2019 DAE 48 - Subvention (100.000 euros) à l’association Paris Europlace (1er).
M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Nous arrivons au projet de délibération DAE 48 relatif à l'attribution d'une subvention à l'association Paris Europlace (1er).
Je donne la parole à Jean-Noël AQUA.
M. Jean-Noël AQUA. - Merci, Monsieur le Maire, mes chers collègues.
Peut-on espérer qu'un tigre devienne végétarien ? En dehors du monde des "Bisounours", bien sûr que non. Peut-on espérer que le capitalisme vert puisse répondre aux enjeux écologiques ? En dehors du monde des licornes, non. Nous savons que certains dans la majorité caressent le rêve d'un Paris, capitale de la finance, dont l'attractivité viendrait dans l'ère post-Brexit attirer des flux financiers. Pour financer notre ambitieux Plan Climat, certains et pas forcément les mêmes pensent aussi que le recours au capitalisme vert et à la finance verte serait suffisant.
Le projet de délibération dont nous parlons propose ainsi d'aider financièrement l'association Paris Europlace à, je cite : "faire de la place de Paris le pôle mondial de la finance verte et durable".
La finance verte est une mascarade. Le capitalisme vert est un oxymoron, pour trois raisons.
La première, le capitalisme vert sert bien souvent de supplément d'âme pour cacher les misères écologiques que certaines grandes entreprises infligent au climat. Comment ne pas voir que si Total, Aéroport de Paris participent à Paris Europlace, ces mêmes entreprises participent de l'autre côté à la pollution massive aux énergies fossiles et ?uvrent activement, par un lobbying assez puissant, pour continuer à le faire, "business as usual".
Comment ne pas voir que les miettes que la finance investit dans l'écologie, cela peut aussi s'avérer être un plan com' bien efficace pour des entreprises en déficit d'image.
Deuxième point, au-delà de ce rachat bien facile d'image, cette finance verte drogue nos collectivités au court-termisme de la finance. Le court-termisme est intrinsèque à la finance et reste incompatible, lui, avec le long terme des enjeux environnementaux. Les enjeux écologiques nécessitent des investissements publics massifs, dans les transports en commun, dans la rénovation thermique, et dans la recherche. Nous le redisons, la transition écologique suppose des investissements publics de très long terme, du terme des enjeux écologiques en tout cas.
Troisième et dernier point, probablement le plus grave : cette finance organise méthodiquement l'étranglement financier des États, via la dette illégitime, en excluant les États de la création monétaire et via l'évasion fiscale.
La finance de marché est responsable de la crise de 2008, que les États continuent de payer, après être intervenus massivement au secours du secteur financier.
En ayant l'exclusivité du refinancement de la BCE, puis en ayant l'exclusivité du financement des États, la finance de marchés touche entre les deux une commission bien illégitime prise sur le budget des États.
Et comme un malheur ne vient jamais seul, cette même finance de marché organise les fraudes et l'évasion fiscale. Cette dernière représente un manque à gagner de près de 100 milliards d'euros par an pour l'Etat français.
Nous n'oublions pas, pour revenir à Europlace, que parmi les membres de Paris Europlace figurent la Société Générale, BNP Paribas, JP Morgan, le Crédit Agricole, Axa, des champions toutes catégories, ou bien LVMH, L'Oréal, des clients hors catégorie.
Cette même évasion fiscale qui participe du déshabillage financier des Etats, les empêchent là encore d'investir dans la transition écologique comme dans de nombreux autres domaines utiles socialement. Pour toutes ces raisons, nous voterons contre cette subvention de soutien à Europlace. J'ajouterai une petite incise, vu le gratin participant à Paris Europlace, Société Générale, BNP Paribas connus pour leur amour des roucoulades sous le soleil doré des iles paradisiaques, nous pouvons légitimement penser qu'il n'y a pas besoin de subvention publique pour développer leur montage financier. Ces banques doivent bien pouvoir trouver les 100.000 euros de cette subvention dans les pourboires de leurs montages financiers si sophistiqués pour échapper à l'impôt. Subvention d'ailleurs de 100.000 euros qui a doublé d'une année sur l'autre, on ne voit pas trop pour quelle raison, vu comment la finance se porte bien. Soyons téméraires, Monsieur MISSIKA, réservons l'argent public à des actions utiles et vertueuses.
Je vous remercie.
M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci Jean-Noël AQUA.
Je ne vois plus que Danielle SIMONNET inscrite. Je voudrais être certain de n'oublier personne. C'est le cas.
La parole est donc à Danielle SIMONNET.
Mme Danielle SIMONNET. - Eh oui, eh oui ... c'est toujours un poème ce projet de délibération qui revient, Paris Europlace, tous les ans. C'est la conception du Paris en commun du JLM de la majorité parisienne, de l'équipe d'Anne HIDALGO. C'est une drôle de conception, parce que franchement, Paris Europlace, 100.000 euros pour une association qui a en charge de promouvoir la place financière parisienne et soi-disant l'innovation de la finance environnementale.
