humaine ne mérite en aucun cas une rue dans Paris aujourd'hui, ni hier d'ailleurs.
L'ensemble du pays, et j'en terminerai là, s'est retrouvé sur cette conclusion : la quasi-totalité des villes qui avaient donné à une de leurs rues le nom d'Alexis Carrel, une vingtaine d'entre elles, l'ont débaptisée dans les années 1990. Paris est aujourd'hui la seule ville en France à avoir résisté à ce mouvement. Pourtant, ce n'est pas faute pour la gauche d'avoir cessé de réclamer que cette rue soit débaptisée dans le 15e comme partout ailleurs en France. J'entends encore en 2000, sous l'ancienne mandature, le Maire du 15e, René GALY-DEJEAN, opposer une fin de non-recevoir à cette demande émanant de la gauche au Conseil d'arrondissement.
L'argument, on le connaît, il a été de nouveau donné ici : vous comprenez, un changement de nom, cela perturbe les riverains !
Eh bien la question que je voudrais poser ici est celle de savoir s'il n'est pas bien plus perturbant d'habiter dans une rue qui porte le nom d'un individu qui a préconisé les chambres à gaz, la sélection raciale et s'est félicité de la politique menée par Hitler en ce domaine ?
Ce que la majorité de droite à Paris a refusé de faire, la gauche va le faire. Elle va débaptiser la rue Alexis-Carrel. Et c'est bien au-delà de ses rangs, que les habitants du 15e et de Paris vont se réjouir de la fin d'un scandale que la droite, fidèle à elle-même, avait laissé perdurer.
Merci.
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et radical de gauche).
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Le nombre d'inscrits étant important, je vous demande d'avoir la vigilance de ne pas vous répéter et peut-être dans vos présentations futures de penser à l'objet de la substitution de la dénomination qui est donc de se réjouir que la rue s'appelle dorénavant Jean Pierre-Bloch.
Je donne la parole à M. Gilles ALAYRAC.
M. Gilles ALAYRAC. - Ce soir nous arrivons, enfin, au terme d'un combat qui dure depuis une dizaine d'années, auquel ont pris part des personnalités diverses comme Pierre BOURDIEU, Gilles PEYRAULT, Serge KLARSFELD, Georges CHARPACK, Marc BONAFE, Jean-Pierre VERNANT.
Ce combat a été aussi celui des formations politiques de gauche qui n'ont eu de cesse de réclamer que soit débaptisée la rue Alexis-Carrel dans le 15e arrondissement.
Ce nom est une infamie, une honte pour Paris, car bien qu'ayant été un grand savant et un grand médecin, Alexis Carrel s'est fourvoyé dans des thèses pseudo médicales, raciales et finalement racistes et xénophobes.
Ce médecin à la pensée nazie continue d'exercer aujourd'hui une certaine fascination sur l'extrême-droite, et je vous engage à jeter un coup d'oeil sur Internet sur les sites révisionnistes qui lui sont consacrés et qui font son apologie.
Nous n'allons donc pas réhabiliter Alexis Carrel, nous allons le supprimer de notre plan d'urbanisme, nous allons tenir la promesse de Bertrand DELANOË qui a pris l'engagement de faire disparaître ce nom qui demeure une flétrissure.
Au début du XXIe siècle, il est grand temps de regarder les réalités historiques en face. Aussi, je regrette vivement que, par son voeu, M. LEGARET se plaise à sortir des vieux cadavres du placard, ceux des Français qui ont collaboré. Il procède ainsi par amalgame et cherche à détourner le débat vers des rives incertaines.
L'exhumation à laquelle il se livre ne nous fait pas découvrir ce soir ce que fut le passé de François Mitterrand durant quelques mois de sa vie. Je le renvoie à plusieurs ouvrages historiques récents sur ce sujet qui évoquent cette période très courte de la vie de l'ancien chef de l'Etat avant qu'il ne s'illustre brillamment dans la Résistance et ne devienne un homme public.
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Ce n'est pas ce que dit Pierre PÉAN !
M. Gilles ALAYRAC. - L'heure est venue de repousser tout cela pour rendre hommage à un homme qui a représenté l'exacte anti-thèse de ce qu'incarnait Alexis Carrel.
Au racisme, au fascisme, à la collaboration, je préfère l'exemple qui fut donné de la lutte contre l'occupant, de l'honneur en politique et de l'héroïsme.
Sans hésiter et contrairement à la grande majorité d'élus de la droite du 15e arrondissement qui se sont abstenus, je voterai en faveur d'une rue qui honore un patriote et une figure de la Résistance.
