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32 - 1999, DVD 174 - Réhabilitation de la place de la Concorde (8e). - Objectifs poursuivis et modalités de la concertation préalable à cette réhabilitation


M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous passons au projet de délibération DVD 174 relatif à la réhabilitation de la place de la Concorde.
M. BRET a la parole.
M. Bertrand BRET. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, vous nous proposez de réhabiliter la place de la Concorde, place de renommée internationale des grands événements de l'histoire de Paris, un des joyaux de notre ville-capitale.
Sur un feuillet et demi, il est vrai recto verso, vous dressez à la fois l'historique de la place, la nouvelle configuration que vous souhaitez voir se réaliser, les modalités techniques de sa mise en ?uvre, en confiant cette mission à inclure dans un supposé "plan global de diminution de la circulation à Paris" à la Direction de la Voirie.
Cela fait beaucoup d'ambition en peu de mots comme si la réhabilitation de la place n'était qu'une simple opération de voirie, qu'une direction administrative de la Ville allait traiter comme un carrefour, comme si d'autres enjeux que ceux que vous énumérez n'étaient pas à prendre en considération.
A vous entendre, Monsieur le Maire, votre projet finit par se révéler pour ce qu'il est : un simple coup de pub médiatico-politique où la réhabilitation de la place de la Concorde servirait de prétexte en fait à celle de M. TIBERI !
Vous comprendrez, dans ces conditions, que nous ne suivions pas ce jeu faussement naïf et bien connu des collégiens et des jeunes qui s'appelle le "trompe couillon".
En revanche, nous nous engagerons fortement sur un vrai programme de rénovation de la place de la Concorde et de ses abords, dès lors qu'il traite l'ensemble du sujet sur des bases claires. A ce titre, je voudrais formuler 3 propositions au nom des élus socialistes et apparentés.
1°) Aménagement d'ensemble associant la place de la Concorde et les jardins des Champs-Elysées, l'Arc-de-Triomphe, la Place de Gaulle, l'avenue des Champs-Elysées jusqu'au rond point, le Louvre, le Carousel, les jardins des Tuileries ont été réhabilités. Le petit et le grand Palais vont l'être. Le seul chaînon manquant à cette voie royale sont la place de la Concorde ainsi que les jardins des Champs-Elysées, propriété de la Ville.
Nous vous demandons, Monsieur le Maire, que la réfection porte sur un projet d'ensemble, associant la place de la Concorde ainsi que les jardins des Champs-Elysées.
Une véritable cohérence d'ensemble pourra-t-elle pleinement se dessiner autour d'un projet dont il conviendra de vérifier qu'il s'inscrive bien dans la continuité historique de la vocation et du fonctionnement de cette place et non en rupture avec elle ?
Sur ce point, rien ne serait pire que de privilégier l'axe Tuileries - Champs-Elysées comme vous semblez le faire sur l'autre axe, Eglise de la Madeleine - Assemblée nationale, dont l'intérêt nous parait tout aussi fort.
2°) Deuxième proposition : la mise en place d'un comité de suivi.
A l'évidence, un projet de cette nature, au regard de sa complexité, ne peut être conduit par une simple Direction de la Ville, aussi compétente soit-elle. Pour la rénovation des Champs-Elysées, votre prédécesseur, M. CHIRAC, avait mis en place, chacun s'en souvient, un comité de suivi présidé par une personnalité extérieure à la Ville, qui avait rédigé un rapport de qualité. Nous vous demandons de vous de vous inspirer de cette méthode qui a fait ses preuves, en instaurant un comité de pilotage pour ce réaménagement d'ensemble qui regrouperait l'ensemble des parties concernés et assurerait la concertation.
3°) Troisième et dernière proposition : une concertation exemplaire et une expérimentation préalable.
Plus que jamais sur un tel site, la concertation doit être exemplaire. On pourrait facilement ironiser sur votre souci de vous concerter avec les riverains bien connus de la place de la Concorde : Hôtel Crillon, Automobile Club de France, Musée de la Marine, l'ambassade des Etats-Unis. Rien de vraiment très dérangeant. Pourquoi, Monsieur le Maire, ne pas solliciter l'avis, outre des riverains, des usagers et notamment des automobilistes et autocaristes ? Pourquoi, Monsieur le Maire, les usagers de la place de la Concorde ne sont-ils pas mentionnés par les personnes à associer.
De même, on peut s'interroger sur l'absence totale de référence dans votre projet de délibération aux professionnels du tourisme et singulièrement aux autocaristes, alors que votre projet supprime le seul emplacement pour autocars d'un des sites touristiques les plus visités du monde. Vous faites comme si ces professionnels n'existaient pas.