Je ne vais pas reprendre ce qu'a dit Jean-Noël AQUA. La Société Générale, BNP Paribas, des banques qui n'investissent pas dans les énergies carbonées, vous pensez qu'elles n'investissent que dans les énergies renouvelables ? Total est le plus gros pollueur de la planète. Aéroport de Paris...
Il y en a un autre que vous avez oublié de citer Jean-Noël AQUA, je pourrai compléter vos propos. Quand vous regardez dans le conseil d'administration, il y a de nombreux grands noms, et celui de Mme la Maire de Paris y est coincé entre 2 autres noms intéressants. En dessous, Guillaume SARKOZY, le patron de Malakoff Médéric, une dizaine de patrons du CAC 40, puis il y a un autre nom : M. Bruno LAFONT. Est-ce que vous le connaissez ?
Bruno LAFONT est parti de son entreprise avec un parachute doré de 9 millions d'euros, mais il a été mis en examen. Une partie de son parachute doré a été saisie dans une affaire dont le jugement n'est pas encore terminé, l'affaire Lafarge.
Eh oui, cette grande entreprise qui, pour continuer d'exploiter une cimenterie en Syrie, n'avait pas hésité à payer des djihadistes ! Entreprise pour laquelle, hélas dans cette assemblée, 15 jours après les révélations du Monde, je me suis sentie bien seule à voter contre la convention pour Paris Plages.
Ces 100.000 euros pour Paris Europlace, on a beaucoup d'autres idées pour les utiliser, pour l'innovation écologique, franchement, mettons-les au pot commun du budget participatif. On ouvrira un nouveau budget participatif, cette fois-ci en fonctionnement, on mettra au moins ces 100.000 euros, et vous verrez, même si ce n'est pas énorme, on trouvera beaucoup de choses innovantes pour l'environnement, même si cela ne suffira pas. Je voterai contre, comme chaque année, ce projet de délibération.
Je vous remercie.
M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Danielle SIMONNET.
Je donne la parole à Jean-Louis MISSIKA, pour répondre aux oratrices et orateurs.
M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Bien. Ecoutez, il est tard, je vais faire court.
M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Très bien.
Merci, Jean-Louis MISSIKA.
M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Je voudrais d'abord dire à Jean-Noël AQUA que, si jamais il veut financer la transition écologique uniquement avec de l'argent public, cela pourrait lui prendre trois ou quatre siècles. Je pense que l'humanité aura disparu de la planète avant que cela ne soit fait, tout simplement parce que la finance est, pour l'essentiel, privée. Elle est, de façon marginale, publique. C'est à l'échelle de la planète, mais également à l'échelle de la France. Je ne sais pas lequel est le plus naïf des deux : celui qui considère que nous devons faire pression sur la finance de marché, sur la finance privée pour la conduire sur des chemins vertueux, ou celui qui croit que l'argent public va suffire à financer la transition écologique. Je pense que vous êtes vraiment dans une économie "vaudou", quand vous dites cela.
Après cela, j'entends bien vos arguments. Le problème est toujours le même. Est-ce que la bonne solution, c'est la politique de la chaise vide ? Est-ce que l'on doit renoncer à essayer d'orienter la finance privée vers des investissements en faveur de la transition écologique ? Est-ce que la finance durable existe ou non ? Oui, je crois que la finance durable existe, tout simplement parce que si elle n'existait pas, on ne pourrait pas faire des investissements de long terme, des investissements d'infrastructures, par exemple. Or, on en fait. Ce ne sont pas uniquement des investissements publics, mais également des investissements privés.
Je crois qu'il est absolument nécessaire de participer à ce genre d'organisation, comme l'association "Paris Europlace", parce que c'est là que nous pourrons faire entendre nos idées, que nous devons porter nos priorités au c'ur des instances qui échangent sur ces sujets. C'est une approche assez courante qui consiste à participer aux associations et instances de débats des secteurs que nous souhaitons voir évoluer.
Je vous rappelle que ma collègue Antoinette GUHL a une approche similaire en ce qui concerne l'industrie de la mode, avec le soutien à la mode éthique, alors même que l'on pourrait dire que l'industrie de la mode est une industrie du jetable. Je crois qu'il est possible de faire évoluer les mentalités, qu'il est possible d'influer. Nous avons créé un fonds vert à la Mairie de Paris, qui joue un rôle important dans l'orientation d'un certain nombre d'investissements.
C'est la raison pour laquelle je vous propose, mes chers collègues, de voter ce projet de délibération, malgré les propos que j'ai entendus à l'instant.
M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Jean-Louis MISSIKA.
Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de délibération DAE 48.
Je demande de lever distinctement vos mains, quel que soit votre vote, pour qu'il n'y ait pas de contestation.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
17 pour. 12 contre.
Le projet de délibération est adopté. (2019, DAE 48).