Je voudrais ajouter quelques mots sur Jean Pierre-Bloch. Il était un homme d'abnégation et de choix courageux. Militant politique engagé, jeune élu, c'est lui qui escortait Léon Blum le 12 février 1934 lors de l'immense défilé populaire contre le fascisme et l'extrême-droite. En 1938 il fait partie des 7 députés S.F.I.O. qui au sein de leur groupe votent contre les accords de Munich.
Il est député et pourtant il s'engage dans l'Armée française comme sous-lieutenant. Prisonnier des allemands en 1940 il s'évade du camp de Mauzac en Dordogne. Bien que marié et père de 3 enfants - et l'un d'eux siège sur nos bancs - il rejoint la même année la Résistance à une époque où bien peu de Français faisaient preuve d'un tel courage. Il organise alors le premier parachutage anglais en France.
Pendant ce temps, Alexis Carrel se pavanait un verre de cognac à la main dans les salons de l'Institut allemand de Paris, le meilleur organisme mondain au service de la propagande nazie.
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Un tout petit peu de silence, que M. ALAYRAC conclue.
M. Gilles ALAYRAC. - Fait prisonnier à Marseille par la police de Vichy alors qu'il venait alimenter en argent les réseaux de la Résistance, Jean Pierre-Bloch est condamné à mort, mais il s'échappe de sa prison grâce à une scie que lui adresse son épouse dans un colis. Il décide alors de rejoindre Londres et le Général de Gaulle en passant par l'Espagne franquiste. Il sera nommé numéro deux des services secrets de la France libre et pendant 2 ans il organisera, depuis Londres et Alger, l'envoi des agents chargés d'aider la Résistance et de préparer les sabotages.
Nommé au Comité français de libération nationale il est le premier Ministre à mettre le pied sur le territoire de la métropole. Nous sommes le 21 août 1944. Il atterrit à Toulouse, qui vient de se libérer, et le même jour il installe le Préfet, le Général commandant de la région militaire et il remet les insignes de Compagnon de la Libération au Cardinal Saliege.
Jean Pierre-Bloch était un homme libre. Il s'est retiré de la carrière politique en 1946 pour consacrer sa vie au combat contre le racisme et l'antisémitisme.
Son dernier acte public sera son témoignage au procès de Maurice PAPON, où il contestera son appartenance à la Résistance. A son décès le Président de la République, Jacques CHIRAC, lui rendra hommage en citant - je cite - "sa passion pour la liberté". Et le Premier Ministre Lionel JOSPIN dira que "ses combats contre le racisme - je cite - ont incarné les valeurs de la République française".
Mes chers collègues, parce que j'ai eu le privilège de connaître Jean Pierre-Bloch, je puis vous dire qu'il était un homme exceptionnel, et je suis fier que la Ville de Paris rende à ce grand républicain un hommage mérité, lui qui fut un exemple pour nous tous.
J'aurais simplement un regret c'est que j'aurais aimé ce soir que son nom nous rassemble tous.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement des citoyens et "Les Verts").
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - J'insiste, j'insiste vraiment, mes chers collègues, il y a trop d'intervenants pour que l'on puisse répéter indéfiniment...
M. Patrick BLOCHE. - Combien ?
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Il y en a 5 encore. Quand un maire d'arrondissement ou un membre de l'Exécutif souhaite s'inscrire, je ne peux pas refuser son inscription.
M. CHERKI souhaite intervenir, M. VUILLERMOZ, président de groupe souhaite intervenir.
M. Jean VUILLERMOZ. - Pour une explication de vote.
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Tout à fait. Je ne veux pas censurer qui que ce soit, mais si vous sentez que vos textes préparés vont répéter ce qu'ont dit brillamment déjà vos précédents collègues ayez la gentillesse, s'il vous plaît, de ne pas lire ces textes et de passer votre tour. Si vous le voulez bien. Et puis que l'on puisse terminer par une impression très positive qui nous réunisse autour de Jean Pierre-Bloch et de son fils qui est là, Jean-Pierre PIERRE-BLOCH. Je crois que ce serait un moment aussi agréable pour cette Assemblée.
M. BOHBOT a la parole et puis quelques mots de Pierre AIDENBAUM.
M. Jack-Yves BOHBOT. - Je veux vous remercier, Monsieur le Maire, de l'hommage que vous avez décidé de rendre à Jean Pierre-Bloch en donnant son nom à une rue de notre Ville.
