Maine-Montparnasse (6e, 14e, 15e). - Scission en volumes de la copropriété de l’ensemble immobilier de la Tour Maine Montparnasse, Nouvelle Tour Montparnasse. - Protocole foncier n° 1. 2019 DU 51 - Nouvelle Tour Montparnasse. - Avis du Conseil de Paris sur le dossier comprenant l’étude d’impact et la demande de permis de construire dans le cadre de la consultation préalable des collectivités.
M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Nous en arrivons maintenant à l'examen conjoint, puisque l'accord a été demandé aux différents groupes, et il a été donné à la séance, et je vous en remercie.
Je vous propose donc d'examiner conjointement les projets de délibération DU 50, DU 51 et l'amendement technique n° 190.
Par la fusion des deux listes d'inscrits, je vais d'abord donner la parole à Philippe GOUJON.
M. Philippe GOUJON, maire du 15e arrondissement. - Merci, Monsieur le Maire.
Je note avec satisfaction que l'opération Maine-Montparnasse avance à grands pas puisque depuis mars 2018, nous examinons un nouveau projet de délibération quasiment à chacun de nos Conseils.
Cette opération de longue haleine constitue l'un des projets d'aménagement majeur de ces dix prochaines années à Paris avec la reconstruction d'un c'ur de ville à Montparnasse, avec l'ambition d'effacer les affres d'un urbanisme sur dalle obsolète auquel se substituera un urbanisme sur rue.
Cet objectif général recueille pour l'instant le consensus de la Mairie centrale et des trois maires concernés sur la requalification du quartier, à la fois sur le bâti, mais aussi sur l'espace public qu'il nous faut repenser à l'aune des nouvelles normes et des nouvelles aspirations de la vie dans la cité.
Même si la Ville n'est pas complètement entrée dans une démarche de co-construction, une large concertation a été entreprise depuis mai 2018, avec deux réunions publiques, une présentation au conseil de quartier Pasteur-Montparnasse et plusieurs marches exploratoires dans le 15e.
Cette concertation devra encore associer davantage les riverains pour aboutir à un projet qui, nous l'espérons, constituera une référence internationale en matière d'urbanisme.
Parmi tous ces projets, sur 9 hectares, ce soir, nous examinons celui de la nouvelle tour qui aspire à atteindre de nombreux objectifs très ambitieux : nouveau symbole architectural avec un socle épaissi, des balcons filants, des matériaux beaucoup plus performants, une nouvelle teinte plus claire pour la façade, identité de la tour.
Révolution énergétique : une tour en harmonie avec son environnement et conforme au Plan Climat, certifié BREEAM Excellent, H.Q.E., rénovation exceptionnels et B.B.C.A. Une tour plus attractive avec de nouvelles fonctions plus en osmose avec son temps : programmation innovante en matière de bureaux, nouveaux services, commerces, restaurants, un café, un hôtel, une serre de production agricole au sommet, des accès plus accueillants. En détachant la tour du centre commercial actuel, en requalifiant les espaces extérieurs avec plus de végétal, en revalorisant les accès à la tour et en regroupant plusieurs fonctions actuellement dispersées.
Nul ne conteste que cette proposition de la nouvelle A.O.M., pour donner une seconde vie à une tour si mal aimée, était la plus performante pour marquer une nouvelle ère pour ce quartier.
Néanmoins, sur une opération de cette envergure, permettez-nous d'exprimer, avec ma collègue Claire de CLERMONT-TONNERRE, et plusieurs collègues, plusieurs réserves au permis de construire que nous avons d'ailleurs signé récemment.
Tout d'abord, nous nous interrogeons, avec Claire de CLERMONT-TONNERRE, sur la nécessité d'augmenter la surface de la Tour de près d'un hectare - s?agit-il seulement de l'épaisseur de la nouvelle façade, comme on nous le dit ? - ainsi que sa hauteur de 23 mètres, même sans impact sur l'ombre porté et si c'est pour la serre de production agricole, je sais que dans le 14e arrondissement Marie-Claire CARRÈRE-GÉE partage cette préoccupation. Tout cela, ce n'est pas rien dans le paysage parisien.
Les nouveaux espaces créés devront être accessibles aux Parisiens : le club de sport, la cafétéria du 14e étage, la serre, un des trois halls qui pourrait servir d'espace d'expositions. Le choix du verre aussi qui habillera les façades devra éviter d'être trop réfléchissant.
