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Vœu déposé par Mme SIMONNET relatif à la citoyenneté d'honneur à Leyla GÜVEN.


 

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Nous en arrivons au v?u n° 60.

Je donne la parole à Mme SIMONNET. C'est un v?u relatif à la citoyenneté d'honneur à Leyla GÜVEN. Danielle SIMONNET, vous avez deux minutes pour présenter votre v?u.

Mme Danielle SIMONNET. - J'étais en Turquie justement il y a une semaine, à l'occasion?

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - La parole est à Danielle SIMONNET, à elle seule.

Mme Danielle SIMONNET. - Le 25 janvier dernier, j'étais justement à Diyarbakir en Turquie, à l'occasion du procès qui devait avoir lieu de Leyla GÜVEN. Leyla GÜVEN est une députée du H.D.P., parti démocratique des peuples, qui était emprisonnée depuis un an, et qui est en grève de la faim depuis le 7 novembre.

Elle a été libérée le 25 janvier dernier. Son procès n'a pas eu lieu, mais elle poursuit sa grève de la faim. Qu'est-ce qu'elle revendique au point de mettre sa vie en danger ? Vous imaginez une grève de la faim depuis le 7 novembre qui, par d'ailleurs, depuis est suivie par plus de 180 et quelques militants kurdes.

Elle demande la rupture de l'isolement d'Abdullah ÖCALAN, le Mandela du peuple kurde.

Depuis que TRUMP a déclaré que les forces américaines allaient se retirer de cette région de Syrie, ERDOGAN en a profité pour annoncer qu'il avait l'intention d'attaquer militairement le Rojava. Ce ne sera pas simplement un massacre pour les Kurdes, ce sera une situation catastrophique parce que cela mettrait un terme au processus de paix possible à travers le projet unique, exemplaire, qu'il y a au Rojava, projet à la fois pluraliste, projet de paix, mais aussi féministe, de communalisme qui s'expérimente là-bas.

Je souhaiterais à travers ce v?u que l'on exprime un soutien à Leyla GÜVEN, à la lutte et au combat qu'elle incarne.

Je sais que l'Exécutif ne souhaite pas donner la citoyenneté d'honneur à Leyla GÜVEN, notamment parce que c'est une députée politique et qui aujourd'hui est libérée de prison. Je peux amender ce v?u en retirant le premier alinéa, mais il me semble important qu'à travers ce v?u, il puisse être annoté pour que la Maire de Paris interpelle le chef de l'État et le Gouvernement français pour qu'ils interviennent auprès de la Turquie, pour mettre fin à la fois aux pratiques d'isolement d'ÖCALAN, mais aussi qu'ils libèrent les 10.000 prisonniers politiques qu'il y a en Turquie, à deux heures de Paris, alors que l'on sait pertinemment que l'Union européenne a délégué à la Turquie à coups de milliards le contrôle des migrations aux frontières. On doit donc intervenir. Cela nous honorerait, et ce n'est pas la première fois que nous prendrions une position forte de solidarité vis-à-vis du peuple kurde, à qui on doit notamment d'avoir été les meilleurs combattants contre Daesh.

Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Danielle SIMONNET.

Je donne la parole à Patrick KLUGMAN pour vous répondre.

M. Patrick KLUGMAN, adjoint. - Madame SIMONNET, je m'émerveille que vous reveniez de Turquie avec des constats extrêmement sombres, mais ces constats extrêmement sombres, le Conseil de Paris les a déjà tirés depuis longtemps, notamment en décernant, par exemple, sa citoyenneté d'honneur à Can DÜNDAR, ce journaliste turc d'un courage exceptionnel, qui avait été emprisonné, en attirant l'attention du monde, notamment à travers les réseaux de ville sur la situation des maires de Diyarbakir et des maires kurdes emprisonnés, notamment en déversant depuis 2012 près d'1,2 million d'euros d'aide aux populations déplacées dans la zone de conflit syro-irakienne, et évidemment nous parlons du Kurdistan qui en a accueilli une large partie.