Journaliste, homme politique, Jean Pierre-Bloch a surtout laissé l'image d'un inlassable combattant, mon collègue vient de le dire, pour les droits de l'homme, pour la tolérance et la justice.
Journaliste au Populaire, avec Léon Blum, plus jeune député socialiste de l'Assemblée du Front populaire, engagé volontaire, fait prisonnier, condamné à mort par Vichy, Jean Pierre-Bloch rejoint le Général de Gaulle à Londres, puis à Alger, où il est nommé Commissaire du Gouvernement provisoire.
Il s'emploie après guerre à rapprocher les juifs et les chrétiens. Nous lui devons la fameuse rencontre entre l'historien Jules Isaac et Jean XXIII qui débouchera sur Vatican II.
Il faut rappeler aussi qu'il incite l'O.N.U. après guerre à voter l'imprescribilité des crimes commis contre l'humanité.
Il prend en 1968 la tête de la LICRA et se battra notamment contre l'apartheid d'Afrique du sud, pour l'intégration de la communauté noire aux Etats-Unis, contre toutes les formes de racisme et d'antisémitisme.
Pour terminer, je voudrais tout simplement associer à cet hommage l'épouse de Jean Pierre-Bloch, son épouse Gaby, résistante, véritable héros de légende qui a organisé et mené, comme on l'a rappelé tout à l'heure, l'évasion de son mari et de 20 officiers anglais enfermés dans le sinistre camp de Mauzac.
Je ne sais pas si la rue du 15e arrondissement est une petite rue, ce dont je suis sûr c'est que Jean Pierre-Bloch était un grand homme.
(Applaudissements).
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Merci beaucoup.
Alors rapidement Pierre AIDENBAUM en quelques mots, puis Pascal CHERKI et deux explications de vote, ensuite Jean-Pierre CAFFET pour répondre.
M. Pierre AIDENBAUM, maire du 3e arrondissement. - Je ne pensais pas intervenir dans ce débat. J'interviendrai juste en quelques mots après les propos tout à fait choquants de Jean-François LEGARET. Si j'interviens c'est parce que j'étais le collaborateur de Jean Pierre-Bloch pendant 20 ans et j'ai été son successeur à la tête de la LICRA en 1992.
Je ne pensais pas intervenir d'autant plus que l'hommage qui lui a été rendu par les intervenants précédents a démontré s'il le fallait la personnalité de Jean Pierre-Bloch et je voudrais tout simplement vous dire pour ma part que c'est un très grand jour pour notre Assemblée ce soir, à la fois de débaptiser la rue Alexis-Carrel et Claude DARGENT et d'autres ont bien montré pourquoi il était indispensable de débaptiser cette rue, et en même temps pour rendre un hommage qui, je l'aurais espéré, aurait dû être unanime pour ce changement.
Le grand résistant, cela vient d'être rappelé, le combattant infatigable des droits de l'homme, avec son épouse Gaby, à qui il faut rendre hommage, et peut-être d'ailleurs que cette rue pourrait s'appeler Gaby et Jean Pierre-Bloch.
Voilà tout simplement ce que je voulais vous dire et je souhaiterais, Monsieur LEGARET, que vous retiriez vos propos. Et je souhaiterais, parce que j'ai été le successeur de Jean Pierre-Bloch, que maintenant toute l'Assemblée ici réunie se lève et applaudisse le personnage et qu'on en finisse avec ces quelques interventions assez minables que j'ai entendu ce soir. Et je me lève et j'applaudis.
(L'assemblée se lève et applaudit).
M. Alain DESTREM. - Nous ne sommes pas au théâtre !
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Nous sommes vraiment en plein cinéma.
(Applaudissements).
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - M. CHERKI aura la sagesse de faire l'unanimité et ensuite Jean VUILLERMOZ et Alain DESTREM.
M. Pascal CHERKI, adjoint. - Non, je ne cherche pas à faire la l'unanimité mais les mots ont un sens et, Monsieur LEGARET, votre haine profonde et viscérale de la gauche vous emmène sur une pente très glissante.