L?extrême ambition de diviser par trois les consommations énergétiques de la Tour autour de 80 ou de 50 kilowattheures par mètre carré par an pour les espaces de bureau devrait être généralisée à l'ensemble de la tour.
Il serait pertinent d'étudier la piste d'un raccordement de la Tour à "Climespace". Je crois que c'est ce qui est en cours, d'ailleurs, puisque cette société m?a confirmé son intention d'implanter un réseau autonome à l'occasion de l'opération Maine-Montparnasse.
L?aménagement de la place Raoul-Dautry en vue de l'aménagement des conditions de circulation autour de la Tour pour en faciliter l'accès et l'intervention des secours est aussi un objectif à atteindre.
Sur ce sujet connexe, l'évolution de l'offre de stationnement pour les voitures, même si les parkings sont sous utilisés, et les deux-roues motorisés est-elle suffisante ? 30 mètres carrés simplement au niveau moins 4 ! D?autant plus que nous nous efforçons de végétaliser, de libérer le terre-plein central du boulevard de Vaugirard de ses motos, sans qu'elles se dispersent, pour autant, dans tout le quartier. 600 emplacements motos ont déjà été réalisés tout le long du boulevard.
Il me faut aussi évoquer l'impact du chantier de la Tour sur le quartier pendant 40 mois afin que tous les engagements inscrits dans la demande de permis de construire et dans l'étude d'impact limitent les nuisances causées aux riverains, même si le projet lauréat est sans nul doute celui qui minimise les démolitions et conserve quasi-intégralement la structure de la Tour avec un volume de matériaux de démolition réduit au minimum : 15 camions par jour.
D?une manière générale, le grand nombre de projets d'envergure sur ce site nécessite une mise en cohérence rigoureuse, malgré le caractère privé de la quasi-totalité des constructions à venir ; et merci d'avoir prévu un comité de pilotage.
Concernant, rapidement, le deuxième projet de délibération, la nouvelle organisation en volumes opérée par la scission de la copropriété de l'E.I.T.M.M. génère une augmentation de quote-part des droits à construire sur la dalle Jean Tossan pour la Ville de Paris.
Des projets pourront voir le jour. Je pense, en premier lieu, à la rénovation totale du centre sportif Armand Massard, très dégradé. La constitution d'un volume en mono-propriété permettra, d'ailleurs, une gestion plus simplifiée de cet équipement.
Je pense également au souhait des riverains et touristes de redonner à ce quartier sa dimension culturelle avec, pourquoi pas, notamment un deuxième conservatoire municipal dont le 15e arrondissement manque cruellement.
La création d'un équipement d'accueil de petite enfance serait également opportune, tout comme des habitats pour étudiants et chercheurs, très nombreux dans notre arrondissement, le 2e arrondissement universitaire à Paris et pourquoi pas, là aussi, un grand campus universitaire lié au site d'Agro Paris.
Nous sommes les garants ici, tous, les uns et les autres, de la cohérence de ce gigantesque projet. Il nous faut penser les grands enjeux de cette transformation urbaine, ne pas nous tromper dans les aspirations des riverains et des usagers, définir des hauteurs à ne pas dépasser, des volumes à respecter, parachever l'arc vert structurant qui reliera Brassens au pôle Montparnasse en passant par les rives de Seine, le but étant de créer là, avec audace, un quartier novateur, international. Nous avons la chance, mes chers collègues, de pouvoir contribuer à façonner ce nouveau quartier de Paris du XXIe siècle en plein c'ur de notre ville, quartier célébré dans le monde entier et contemplé par tous. Nous le ferons de façon collaborative, bien sûr, avec les habitants et tous les acteurs économiques, sociaux, culturels, institutionnels, en co-construction dans le cadre d'un comité de site à mettre en place. Ainsi, aussi bien au plan démocratique que de l'aménagement de la ville, ce site représentera - c'est notre souhait à tous, sans doute - une référence mondiale et exemplaire révolutionnant l'urbanisme du nouveau siècle. Je vous remercie.
M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Philippe GOUJON.
J?interroge Marie ATALLAH et Jérôme GLEIZES, ils sont inscrits tous les deux.
Ils interviennent tous les deux ? Non, seulement Marie ATALLAH. Vous avez la parole, chère collègue.
Mme Marie ATALLAH. - Merci, Monsieur le Maire.
Mes chers collègues, il nous est demandé de nous prononcer sur l'étude d'impact et la demande de permis de construire pour la nouvelle Tour Montparnasse. C?est la première fois que nous pouvons, en tant qu'élus, apporter une contribution sur cette réhabilitation de la Tour Montparnasse. En effet, notre pouvoir ici consiste en l'octroi ou non du permis de construire.