Et puis, Monsieur le Maire, pour parfaire cette orientation, il conviendrait avant toute décision définitive d'expérimenter le projet. Nous vous demandons donc, Monsieur le Maire, de réaliser une expérimentation sur site, en grandeur réelle, du projet retenu, afin de bien en maîtriser l'impact, notamment en termes de circulation.
Il est tout à fait stupéfiant, Monsieur le Maire, que nous ne disposions en tant qu'élus ayant à nous prononcer sur ce projet, d'aucune étude d'impact sur les effets induits de la circulation. C'est en ce sens que cette expérimentation préalable permettrait de pallier cette carence et si réhabilitation de la place de la Concorde il doit y avoir, autant que le projet ne serve pas quelques intérêts mercantiles qui en profiteraient - bien sûr, je ne fais que des supputations - pour créer une nouvelle galerie souterraine pour des marchands du temple, fussent-ils de luxe !
Autant dire, Monsieur le Maire, que nous souhaitons que ce projet soit à la hauteur du site et de son histoire. C'est bien dans cet esprit que nous voterons pour.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, communiste et du Mouvement des citoyens).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Voilà une bonne nouvelle en fin d'après-midi.
Mme BACHE a la parole.
Mme Marinette BACHE. - Monsieur le Maire, vous nous demandez d'approuver les objectifs de la réhabilitation de la place de la Concorde que vous avez déjà eu l'occasion de nous présenter et sur une partie desquels je tiens à vous rappeler notre opposition.
Nous avons toujours estimé nécessaire une opération de réhabilitation de cette place dont vous avez trop longtemps négligé l'entretien.
Dès février 1997, nous vous avons d'ailleurs demandé d'engager un plan de mise en valeur de la place de la Concorde prévoyant de réduire la place accordée à l'automobile, avant que vous ne vous présentiez votre projet irréaliste.
Il est inacceptable qu'une telle opération ait pour conséquence prévisible d'aboutir à amplifier les encombrements aux alentours de cette place aussi prestigieuse soit-elle, notamment sur les voies sur berges et au détriment des efforts qui ont pu être engagés pour mettre en valeur le patrimoine monumental de ce secteur de Paris et de la Seine. C'est pourquoi notre président de groupe, M. SARRE, a écrit à Mme la Ministre de la Culture et de la Communication pour lui faire part du fait que si vos choix peuvent profiter à la place de la Concorde, ils iront à l'encontre des efforts de mise en valeur poursuivis en faveur des monuments historiques situés à proximité du site de la Seine, inscrits par l'UNESCO au titre du patrimoine mondial.
Réduire la circulation sur la place de la Concorde n'a de sens que si ce projet s'inscrit dans un plan d'ensemble visant à casser la circulation de transit dans le centre de Paris pour le revitaliser.
Nous avons eu l'occasion de vous faire part de notre proposition en faveur de la mise en valeur du centre de Paris et de la Seine, l'aménagement d'itinéraires confortables pour favoriser les déplacements des cyclistes et piétons, avec un projet à la hauteur des besoins d'aération du centre de Paris et des bords de la Seine, la couverture de plusieurs hectares de voies sur berges de façon à les rendre accessibles aux piétons, aux cyclistes, au touristes, etc.
Il faudrait en particulier couvrir les voies sur berge rive gauche de Port Royal au pont de la Concorde, mais aussi partiellement la rive droite du Pont au Change au souterrain Mazas, ce qui serait à l'échelle de la Capitale.
Nous en sommes loin avec votre projet isolé de réhabilitation de la place de la Concorde comme d'ailleurs des réaménagements de voirie dont nous venons de parler sur une portion des quais hauts de la rive gauche, je n'y reviendrai pas.
Vous procédez à un essaimage de petits projets qualitatifs, vous faites du spectaculaire pas cher, vos projets qui sont séduisants en apparence ne pèsent pas lourdement sur le budget de la collectivité parisienne mais ils ont le défaut de ne rien résoudre sur le fond en matière de maîtrise et de régulation des déplacements automobiles d'une part, en matière d'amélioration du cadre de vie des Parisiens d'autre part.
Il est temps de sortir de cette situation, un peu illusionniste, de prendre en conséquence des décisions politiques à la hauteur des problèmes qui se posent en y affectant les moyens financiers nécessaires pour engager des changements durables. C'est pourquoi les élus du Mouvement des citoyens voteront contre les objectifs poursuivis dans le plan de réhabilitation de la place de la Concorde. Je vous remercie.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame.
Monsieur TUROMAN, vous ave z la parole.
M. Michel TUROMAN. - Monsieur le Maire, Mesdames, Messieurs, vous nous proposez donc par ce projet de délibération d'approuver les objectifs poursuivis pour la réhabilitation de la place de la Concorde ainsi que les modalités de la concertation préalable à la mise en place de cette opération.