Je vous dis une anecdote. Avant d'être élu conseiller de Paris, j'étais avocat et un de mes clients s'appelait "SOS racisme" et nous avons attaqué au Tribunal correctionnel de Lyon Jean PLANTIN, éditeur d'une revue négationniste et on s'était rendu compte en soulevant le marigot de la droite lyonnaise que quelques années avant, une poignée d'universitaires avaient refusé mordicus de débaptiser la faculté Alexis Carrel pour les mêmes arguments que vous avez donnés, avec le même relativisme politique qui aboutissait à dire que tout était dans tout et réciproquement. Et il a fallu une mobilisation exceptionnelle de la communauté scientifique pour aboutir à ce que cette faculté change de nom et cela n'a pas été sans mal puisqu'à l'époque les universitaires lyonnais ont même proposé le nom d'un résistant, Gaston Floumens, un professeur arrêté dans son amphithéâtre par les Allemands. A l'époque, la bonne communauté universitaire mandarinale lyonnaise attachée tellement au professeur Alexis Carrel a battu en retraite et appelé la faculté du nom de Laënnec au nom de la neutralité de la science.
Voilà.
Monsieur LEGARET, je pense que le vrai révisionniste, c'est vous.
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Restons-en là.
Pour explication de vote, la parole est M. VUILLERMOZ.
M. Jean VUILLERMOZ. - Je ne m'étais pas inscrit sur ce projet de délibération car je ne pensais pas qu'il allait soulever des mots aussi négatifs que ceux que vient de prononcer M. Jean-François LEGARET. Il est de ceux qui regardent l'histoire avec des loupes déformantes. Ses propos conduisent à des amalgames qui sont lourds de conséquences.
Vous dites que vous ne connaissez pas Alexis Carrel, ce n'est pas possible. Vous êtes obligé de connaître ce qu'il a fait dans sa vie au-delà du Prix Nobel. Ce n'est pas vraisemblable. Comment pouvez-vous soutenir l'idée qu'on puisse maintenir le nom d'Alexis Carrel alors que vous savez bien qu'il a été de ceux qui - quand même, cela a été dit - ont été les pires propagandistes de l'eugénisme. Comment est-il possible qu'aujourd'hui un homme puisse défendre cette idée ? Ce n'est pas normal.
Et vous parlez de révisionnisme par rapport à ce changement de nom et vous le faites, en plus, dans la situation que nous connaissons aujourd'hui.
Il n'y a pas de mot suffisamment fort pour condamner cette réalité tragique et ceux qui l'ont propagée. Il s'agit surtout de rester vigilant et intransigeant. Nous sommes finalement heureux - je parle des communistes - que cette rue prenne un nouveau nom, celui de Jean Pierre-Bloch qui a consacré une grande partie de sa vie à la lutte contre le racisme. Pour moi, il est incompréhensible que l'on puisse continuer à penser ce que vous pensez, Monsieur LEGARET.
(Applaudissements).
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Donc vous voterez pour.
M. DESTREM a la parole pour le groupe "Démocratie libérale et Indépendants".
M. Alain DESTREM. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, les libéraux sont souvent sur la réserve lorsque des membres de notre Conseil proposent des changements de rue - je parle du principe pour l'instant - parce qu'il existait dans les précédentes mandatures des commissions ad hoc qui étaient chargées de réfléchir, en amont et avant de faire des propositions au Conseil de Paris. C'était la Commission des voies et espaces verts, que le Maire de Paris vient de remettre en place il y a très peu de temps puisque cela a été signé le 6 mars 2002. Pendant un an, on a donc vu fleurir des intentions très louables sans aucun doute : "Il faut changer telle rue, telle avenue, il faut revenir là-dessus, faire table rase du passé, il faut...", d'ailleurs cela continue car on nous propose de changer de nom le square Willette... Finalement nous ne respectons pas la règle précédente, qui était à mon avis sage. En remettant en place la Commission des voies et espaces verts, ce sera une bonne chose car au-delà des incantations des uns et des autres, il est préférable d'abord d'écouter les Commissions ad hoc qui nous rendrons sagement leurs recommandations et qui nous permettrons de juger. Cela évitera que soient réveillés tous ces vieux démons.
Je souhaite sérieusement que cet hommage soit rendu à M. Pierre-Bloch et bien entendu nous le voterons, mais avons-nous choisi la bonne rue ? Est-ce bien un hommage exceptionnel rendu à la famille Pierre-Bloch lorsque l'on sait que cette rue n'a que six numéros. C'est inadmissible et c'est là où je trouve que nous aurions pu prendre le temps de la réflexion pour trouver un autre lieu.
Je le regrette, mon cher Jean-Pierre, parce que ton père méritait mieux qu'une rue de Paris à 6 numéros ; c'est de l'opération bâclée et faite à la va-vite.
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Je ferai deux remarques, avant de donner la parole à M. Jean-Pierre CAFFET, la première remarque, c'est que je crois me souvenir que votre groupe, Monsieur DESTREM, et d'autres groupes de l'opposition, proposent une rue pour Michel Fleury.