Concernant la rénovation de la Tour, à la lecture du projet de délibération, on constate des avancées positives et des éléments intéressants. Sur le plan énergétique d'abord, rappelons que la Tour Montparnasse a été construite au début des années 70. Il est donc logique d'attendre de sa rénovation des économies d'énergie importantes. Les objectifs sont ambitieux puisqu?ils visent à diviser par trois la consommation réelle de l'immeuble et s?inscrivent dans les objectifs fixés par le Plan Climat de 2018.
La programmation de bureaux qui recourent fortement à l'usage de l'informatique est, nous le savons, fortement énergivore. Nous espérons que ce paramètre a bien été pris en compte et n'aura pas d'impact négatif sur le potentiel des économies d'énergie.
Sur le plan de la réutilisation des matériaux issus du chantier, la démarche d'économie circulaire apparaît clairement positive. La démolition de la Tour aurait été une aberration écologique et nous nous félicitons que cette réhabilitation s?appuie sur la conservation, le réemploi, le recyclage ou la rénovation des matériaux existants.
En revanche, d'autres éléments sont de nature à nous questionner sur différents points. D?abord, sur la densification de la Tour qui sera à la fois élargie et rehaussée. Nous nous interrogeons sur la création de nouvelles surfaces de bureaux alors que Paris comporte déjà encore beaucoup de bureaux vacants.
Nous nous posons également des questions sur la surélévation prévue de 23 mètres au sommet de la Tour pour réaliser une serre de production agricole. La production agricole en ville est un enjeu important que les écologistes portent depuis toujours. Toutefois, concernant la production sous serre, je voudrais souligner que la production hors sol est plus polluante et moins vertueuse que la production en pleine terre car elle est soumise à une forte consommation de ressources, que ce soit en énergie ou en eau.
Pour autant, le modèle de production sous serre peut avoir du positif à condition, d'une part, qu'elle soit autonome en énergie, ce qui sera le cas selon le projet de délibération ; et d'autre part, qu'elle soit exemplaire dans le type de végétaux qu'elle prévoit.
Pour les objets énergivores comme les tours, l'objet est bien de tout faire pour contrebalancer ces faiblesses structurelles. Concrètement, la future Tour Montparnasse a-t-elle pour ambition d'être, un jour, en autoproduction en termes énergétiques ?
Sur les places de stationnement, 900 mètres carrés de locaux de stationnement vélos sont prévus ; on peut s?en réjouir. Nous nous réjouissons moins pour les 19 places de parking supplémentaires créées à l'échelle de la Tour. Bien sûr, ce chiffre est faible, mais il indique qu'une légère augmentation du volume des véhicules particuliers est prévue sur le site. Cela va à l'encontre du travail mené depuis 2014 sur la réduction de la place de la voiture dans la ville.
Oui, le P.L.U. actuel, si la Tour devait être reconstruite aujourd?hui, imposerait moins de places de parking. Ces 19 places en plus sont du fait de règles antérieures, dans un Paris qui se construisait autour de la voiture.
Néanmoins, comme il y a environ 1.700 places au total, dont environ 900 réservées aux occupants de la Tour, une réflexion serait-elle menée sur des usages alternatifs d'une partie d'entre elles ? Je pense à des espaces de logistique urbaine pour desservir le dernier kilomètre ou encore à des places de deux-roues motorisés qui envahissent déjà le trottoir dans ce quartier.
Sur le "timing" de cette demande de permis de construire, durant le 2e trimestre de 2019, cette année, une équipe pluridisciplinaire, chargée d'élaborer un scénario d'aménagement global du quartier Montparnasse, relatif à tout le périmètre Mouchotte, gare Montparnasse, abords de la Tour et le secteur Edgar Quinet, va rendre son travail. Il aurait été vraiment plus intéressant, pour nous, que nous ayons connaissance de ce travail avant de rendre un avis ponctuel sur "oui ou non, ce permis de construire est valable".
Concernant la concertation, nous souhaitons qu'elle soit poursuivie pour que les habitants et les habitantes puissent avoir une vision globale des propositions des futurs aménagements afin de donner leur avis en toute connaissance de cause.
Pour être clair, les habitants devront être davantage associés à la décision de ce scénario global de Montparnasse incluant la nouvelle Tour, via des ateliers publics d'urbanisme notamment et pas seulement à travers un registre électronique pour recueillir des avis individuels sans débat collectif.
