relatif à l'augmentation des frais d'inscription pour les étudiants étrangers.
M. Jean-Bernard BROS, adjoint, président. - Nous poursuivons avec le v?u référencé n° 140 relatif à l'augmentation des frais d'inscription pour les étudiants étrangers.
Je donne la parole à M. AQUA.
M. Jean-Noël AQUA. - Je voulais revenir sur l'augmentation des frais d'inscription pour les étudiants hors Communauté européenne. Vous connaissez le raisonnement des Macronistes sur le sujet. C'est en gros : le savoir, c'est comme le luxe, plus c'est cher meilleur c'est.
C'est un raisonnement à côté de la plaque quand on parle de savoir. C'est une aberration, elle prive le tissu universitaire de talents, l'intelligence des étudiants n'est évidemment pas corrélée au portefeuille de leurs parents, les premiers de cordée ne sont pas forcément les plus créateurs intellectuellement. Cela détruit la mission de l'université, vous savez que le mot université provient précisément de sa mission universelle. Cela détruit aussi la nécessaire coopération entre les pays.
Dans une période où l'on parle de partage des connaissances, notamment pour affronter la question du réchauffement climatique, c'est une vraie aberration que de limiter l'accès des étudiants étrangers aux universités françaises, qui sont souvent détentrices d'un savoir utile par rapport à ce dossier. C'est aberrant à de multiples titres, à part la logique comptable. Nous avions déjà fait passer un v?u en décembre, en cette Assemblée, et la Ville s'était positionnée contre cette augmentation. Beaucoup d'universités ont, de façon très intéressante, refusé cette augmentation, avec des conseils d'UFR, des conseils d'universités, des motions diverses et variées qui se sont toutes opposées à cette augmentation des frais d'inscription pour les étudiants non communautaires, mais pas toutes. Certaines ont multiplié par 10 leurs frais d'inscription, 3.000, 4.000, 5.000 euros pour s'inscrire dans les universités françaises. Evidemment, on se doute bien que c'est l'annonce de l'augmentation à venir pour tous les autres. Dans notre v?u, ce que nous souhaitons, c'est avoir une visibilité des conséquences de cette mesure sur les universités parisiennes, notamment sur l'application de cette mesure, l'effet sur l'inscription des étudiants étrangers. Avoir des chiffres du Rectorat, et même dans les universités françaises, parisiennes en particulier, qui auraient décidé de refuser cette augmentation, de voir l'évolution du contexte, en quoi cette augmentation aurait pu affecter les inscriptions des étudiants étrangers. Je vous remercie.
M. Jean-Bernard BROS, adjoint, président. - Merci.
La parole est à Mme LEMARDELEY, pour vous répondre.
Mme Marie-Christine LEMARDELEY, adjointe. - Merci, Jean-Noël AQUA, pour ce v?u qui me permet de revenir sur l'attachement de la Ville de Paris à être une ville d'accueil pour toutes celles et tous ceux qui désirent y faire leurs études supérieures.
Le dispositif "Bienvenue en France", qui se met en place cette année, prévoit une augmentation des frais d'inscription pour les étudiants extracommunautaires de 1.000 %. Ils passent en licence de 170 à 2.770 euros, en master de 243 à 3.770 euros, et en doctorat de 380 à 3.770.
Dans les établissements d'enseignement supérieur parisiens, 67.000 étudiants internationaux étaient inscrits l'an dernier, dont 75 % sont des étudiants extracommunautaires.
Malgré l'annonce de la mise en place de bourses, cette mesure risque d'accentuer la reproduction sociale à l'université et d'avoir un impact négatif sur les étudiants originaires du continent africain. Ils et elles sont les plus nombreux, mais aussi les plus fragiles sur le plan économique.
Les établissements d'enseignement supérieur ont cependant la possibilité, dans la limite de 10 % par an, d'exonérer les étudiants étrangers de ces frais d'inscription supplémentaires. A Paris, vous l'avez rappelé, la quasi-totalité des universités ont fait ce choix. En effet, comme nous, ces établissements considèrent que l'attractivité ne passe pas par une augmentation massive des frais d'inscription. Faire reposer le financement des études supérieures sur la solidarité familiale revient à attirer les enfants des familles les plus riches.
De plus, la campagne de communication renforcée de la part de la France cible les pays émergents, Chine, Inde, Vietnam, or parmi les 10 pays qui envoient le plus d'étudiants dans les établissements d'enseignement supérieur français, 6 sont en Afrique francophone et 45 % des étudiants internationaux sont africains.
La Ville de Paris depuis 2001 s'engage sur le plan de la vie étudiante en général et de la politique d'accueil des étudiants internationaux en particulier. La Maire de Paris, Anne HIDALGO, n'oppose pas excellence universitaire et inclusion sociale. Au contraire, elle défend une double tradition d'accueil et de rayonnement scientifique et la perpétue en soutenant des dispositifs d'accueil comme le "Welcome desk", plate-forme multipartenariale à la C.I.U.P. et au Crous de Paris, dont le financement de la Ville de Paris s'élève à 118.000 euros.
C'est un investissement volontariste sur une compétence régalienne qui vise à être à la hauteur de l'histoire d'hospitalité, d'accueil indéfectible de la Ville de Paris.
C'est pourquoi je propose un amendement de votre v?u pour que nous demandions à avoir communication sur les chiffres de l'évolution du nombre d'étudiants étrangers à Paris, et par grandes zones d'origine géographique, de manière à ce que nous ayons des éléments objectifs quant à l'impact de cette mesure. Pour toutes ces raisons, j'émets un avis favorable à votre v?u avec l'amendement proposé.
M. Jean-Bernard BROS, adjoint, président. - Monsieur AQUA, amendement accepté ?
Je mets donc aux voix, à main levée, la proposition de v?u déposée par le groupe Communiste - Front de Gauche, amendée par l'Exécutif.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
La proposition de v?u amendée est adoptée. (2019, V. 412).
V?u déposé par le groupe "Génération.s"