Je crois qu'il est sain...
Vous avez parlé, Monsieur DESTREM, laissez-moi m'exprimer !
La deuxième chose, c'est que M. Bertrand DELANOË a pris des engagements. Il les respecte comme pour la rue Richepance.
Monsieur CAFFET, vous avez la parole.
M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint, rapporteur. - Merci, Monsieur le Maire.
Je suis un peu déçu de ce débat. Je pensais que ce soir le Conseil pouvait se rassembler pour rendre un hommage à M. Jean-Pierre Bloch, que ce serait un moment, non pas de fête, mais de rassemblement de l'ensemble des Conseillers de Paris, sur la dénomination de cette voie.
Malheureusement, je suis obligé de constater que ce que je pensais être une fête en quelque sorte est gâchée par M. LEGARET et par M. DESTREM.
Je n'ai interrompu personne et je demande le silence à mes collègues. Quand M. LEGARET s'est exprimé, il a été écouté, je demande à avoir la même faveur, c'est-à-dire de pouvoir m'exprimer dans le silence !
M. DESTREM essaie de sauver la rue Alexis-Carrel d'une manière plus élégante que M. LEGARET qui, lui, y va franco.
Monsieur LEGARET, je suis obligé de répondre à vos propos et à l'amalgame que vous faites.
Je reviendrai sur l'intervention de mon ami M. CHERKI. Oui, vous êtes un révisionniste et je vais essayer de le démontrer !
Qu'indique votre v?u ?
"Que les griefs concernant le docteur Alexis Carrel et justifiant de débaptiser la rue portant son nom étant applicables à tous ceux qui se sont illustrés dans la propagande collaborationniste, il convient que soit débaptisée la bibliothèque François Mitterrand ainsi que la station du même nom de la ligne "METEOR".
J'aurais souhaité entendre de votre bouche la lecture de ce v?u, Monsieur LEGARET. Il est distribué ? Parfait.
Je reviens sur cette annexe, Monsieur LEGARET. Vous n'avez pas fait une découverte. Cette annexe, que vous avez jointe à votre v?u, vous l'avez trouvée à la page 569 du livre de M. Pierre PÉAN.
Cette annexe est en réalité le sommaire du numéro de décembre 1942 de la revue de l'Etat nouveau, dans lequel il est vrai, il y a un article de M. François Mitterrand, intitulé "pèlerinage en Thuringe".
Cet article, je vais peut-être vous apprendre une chose, Monsieur LEGARET, n'a jamais été caché par M. François Mitterrand.
Il l'a publié lui-même et non seulement il a publié cet article de décembre 1942, mais il a également publié celui de mars 1943 issu de la même revue.
Ces articles, il les a publiés dans ce livre intitulé "politique" qui est le recueil des écrits politiques de M. François Mitterrand entre 1938 et 1977, date d'édition de cet ouvrage.
M. François Mitterrand a ainsi pris lui-même la responsabilité d'assumer la publication de tous ses textes.
Monsieur LEGARET, est-ce que vous pouvez me laisser terminer ? Vous traitez M. François Mitterrand de collaborateur dans votre v?u, sans avoir même lu la prose de celui qui a publié cet article en 1942, et qui a pris la responsabilité politique de l'assumer, au vu et aux yeux de tout le monde.
Excusez-moi, Monsieur LEGARET, mais je veux dire que votre argumentation est légère.
Antisémite, M. François Mitterrand ? Avez-vous lu le livre de M. Pierre PÉAN ? Ou vous êtes vous contenté de lire son annexe ?
Si vous l'aviez lu, Monsieur LEGARET, vous auriez pu constater à la page 211 cette remarque de M. Pierre PÉAN :
"J'ai acquis la conviction que M. François Mitterrand à aucun moment n'a été antisémite. Son amitié, à partir de 1938, avec M. Georges DAYAN..." et vous, vous affirmez que c'est un collaborateur ?
Pire que cela, vous dites "les griefs concernant le docteur Alexis Carrel justifiant de débaptiser la rue portant son nom, étant applicables à tous ceux qui se sont illustrés..." Les griefs contre M. Carrel montrent que c'était un eugéniste notoire, un antisémite notoire et un collaborateur notoire".
Avez-vous trouvé une ligne de M. François Mitterrand défendant l'eugénisme ? Avez-vous trouvé une ligne défendant l'antisémitisme chez M. François Mitterrand ?