Je voudrais tout d'abord dire notre accord de principe avec les objectifs poursuivis à savoir la restauration architecturale et urbanistique de ce site parisien exceptionnel et la requalification de l'espace public en faveur des piétons, des transports en commun et des circulations douces.
Ceci étant, j'en viens à formuler quelques questions précises qui méritent, je le pense, des réponses tout aussi précises.
Tout d'abord, la réhabilitation de cette place se mènera-t-elle prioritairement en fonction de son passé historique, de sa qualité architecturale, comme l'indiquait fort judicieusement Mme la Ministre de la Culture et un certain nombre d'architectes et non à partir d'une simple approche de voirie ?
Je vous pose cette question car une précision s'avère nécessaire. Est-ce que nous votons aujourd'hui sur le parti pris urbain que vous nous avez présenté au mois de mars dernier, ou bien, comme le propose le projet de délibération sur des objectifs qui amèneront un nouveau projet prenant en compte, à n'en pas douter l'étude historique engagée parallèlement par le Ministère de la Culture ?
Concernant maintenant le plan de circulation, M. le Préfet de police a donné son accord vis-à-vis des objectifs poursuivis sous réserve toutefois que soient étudiées des mesures de délestage. Quelles sont les différentes hypothèses envisagées ou à l'étude ?
Autre question et non des moindres, ce projet est-il réellement concevable et réalisable dans les conditions actuelles de circulation automobile à Paris en dehors de sa diminution conséquente ?
Cette question n'est pas anodine et sa réponse conditionne l'aboutissement du projet. Il faut faire beaucoup plus et beaucoup plus vite pour améliorer les conditions de déplacement et pour cela il faut notamment accroître l'offre et la qualité des transports en commun dans notre ville afin d'inciter un plus grand nombre d'automobilistes à les emprunter. Or, aujourd'hui, nous en sommes bien loin. Il va falloir faire un effort supplémentaire pour accélérer la mise en site propre de l'ensemble des lignes de bus à commencer par celle matérialisée par une simple ligne blanche.
Allez-vous vous engager résolument dans cette direction et dans quel délai ? Sans cet investissement il existe un risque réel de voir le trafic de cette place automobile, soit 10.000 véhicules aux heures de pointe, se reporter sur d'autres artères déjà bien surchargées de cet arrondissement ou d'arrondissements limitrophes.
Enfin, concernant les modalités de la concertation préalable à la mise en oeuvre de cette opération, comment allez-vous la mener sans avoir les résultats des études du Ministère de la Culture et de la Préfecture de police ?
Quel sera donc le contenu de l'exposition que vous nous annoncez ? Se fera-t-elle à partir des projets élaborés par la Ville au mois de mars dernier ou se fera-t-elle à partir de nouveaux projets qui tiendront compte des conclusions des études en cours ?
De plus, cette opération va avoir des conséquences pour l'ensemble de la capitale et je crois qu'il est nécessaire d'élargir la concertation à l'ensemble de la population parisienne et non comme cela est prévu aujourd'hui au seul huitième arrondissement. C'est pourquoi nous voterons le voeu présenté par Mme SCHNEITER et je confirme que nous voterons pour les objectifs et non pour le projet présenté en mars dernier.
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs du groupe communiste).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur REVEAU, vous avez la parole.
M. Jean-Pierre REVEAU. - Monsieur le Maire, voilà bien un projet gadget mais aussi un projet nocif qui aggravera les conditions de vie et de circulation des Parisiens. Il augmentera la pollution, car il mêle à dessein des aspects fort différents : la circulation automobile n'a rien à voir avec la restauration des fontaines ou des balustrades de la place de la Concorde. On peut en revanche estimer que la Ville a, pour le moins, pêché par négligence en laissant se dégrader ce qu'elle qualifie elle-même de patrimoine prestigieux.
Ce dossier est marqué comme beaucoup d'autres présentés à notre Conseil par la confusion : en voulant faire plaisir à tout le monde, en soignant des clientèles électorales, surtout celles de ses adversaires, qui ne nous en savent aucun gré, on en vient à perdre le sens de l'intérêt général.
Comment en effet imaginer que l'on rende service aux Parisiens en supprimant la circulation Sud-Nord sur cette place qui est le pivot de tous les flux de circulation au centre de Paris ?
On rend encore plus mal aisé le passage de la rive gauche à la rive droite, alors que la circulation parisienne privilégie déjà les flux Est-Ouest puis on décrète qu'on va diminuer de 20 % les flux entrants de la circulation Nord-Sud, que des itinéraires alternatifs seront aménagés alors que le report de circulation s'effectue, je cite, sans rire, dans "les meilleures conditions" ! Par où déviera-t-on cette circulation ? Pas de réponse.