Ce projet de la nouvelle Tour doit être examiné dans le cadre du réaménagement de l'espace à l'échelle du quartier. Un cadre d'un projet plus important de rénovation du quartier qui nous amènera sur la durée du réaménagement aux années 2030. On a donc quatre ans de travaux dans le cadre du projet encore plus important pour la rénovation du quartier et on aura le temps de nous prononcer sur le permis.
Comme je l'ai dit et c'est la position des Ecologistes depuis toujours, les tours sont structurellement et totalement énergivores pour plusieurs raisons bien connues :
- leur construction complexe nécessite des matériaux très sophistiqués dont la fabrication consomme beaucoup d'énergie ;
- le fonctionnement en tant que tel nécessite également beaucoup d'énergie puisqu?elles utilisent systématiquement des ascenseurs dont l'usage génère également des charges très élevées pour les occupants ;
- avec les vitres qui font effet de serre dans toutes les tours, la climatisation est indispensable, en particulier dans un monde touché par des changements climatiques importants.
Enfin, sur les enjeux globaux de sobriété, les enjeux climatiques que je viens de mentionner?
M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci de conclure !
Mme Marie ATALLAH. - J?ai encore du temps.
Les enjeux climatiques que je viens de mentionner nécessitent une approche globale, ambitieuse, quand on a l'occasion de repenser tout un quartier, comme c'est le cas ici.
Le futur projet d'aménagement du quartier Montparnasse, avec l'augmentation des flux de personnes dans la gare et dans le centre commercial, va automatiquement générer une augmentation d'activités de toutes sortes.
Nous souhaitons que le futur quartier Montparnasse soit un exemple de sobriété, un projet de morceau de ville en transition qui fait décroître fortement son empreinte écologique et sort de toute consommation non responsable.
Enfin, nous souhaiterions savoir, Monsieur le Maire, quels seront le bilan carbone et l'empreinte écologique du nouveau quartier Montparnasse ? Car au final, c'est bien cela qui compte dans un monde post-carbone, ce projet de réaménagements est l'occasion de dédensifier, de débitumiser, de recréer le plus possible d'espaces de pleine terre pour aller vers une meilleure résilience de Paris. Est-ce que la nouvelle tour affichera un bilan carbone neutre ? C?est toute la question.
Vous aurez compris, Monsieur le Maire, les choses sont rarement négatives ou positives. Souvent il y a un peu des deux, mais quand le flou l'emporte sur l'enthousiasme, nous préférons la prudence dans l'attente de nouveaux éléments qui nous convaincront sur l'ambition écologique de ce futur quartier du sud-ouest de Paris.
Notre groupe s?abstiendra sur les deux projets de délibération DU 50 et 51. Je vous remercie.
M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Marie ATALLAH.
Comme je suis encore novice dans la présidence des séances du Conseil, je n'avais pas à l'esprit que la discussion commune de deux projets de délibération amenait à ce que le temps d'intervention soit automatiquement doublé, mais je vous remercie de n'avoir fait que 8 minutes 40.
Je donne la parole à Carine PETIT, en espérant qu'il n'y aura pas un effet d'imitation.
Mme Carine PETIT, maire du 14e arrondissement. - Absolument pas.
J?aimerais juste rappeler, puisque notre Conseil est en effet amené à se prononcer sur l'étude d'impact préalablement à l'obtention du permis de construire pour cette tour, que le projet, qui est retenu et qui va maintenant se mettre en ?uvre - en tout cas, je l'espère, une fois ce permis de construire délivré - était le plus sobre en termes de densification. Il était également le "meilleur" pour la construction et la restauration d'une tour, telle que Montparnasse, de manière durable. Je tiens quand même à le rappeler.
Cet avis, que nous nous apprêtons à voter, est loin d'être un blanc-seing ou un chèque en blanc pour la manière dont on va confier maintenant la réalisation d'un des chantiers qui sera l'un des plus importants et impressionnants de Paris, et qui devrait commencer dans l'année qui vient.
C?est loin d'être un chèque en blanc, puisque la Ville et notre Conseil s?apprêtent à donner un avis extrêmement vigilant sur un certain nombre de points et c'est bien indiqué. C?est notamment sur l'évolution et la manière dont le chantier sera géré, sur les objectifs aussi en matière de consommation des ressources et sous l'angle également de l'aspect carbone, que vous avez relevé, chers collègues.