M. Pierre PÉAN dit le contraire ; lisez-le au moins, ce livre.
D'ailleurs, son amitié à partir de 1938 avec Georges DAYAN n'est pas la seule. M. Georges BEAUCHAMP, juif, qui travaillera à ses côtés à partir de l'automne 1943 déclare : "il était totalement allergique à l'antisémitisme".
Voilà pour vous montrer ce qu'était M. François Mitterrand.
Monsieur LEGARET, vous ne prenez pas vos responsabilités... Il faut avoir le courage d'assumer ce que vous dites et ce que vous écrivez !
M. François Mitterrand collaborateur ?
Relisez par exemple, Monsieur LEGARET, cette annexe sur laquelle vous avez dû passer rapidement, qui est le compte rendu de l'entrevue de Mitterrand et de M. Georges Vallice, le représentant du Colonel Passy, en novembre 1943.
Quand on traite M. François Mitterrand de collaborateur, il faut qu'on le prouve.
Savez-vous, Monsieur LEGARET, lorsque de Gaulle s'est exprimé devant les Parisiens, le 25 août 1944 d'une salle de cet Hôtel-de-Ville, qui était dans la salle ?
M. Jacques Chaban-Delmas et M. François Mitterrand.
M. CHERKI a parfaitement raison de dire que s'il y a un révisionniste dans la salle c'est vous, Monsieur LEGARET. Je considère que vous vous êtes égaré et ce qui me rassure pour la suite de l'histoire c'est qu'un homme comme M. François Mitterrand et qu'un homme comme M. Jean Pierre-Bloch ont pu s'estimer à un moment donné. C'est la raison pour laquelle, au nom de nombreux collègues et de tous les groupes, je vous demanderai de retirer votre voeu sinon je demanderai que ce soit un refus massif de ce qui est absolument inqualifiable.
(Applaudissements sur les bancs de la majorité).
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Nous allons donc sereinement...
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - J'espère que vous allez me donner la parole quelques instants, Monsieur le Maire.
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - J'ai entendu qu'il y avait un jeu de mot LEGARET l'égaré. C'est assez drôle. Je vous propose qu'il n'y ait pas de surenchère dans les discours passionnels et affectifs des uns et des autres. Je vous demande d'avoir la sagesse si vous voulez dire quelques mots de les dire rapidement, mais de ne pas attiser un feu nouveau dans cette Assemblée, s'il vous plaît.
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Je vais m'efforcer de le faire, Monsieur le Maire.
Je demande simplement la parole pour fait personnel parce qu'il me semble avoir entendu mon nom cité pour me reprocher des choses que je n'ai pas dites. Alors je tiens simplement à dire tout d'abord qu'une question qui suscite des réponses aussi passionnées est vraisemblablement une question qui mérite d'être posée.
Je vous dirai par ailleurs que je considère que M. François Mitterrand est un homme qui a marqué notre époque, qui a été Président de la Ve République, que c'est une fonction qui mérite le respect. Que c'est un homme de grande culture et que c'est une riche personnalité. J'ai simplement rappelé ce soir - cela ne plaît pas à tout le monde - que c'est un homme qui comporte aussi sa part d'ombre. Voilà, ce rappel gêne un certain nombre de gens ; c'est un rappel qui méritait d'être fait.
Je tiens à dire que je maintiens bien entendu ce voeu. Je n'ai jamais taxé M. François Mitterrand d'être antisémite parce que j'ai bien lu l'ouvrage de M. Pierre PÉAN. J'ai simplement dit un fait que M. Jean-Pierre CAFFET n'a pas contesté, c'est que les deux noms d'Alexis Carrel et de M. François Mitterrand cohabitaient sur le sommaire d'une revue de propagande pétainiste de collaboration. Voilà ce que j'ai dit. Je le maintiens.
Je terminerai, Monsieur le Maire, en disant que je maintiens ce voeu et que je voterai le projet de délibération parce que, aussi paradoxal que cela peut l'être, je pense que notre Conseil doit être unanime à rendre un hommage ce soir au grand résistant, au grand Parisien qu'a été M. Jean Pierre-Bloch. Je regrette simplement que cet hommage soit rendu de cette façon-là et que la fête soit gâchée, mais à qui la faute ?
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Merci.
Nous allons passer au vote. On ne va pas être là jusqu'à 2 heures du matin sur un seul sujet ! L'Assemblée doit débattre d'un certain nombre de sujets. On vous a tous entendu. Tout le monde s'est exprimé. M. NAJDOVSKI pour le groupe "Les Verts" et puis ensuite on passe au vote.