Madame SIMONNET, la situation de Mme Leyla GÜVEN, bien sûr, mérite notre soutien, mérite notre considération, mais pour les raisons que vous avez soulignées et que j'ai déjà développées par ailleurs, je ne suis pas favorable en l'état à lui décerner la citoyenneté d'honneur de la Ville de Paris, notamment parce qu'heureusement elle a été libérée, et que nous visons toujours à protéger des personnes qui sont menacées dans leur intégralité ou dans leur liberté.

Ceci étant dit, et c'est le problème plus fondamental que j'ai sur le v?u, politiquement, je pense que le Conseil de Paris s'est déjà, à de nombreuses reprises, prononcé contre la dérive autoritaire de la Turquie, sous l'égide du Président ERDOGAN, depuis ce fameux fumeux contre coup d'État, qui a incarcéré tout ce que ce pays comptait de contre-pouvoir.

Mais pour autant, je ne suis pas d'accord avec toutes les propositions que vous faites aux termes de votre v?u, et pas seulement la citoyenneté d'honneur. Ceci fait que je vous demanderai, en l'occurrence, de retirer votre v?u, non pas pour un désaccord sur le fond, mais parce que, sur les demandes que vous faites, je ne vois pas comment interagir dans le temps de notre Conseil. On s'est vu de manière un peu précipitée. Je vous demanderai de retirer votre v?u, sinon j'émettrai un avis défavorable.

Encore une fois, je veux être très précis, ce v?u ne doit pas s'interpréter autrement que par une difficulté à trouver un accord sur votre demande, et non pas comme un blanc-seing à la politique effroyable qui est menée en Turquie par le régime du Président ERDOGAN.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Patrick KLUGMAN.

Je me retourne vers Danielle SIMONNET. Que décidez-vous ?

Mme Danielle SIMONNET. - Je maintiens mon v?u, mais je remercie M. Patrick KLUGMAN de son engagement qu'il m'a exprimé, sur le fait qu'il y aurait un courrier de la Maire de Paris pour agir en faveur d'un changement de situation là-bas.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci. De ce fait, le v?u étant maintenu, je suis saisi de deux explications de vote d'une minute. Raphaëlle PRIMET tout d'abord.

Mme Raphaëlle PRIMET. - Oui, pour dire qu'effectivement, à travers Leyla GÜVEN, ce sont 300 prisonniers politiques qui aujourd'hui sont en grève de la faim, dont 14 qui sont à Strasbourg. Il faut effectivement les soutenir, c'était le but de ce v?u. Nous le partageons. Le Parti Communiste et ses parlementaires sont aussi allés soutenir les grévistes. Cela fait bien longtemps que l'on demande la libération d'Abdullah ÖCALAN et le retrait du PKK de la liste des organisations terroristes, parce que c'est une des conditions indispensables à un règlement politique non violent et démocratique de la question kurde en Turquie. On votera ce v?u, avec le retrait de la citoyenneté d'honneur, pour soutenir, continuer de soutenir le plus fort possible.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Raphaëlle PRIMET.

Pascal JULIEN a la parole.

M. Pascal JULIEN. - Nous voterons ce v?u parce qu'il faut maintenir la pression sur la Turquie. On ne peut pas se contenter simplement d'avoir accordé une fois la citoyenneté d'honneur à une des victimes d'ERDOGAN. Cela n'a pas suffi, donc il faut régulièrement, par différents moyens d'action, faire pression. Nous voterons ce v?u, et nous espérons avoir copie de la lettre qui sera envoyée, nous a-t-on expliqué.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Pascal JULIEN.

(Intervention de Mme SIMONNET hors micro).

Oui, bien sûr. Il n'y a pas eu d'amendement. Il y a une demande de retrait de Patrick KLUGMAN, vous le maintenez, il y a deux explications de vote, et on va mettre ce v?u aux voix.

Je vous demande de bien lever les mains pour que l'on ne vote qu'une fois.

Je mets aux voix, à main levée, le v?u avec un avis défavorable de l'Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

L'avis de l'Exécutif était défavorable s'il n'y avait pas de retrait, pour être clair. Il y a 10 pour, et 10 contre, et je n'ai pas pris part au vote.

On refait le vote. On va finir debout, assis. 14 voix pour. Le v?u est adopté. (2019, V. 27). Je précise que 4 de nos collègues sont entrés dans la salle des séances, ce qui n'est pas plus embêtant que cela.

 

Février 2019
Débat
Conseil municipal
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