Il y a juste un point que j?aurais aimé relever : la concertation des habitants pleine et entière. Là aussi, nous devons être collectivement vigilants et maintenir ces contributions citoyennes qui ont été vraiment réalisées à chaque étape de ce projet depuis maintenant plus d'un an.
Ce que je voulais relever et adresser à Jean-Louis MISSIKA est qu'y compris dans l'avis que nous nous apprêtons à voter, il est bien intégré que la maîtrise des effets cumulés des différents chantiers, dans un périmètre certes magique et majestueux mais restreint à l'échelle aussi d'une vie de quartier, impose une coordination générale, dont le cadre et les modalités de participation devront être rapidement définis.
Il est vrai que cela devient maintenant un vrai sujet pour les habitants et pour les acteurs de ce quartier. On fait notre petit groupe de travail et notre comité de pilotage qui réunit presque 50 personnes autour de la table, représentants d'une copropriété, amicale de locataires et représentants des commerçants. Je crois qu'il faut que l'on soit, là aussi, à la hauteur de cette magnifique étape de ville pour Montparnasse.
En tout cas, je suis aussi satisfaite comme maire que ce chantier, ce projet urbain soit mené tambour battant, mais avec systématiquement le temps du débat public et le temps du débat politique aussi au sein de notre assemblée. C?est comme cela que nous devons continuer.
M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Carine PETIT.
La parole est à Eric AZIÈRE.
M. Eric AZIÈRE. - Merci, Monsieur le Maire.
Je vais confirmer tout ce qu'a dit Carine PETIT parce que nous avons approuvé en Conseil d'arrondissement, absolument de façon unanime, les appréciations dont elle vient de faire part.
Je voudrais dire que les élus UDI-MODEM de Paris, et du 14e arrondissement en particulier, soutiennent complètement ce projet : il a été bien mené, il a été bien concerné et il a été bien coordonné. Pour faire court, je vais éviter de vous dire tout le bien que j?en pense et j?irai directement à quelques points de vigilance, comme l'a dit Carine PETIT.
En tout cas, ce sera un fantastique nouveau quartier à Paris et une centralité commerciale. Je dis simplement, étant donné la densité commerciale que cela va représenter, que le moment venu il faudra réussir cette exploitation commerciale et il ne faudra pas se louper sur les études préalables.
Néanmoins, j?ai quatre petits points : la logistique, le n'ud modal, la circulation et l'esthétique urbaine globale ou l'élégance du projet.
Sur la logistique, c'est évident qu'il faudra être d'autant plus vigilant qu'on va concentrer au même endroit pratiquement 90.000 mètres carrés commerciaux et qu'il faudra les approvisionner. Nous en avons déjà parlé, il faudra aussi sans doute penser plus largement et efficacement les espaces de logistique. Je le redis car c'est quelque chose d'important.
Le n'ud modal concerne un point un peu critique. J?en ai fait mon leitmotiv dans ce Conseil de Paris. C?est la concentration des encombrements et l'augmentation de la fréquentation des lignes de métro conjuguées à l'augmentation de la fréquentation de la gare Montparnasse, 30 millions de visiteurs annuels supplémentaires, avec une ligne 13, une ligne 6, une ligne 12 et une ligne 4 déjà totalement saturées.
En tant que praticien quotidien de la ligne 13, j?appelle au secours les pouvoirs publics. Je sais que la Ville de Paris ne dirige pas "Ile-de-France Mobilités", mais si on ne s?alarme pas plus fort et plus haut, on n'obtiendra aucun résultat. Il faut anticiper l'asphyxie totale du métro et du n'ud modal sous cet espace nouveau, qui plus est quand il sera terminé et qu'il recevra l'affluence qu'il mérite.
Le troisième point est celui de la circulation. Je n'ai pas très bien compris si on fermait le tunnel, la trémie de l'avenue du Maine de façon temporaire ou de façon définitive. J?ajoute à cela qu'il faudra un jour, avec la réduction des files de la rue Froidevaux, telle que cela a été fait, avec la mise en sens unique de l'avenue du Général Leclerc, avec ce qui restera donc de sorties de Paris par l'avenue du Maine traditionnelle, avec une place de Catalogne qui recevra un report de circulation, et je ne suis pas sûr qu'elle soit véritablement assez solide et faite pour cela, avec une rue Alain qui est déjà saturée et qui évacue évidemment la circulation vers de nouveaux accès au périphérique. Je dis simplement qu'un jour il faudra quand même, pour finaliser le tout, se repencher sur un plan de circulation qui organisera la circulation dans ce quartier et aussi la sortie sud de Paris. Enfin, dernier point, l'élégance urbaine du projet. J'estime là, mais je sais que Jean-Louis MISSIKA est vigilant, qu'il y a une absolue nécessité de donner aux futures constructions autour de la nouvelle tour, une architecture remarquable, une architecture véritablement exigeante. Pour terminer, mais Carine PETIT l'a très bien dit, il est vrai que ces trois chantiers en même temps, le centre Gaîté, la gare Montparnasse, qui est déjà bien avancée, plus la tour, c'est beaucoup de nuisances. En l'occurrence, la concomitance de ces trois chantiers doit être assortie d'une communication et d'une vigilance constante vis-à-vis des riverains, c'est évident. Voilà, en tout cas, très beau projet et soutien unanime.