M. Christophe NAJDOVSKI. - Mme MARTINET a posé une question bien précise concernant la commission qui choisit le nom des rues et M. Jean-Pierre CAFFET n'a pas répondu à cette question. Je demande que M. CAFFET fasse une réponse donc de l'Exécutif concernant cette intervention de Mme MARTINET.
Je vous remercie.
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Laissons M. Jean-Pierre CAFFET répondre rapidement à cette question.
M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint, rapporteur.- Il y avait effectivement une question sur la composition de cette commission.
Je dois vous dire tout d'abord que les compétences de cette commission ont été élargies puisque lors de notre dernier Conseil, il y avait un certain nombre de demandes pour pouvoir dénommer des équipements publics et notamment des écoles.
M. le Maire de Paris a donc pris un arrêté en date du 13 mars dernier, qui stipule que les compétences de cette commission concernent les voies, places, espaces verts, ce qui était le cas auparavant, mais également les établissements publics municipaux qui doivent recevoir un nom. Elle étudie les propositions de dénominations proposées au Maire de Paris et les voeux émis à ce sujet par le Conseil de Paris. Elle peut elle-même formuler des propositions de dénomination. Voilà quelles sont les compétences de la commission.
S'agissant de sa composition, elle a été considérablement élargie puisque dorénavant cette commission comprend l'Adjoint au Maire chargé de l'Urbanisme qui la préside, l'Adjoint au Maire chargé de la Mémoire, du Monde combattant et des Archives, l'Adjoint au Maire chargé de l'Environnement, de la Propreté, des Espaces verts et du Traitement des déchets, l'Adjoint au Maire chargé de la Culture, l'Adjoint au Maire chargé des Transports, de la Circulation, du Stationnement et de la Voirie, le Secrétaire général de la Ville de Paris, le Directeur de Cabinet du Maire de Paris, le Directeur des Parcs, Jardins et Espaces verts, le Directeur des Affaires culturelles, le Directeur de la Voirie et des Déplacements, le Directeur de l'Aménagement urbain et de la Construction, ainsi que l'Adjoint au Maire chargé de la Vie scolaire et de l'Aménagement de la vie scolaire, le Directeur des Affaires scolaires, l'Adjoint au Maire chargé des Sports, le Directeur de la Jeunesse et des Sports. Ces derniers personnages étant conviés à la commission lorsque leur secteur est concerné par le sujet c'est-à-dire lorsqu'il s'agit de donner un nom soit à une école soit à un équipement sportif.
Par ailleurs, la commission peut comprendre toute personne dont la présence apparaît nécessaire pour éclairer les questions en cause. C'est donc un élargissement considérable de la commission par rapport à ce qui préexistait.
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Merci beaucoup.
Nous allons passer au vote, s'il vous plaît.
Avant de passer au vote, réjouissons-nous néanmoins qu'un grand personnage, qu'un beau personnage comme M. Jean Pierre-Bloch ait pu faire l'objet d'un vrai débat. Nous passons maintenant au vote.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAUC 31.
Qui est pour ?
Qui est contre ?
Qui s'abstient ?
Adopté à l'unanimité comme l'aurait souhaité M. Jean Pierre-Bloch.
Le projet de délibération est adopté. (2002, DAUC 31).
(Applaudissements sur les bancs de la majorité).
M. Jean-Pierre PIERRE-BLOCH. - Un mot, s'il vous plaît.
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Bien sûr, vous êtes hautement légitime.
M. Jean-Pierre PIERRE-BLOCH. - Merci, Monsieur le Maire.
Il n'est pas dans l'habitude de cette Assemblée de commenter un vote. Je voudrais remercier le Maire de Paris et l'ensemble du Conseil qui a voté à l'unanimité.
L'homme c'est mon père, mais au nom de ces résistants qui sont morts pour que l'on existe ou qui se sont battus ou tous ces gens qui ont disparu dans les chambres à gaz et qui ont marqué une période de notre vie, si on est là c'est grâce à ces gens-là. Je pense que l'on aurait pu éviter le débat de querelle, je le dis comme je le ressens. Je n'ai pas participé au vote parce que je me sentais mal placé.
Le nom de mon père m'échappe ou nous échappe à notre famille parce que c'est un nom qui inspire le respect ; je dis le nom de mon père et je devrais ajouter celui de ma mère, parce qu'on parle surtout de mon père, mais on ne parle pas de ma mère qui était Commandeur à titre militaire de la Légion d'Honneur, titulaire de la Croix de Guerre, la seule femme décorée par le Général de Gaulle sur la place d'armes d'Alger.
Je vous le dis à tous - parce que l'âge aidant, je ne suis plus un jeune "poulet", si je puis m'exprimer ainsi, Monsieur le Maire - je crois qu'on devrait avoir dans ce genre de débat une certaine sérénité.
Je tiens à dire que j'ai été un peu choqué que le débat s'envenime dans l'opposition à laquelle j'appartiens. Je pense que les Verts et d'autres dans cet hémicycle on eu raison de rappeler qui était Carrel et je pense que M. Jean-François LEGARET - je le dis avec l'amitié que je lui porte - s'est trompé de débat ce soir, parce qu'il vient un moment où il faut que l'on oublie nos querelles partisanes, que l'on oublie nos appartenances politiques.
En effet, je rappelle à tous et aux plus jeunes qu'en 1943 on ne demandait pas s'ils étaient communistes, socialistes, francs-maçons... Ils étaient juifs, on les embarquait dans des trains ! On ne leur demandait pas d'où ils venaient, on les embarquait et je parle ici par rapport à certains dont les parents sont morts en camp de déportation.
Je pense que ce qui nous honorerait dans cette salle, de temps en temps, ce serait d'oublier nos querelles partisanes, parce que nos querelles partisanes nous cachent la forêt. En effet, le racisme, l'antisémitisme sont toujours d'actualité dans ce pays, il y a toujours le rejet de l'autre, la "sale gueule" parce qu'il est métèque, parce qu'il est noir ou parce qu'il est "beur", il y a toujours des actes antijuifs, comme on le voit dans un certain nombre d'arrondissements de Paris.
Alors, ce soir, nous qui sommes des élus municipaux, des représentants du peuple de Paris, je pense que l'on aurait pu donner une autre image.
Mais je tiens à vous remercier du fond du c'ur - parce qu'il est toujours difficile pour un fils de parler de son père -, et particulièrement M. Pierre AIDENBAUM, qui a été le successeur de mon père à la LICRA, dont le père était avec mon père, avant-guerre, quand la LICRA s'est créée sur les pogroms juifs en Russie.
C'est vrai que nous ne sommes que des êtres humains, après tout, et que souvent nous sommes emportés par des passions qui dépassent nos paroles et nos actes. Mais je parle aux plus jeunes de cette Assemblée : n'oubliez jamais une chose, c'est que l'Histoire nous rattrape toujours et que l'Histoire est un éternel recommencement.
On pensait que le génocide était quelque chose de terminé - plus jamais ça ! - en 1945. Et puis, on a eu le Cambodge, on a eu les pays en Afrique, on a tué, on a eu le Kosovo, et puis on a eu dernièrement l'Afghanistan... On pensait que plus jamais on ne tuerait des peuples, que plus jamais on ne s'assassinerait pour des religions, pour des couleurs... L'histoire est un éternel recommencement.
Merci, Monsieur le Maire, de m'avoir donné la parole. Je voudrais remercier particulièrement M. Bertrand DELANOË qui m'avait fait cette promesse - parce qu'il était aussi à la LICRA - pendant cette campagne de l'année dernière, comme l'avait fait M. Jean TIBERI, il faut le rappeler, quand il a inauguré les nouveaux locaux de la LICRA. Je tiens à vous remercier tous particulièrement du fond du c'ur. Je ne trouve pas très bien mes mots, mais grâce à vous, ce soir, le nom de M. Jean Pierre-Bloch, qui a disparu, revit et il est toujours présent parmi nous.
Merci.
(Applaudissements sur tous les bancs de l'Assemblée, debout).
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Merci, Jean-Pierre PIERRE-BLOCH. L'autre visage que vous souhaitiez donner, je crois que vous l'avez donné : c'est celui de l'amour et de la paix.
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Monsieur le Maire ?
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Je crois, Monsieur LEGARET, qu'il serait peut-être raisonnable...
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Si vous ne voulez pas me donner le micro...
M. Christophe GIRARD, adjoint, président.- ... qu'on reste sur les paroles qu'on vient d'entendre. Je crois que vous souhaitiez vous-même que M. Jean Pierre-Bloch...
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - 10 secondes.
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Vraiment, je vous le demande amicalement, je crois qu'il est bien qu'on reste...
A moins que vous ne fassiez un v?u apaisant ?
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Je veux prendre la parole, pour M. Jean Pierre-Bloch je retire le v?u.
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Donc, cela valait la peine de l'écouter.
Merci.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour la République et apparentés", "Démocratie libérale et indépendants", "Ensemble pour Paris" et Union pour la démocratie française).

Mars 2002
Débat
Conseil municipal
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