M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Eric AZIÈRE. Dernière intervenante avant de donner la parole à Jean-Louis MISSIKA, Pascale BLADIER-CHASSAIGNE.
Mme Pascale BLADIER-CHASSAIGNE. - Oui, Monsieur le Maire, mes chers collègues, "grand doigt", "veuve noire", "balafre", depuis plus de 40 ans, les brocards ne manquent pour railler la Tour Montparnasse et sa haute silhouette sombre? J?ai de l'humour, donc je ne dis rien, mais?
M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Ne pompez pas l'oratrice !
Mme Pascale BLADIER-CHASSAIGNE. - De son inauguration en 1973 jusqu?à nos jours, l'édifice a en effet fait souvent l'unanimité contre lui. Les Parisiennes et les Parisiens le trouvent laid. Il ne s'agit ni plus ni moins que d'un monolithe marron esseulé de 210 mètres de haut, mal planté sur un parvis désordonné et sans aucune autre ambition que d'empiler le maximum d'étages de bureaux les uns sur les autres.
Aujourd'hui encore, la disgrâce et l'étrangeté de cette construction continue de fasciner. Dans "Sérotonine", Michel Houellebecq écrit, je cite : "La tour Totem avait plusieurs fois été classée parmi les bâtiments les plus laids de Paris, sans jamais se hisser à la hauteur de la tour Montparnasse, régulièrement désignée dans les sondages comme l'immeuble le plus laid de France, et dans un sondage récent de Touristworld comme le plus laid du monde, juste derrière l'Hôtel de Ville de Boston".
Devant cette anomalie, il fallait d'une manière ou d'une autre agir pour réparer et réhabiliter le quartier, qui souffre par ailleurs des dérives des politiques des années 1960 de création d'autoroutes urbaines et d'urbanisme sur dalle.
Mon groupe et moi-même soutenons donc le projet de nouvelle tour Montparnasse. Beaucoup de points positifs sont à noter.
S'il vous plaît, vous n'êtes peut-être pas d'accord avec ce que je dis, mais vous pouvez peut-être faire un petit peu moins de bruit ! Ce serait gentil, parce que j'entends en écho.
Beaucoup de points positifs sont à noter. Tout d'abord, si on en croit les maquettes et les différents "designs" qu'on nous a fourni, la nouvelle tour Montparnasse sera beaucoup plus belle que l'ancienne et s?insèrera davantage dans son environnement urbain. De couleur claire, dotée d'une façade blanc crème et beige, plus lumineuse, plus aérienne, la nouvelle tour sera débarrassée de son côté vert fumé de couleur brune et bénéficiera d'un parvis plat, accessible à tous, mettant fin à un urbanisme sur dalle obsolète.
Par ailleurs, la tour Montparnasse du futur promet d'être écologique, ce que n'était absolument pas l'ancienne, à la fois bourrée d'amiante et mal isolée.
A cet égard, les résultats de l'étude d'impact environnemental apparaissent globalement favorables. Le projet est conforme au Plan Climat adopté en mars 2018. La nouvelle tour sera entièrement désamiantée, consommera moins d'énergie, réutilisera ses vitres originales pour sa construction, et une serre de production agricole sera installée à son sommet.
Si je soutiens donc le projet de nouvelle tour et plus globalement de réhabilitation du quartier Maine-Montparnasse, j'aimerais toutefois attirer votre attention sur certains points d'inquiétude qui restent encore à mes yeux en suspens.
Premièrement, le risque d'être toujours en travaux pour les Jeux Olympiques de Paris 2024, ce qui représenterait certainement un manque à gagner économique, compte tenu de l'afflux de touristes attendus pour cet événement. La fin des travaux est prévue pour début 2024, mais les grands chantiers prennent souvent du retard. J'en veux pour preuve l'exemple du théâtre du Châtelet. Il serait dommage de donner au monde entier l'image d'une Ville assombrie par les gravats et assourdie par les bruits de pioche. Deuxièmement, je tiens à mettre en garde notre Assemblée sur l'amoncellement d'un trop grand nombre de commerces concentrés dans la même aire. Je m'explique. La nouvelle tour comprendra de nouveaux commerces, faisant suite à l'agrandissement des surfaces commerciales du centre Gaîté, de la gare Montparnasse, et l'ouverture prochaine d'un hypermarché Leclerc avenue du Maine. Nous devons donc réfléchir collectivement à offrir aux habitants des espaces de respiration pour que le tout s?insère plus harmonieusement dans l'environnement du quartier. Enfin, je veux terminer mon intervention? Ce n'est pas faux, j'ai noté, Monsieur. Merci, c'est gentil. Enfin, je veux terminer mon intervention en évoquant le sujet des transports et du stationnement, car la transformation du quartier Maine-Montparnasse entraînera inévitablement un afflux de visiteurs, de touristes. Or, dans le projet, je ne lis rien sur ce sujet ; cela me semble une erreur.
Aujourd'hui, la station de métro Montparnasse-Bienvenüe est une des stations les plus empruntées de Paris, et c'est en amont qu'il faut s'interroger sur une politique de transports en commun à même d'accompagner ce projet pharaonique. Même chose pour le stationnement.
150.000 personnes se rendent chaque jour à la seule gare Montparnasse et on dénombre seulement 6.000 places de parking, j'ai déjà eu l'occasion d'en parler dans cette enceinte. Par ailleurs, ces emplacements de stationnement ne sont absolument pas adaptés aux véhicules deux-roues.
Je propose donc de profiter du lancement de ce gargantuesque projet urbain pour repenser entièrement le stationnement des deux-roues motorisés, dont le nombre a considérablement augmenté ces dernières années, et cela même si d'importants travaux ont déjà été réalisés en ce sens, en tout cas dans le 15e arrondissement. Il est évident que la mairie du 15e, avec son maire Philippe GOUJON, associera les citoyens et les conseils de quartier à ce projet qui modifiera le paysage des trois arrondissements concernés de manière assez spectaculaire.
Pour conclure, j'aimerais emprunter ces mots à André Malraux, alors ministre de la Culture qui, en 1959, admirant la maquette de la tour, s'exprimait ainsi : "Paris peut se réjouir. La colline de Chaillot possède le Trocadéro, l'étoile a son Arc de Triomphe, Montmartre, le Sacré-C?ur, la montagne Sainte-Geneviève le Panthéon, Montparnasse aura son beffroi." Un beffroi dont Paris pourra enfin être fière, nous l'espérons. Je vous remercie.
M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Pascale BLADIER-CHASSAIGNE.
Marie ATALLAH, votre record n'aura pas été battu.
Je donne la parole à Jean-Louis MISSIKA, pour vous répondre.
M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Merci à tous nos collègues de ces jugements positifs à l'égard de ce projet extrêmement ambitieux.
Vous avez compris que nous avons deux projets de délibération assez techniques aujourd'hui. D'une part, l'avis du Conseil de Paris sur le dossier comprenant l'étude d'impact et la demande de permis de construire, dans le cadre de la consultation préalable des collectivités pour la tour Montparnasse, d'autre part cette scission en volume de la copropriété de l'ensemble immobilier de la tour Maine-Montparnasse, les deux sujets étant liés, car pour pouvoir piloter correctement ce projet, la scission en volume est indispensable, compte tenu du nombre considérable de copropriétaires qu'il y a autour de ce quartier Montparnasse.
Alors, cette nouvelle Tour Montparnasse, elle représente, je crois, et certains d'entre vous l'ont souligné, les valeurs pour lesquelles nous nous battons en ce qui concerne le patrimoine parisien : conserver l'existant plutôt que le détruire ou le défigurer, avoir une approche bioclimatique très ambitieuse, réemployer les matériaux, introduire de la mixité fonctionnelle et sociale.
Lors d'un concours qui a vu s?affronter 6 équipes d'architectes et dont les résultats ont été rendus publics au Pavillon de l'Arsenal, c'est une équipe de jeunes architectes français, la Nouvelle A.O.M., qui s'est distinguée justement par son respect de l'existant et de l'écologie du lieu. C'est d'ailleurs ce que souligne l'étude d'impact sur laquelle nous sommes amenés à nous exprimer ce soir : la nouvelle tour s'intégrera mieux dans le paysage parisien, elle sera mieux reliée au quartier et permettra de réduire drastiquement son empreinte carbone.
Je pense que cela vaut la peine de se pencher en détail sur la transformation écologique de la tour. Le projet réutilise la quasi-intégralité des structures existantes. Les vitrages existants sont réemployés à l'intérieur, les consommations en eau potable seront réduites de 2,5 fois. La consommation énergétique passe de 700 kilowatts-heures d'énergie primaire par mètre carré et par an à 50 kilowatts-heures. La tour Montparnasse sera d'ailleurs l'un des premiers bâtiments à disposer du label B.B.C.A. Rénovation, qui évalue l'énergie et le carbone. C'est exactement l'approche que nous portons à travers le Plan Climat.
Ce projet est une excellente nouvelle pour la démarche urbaine qui s'engage sur l'ensemble du quartier Montparnasse, car il donne le ton et fixe la barre assez haut de ce que nous défendrons en termes d'urbanisme et d'architecture.
Passer d'une tour monofonctionnelle très consommatrice, difficilement atteignable et sombre, à cette tour ouverte, diverse, ancrée dans le sol avec ses patios, agrémentée de balcons et d'une serre, mieux adaptée au vent et au soleil est très prometteur.
J'entends les remarques et les doutes qui peuvent être formulés sur le projet, en termes d'impact touristique, de gestion du chantier, d'approvisionnement, je vous confirme que nous resterons attentifs à ces points, car nous avons des rendez-vous réguliers avec les copropriétaires de la Tour et nous travaillons en confiance avec eux. C'est cela gérer un commun urbain, c'est un partenariat de confiance entre l'acteur public et les acteurs privés. Et bien évidemment, les partenaires que sont les usagers de la Tour, mais également les riverains, nous serons embarqués dans cette concertation permanente que j'appelle de mes v?ux.
Soyons déjà conscients de la grande qualité du projet, le Conseil de Paris est appelé aujourd'hui à se prononcer sur une rénovation exemplaire portée par un acteur privé, qui pourrait en inspirer beaucoup d'autres.
En ce qui concerne la scission en volume, là aussi projet de délibération assez technique mais essentiel pour permettre d'enclencher le renouvellement du quartier Montparnasse. Le dysfonctionnement et l'obsolescence du quartier tiennent pour beaucoup à l'organisation juridique de l'ensemble immobilier. Le modèle existant jusque-là avec 280 copropriétaires de types et de tailles très différents n'avaient pas permis de créer du consensus et de se transformer en gouvernance de projet, ce qui est essentiel pour une transformation aussi importante que celle du quartier Montparnasse.
Ce projet de délibération permet de valider la scission en volume souhaitée par les copropriétaires, pour créer des copropriétés plus petites dans lesquelles les copropriétaires partagent une véritable communauté d'intérêt, et cela permet aussi, M. GOUJON l'a souligné, de séparer l'équipement sportif municipal et donc, d'en acquérir une maîtrise complète.
A court terme, cette scission permet la rénovation de la Tour Montparnasse, essentielle pour enclencher la dynamique, ainsi que celle du C.I.T., la petite tour donnant sur la place du 18 juin.
La ville à tout intérêt de s'inscrire dans cette dynamique pour rendre possible le projet urbain dont nous avons déjà eu l'occasion de débattre dans ce Conseil, et dont nous partageons les priorités avec les mairies d'arrondissement concernées : prolonger la rue de Rennes jusqu'à la gare, créer plus d'espaces publics et plus d'espaces verts, diversifier les commerces sans augmenter la surface commerciale, introduire de la mixité avec du logement, des équipements, améliorer la situation des mobilités douces dans le quartier. Nous sommes confiants en ce qui concerne la qualité des projets qui vont émerger de ce cahier des charges, et nous allons avoir à juger rapidement les 4 projets urbains que nous avons organisés dans le concours d'urbanisme sur le quartier.
Donc, le Conseil de Paris est appelé, à travers ces deux projets de délibération, à rendre possible le renouveau du quartier, afin de s'extraire d'une situation urbaine qui ne satisfait personne.
Je vous remercie.
M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Jean-Louis MISSIKA. Je mets d'abord aux voix, à main levée, le projet d'amendement n° 190 déposé par l'Exécutif.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet d'amendement n° 190 est adopté.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DU 50 ainsi amendé.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération amendé est adopté. (2019, DU 50).
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DU 51.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2019, DU 51). Ils sont donc tous les deux adoptés.