Voilà qui fait penser aux caricatures de Robida qui proposait à la fin du siècle dernier que les Parisiens se déplacent en ailes volantes pour échapper aux embarras de la voirie !
Tout cela n'est guère sérieux et reste marqué de l'obsession des écolos pour qui l'automobiliste reste l'ennemi. Vouloir diminuer la circulation automobile de 5 ou 10 % est simplement ridicule ainsi que l'observe le Professeur François ASCHER de l'Institut Français de l'Urbanisme, je cite : "les gens demandent de plus en plus d'espaces et d'autonomie, ont des modes de vie de plus en plus variés, des moyens rapides, confortables, et individuels, s'imposent surtout dans les déplacements radioconcentriques, c'est-à-dire de la périphérie vers le centre. La voiture reste dans ce cas beaucoup plus performante". Or, la place de la Concorde exerce cette fonction-là.
Il faut tenir compte des réalités, ne pas généraliser des épures qui ne fonctionnent que sur des planches des cabinets d'études. Les questions qui se posent pour les déplacements dans l'agglomération parisienne exigent une multiplicité de solutions et non une suppression fantasmatique de la voiture. Le transport "fordien", le même pour tous à la même heure, est dépassé par les modes de vie actuels. Faire croire à une ville sans automobile est une illusion dangereuse. L'avenir de la plus belle place de notre Capitale mériterait mieux que trois pages fumeuses bâclées. Merci, Monsieur le Maire.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Simplement deux mots, je n'ai pas le souvenir d'avoir dit que j'étais pour la suppression de la voiture dans la ville.
M. Jean-Pierre REVEAU. - On va y arriver.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je trouve qu'il ne faut quand même pas déformer ma pensée, à ce niveau là, je veux bien qu'il y ait des interprétations d'un côté et de l'autre. Certains sont à fond pour la voiture, et d'autres qui sont pour sa suppression. Je dis qu'il y a un problème de circulation à Paris, je ne suis pas le seul à le dire, qu'il y a un problème de pollution, mais il n'est pas aussi grave que cela.
Sur le plan politique, il ne faut pas considérer qu'il y a d'un côté ceux qui sont pour la voiture et que ceux qui sont contre sont dans la majorité ! Il y a notamment de jeunes ménages, quelle que soit leur sensibilité politique, qui sont pour la voiture certes, mais qui veulent qu'on intègre la notion de pollution et la qualité de vie. Ce n'est pas faire preuve d'extrémisme, mon cher collègue !
Je souhaite que chacun puisse aller dans ce sens.
La parole est à Mme SCHNEITER.
M. Jean-Pierre REVEAU. - Il faut se préoccuper de la sécurité dans les transports en commun !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je suis bien d'accord, mais ce n'est pas du tout incompatible !
Mme Laure SCHNEITER. - Monsieur le Maire, tout d'abord j'aimerais dire que je ne comprends pas comment les socialistes ont pu s'abstenir sur l'aménagement des quais hauts ; bien sûr, ce projet n'est pas parfait, mais c'est un projet remarquable, qui est un grand pas en avant.
Par ailleurs, je vais dire à M. HUBIN et à Mme JUNOT, parce qu'il y a des choses intolérables à entendre, que l'on ne peut pas parler, comme ils l'ont fait, de ce que l'on ne connaît pas.
M. Bertrand BRET. - Cela suffit de donner des leçons !
Mme Laure SCHNEITER. - Vous parliez d'équilibre dans la répartition de la voirie à respecter : savez-vous que la voiture, à Paris, n'assure qu'un tiers des déplacements, alors qu'elle occupe 94 % de la voirie et savez-vous que l'autobus qui assure également un tiers des déplacements, pourrait pratiquement en assurer la moitié s'il roulait plus vite et qu'il n'occupe que 6 % de la voirie ? Alors ne parlez pas de l'équilibre du partage de la voirie entre les autobus et la voiture !
Même avec ce que M. TIBERI essaye de faire, on est loin de l'équilibre !
(Mouvements divers dans l'hémicycle).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Continuez, ne vous laissez pas interrompre.
Mme Laure SCHNEITER. - Monsieur le Maire, vous savez, une fois n'est pas coutume, que je vous soutiens totalement dans ce projet de réhabilitation de la Place de la Concorde, comme pour celui de l'aménagement des quais hauts.
Je suis sincère, je ne fais pas de la politique politicienne !
(Exclamations dans l'hémicycle).
Laissons les esprits chagrins qui critiquent tous les projets sans discernement ou ceux qui n'arrivent pas simplement à se projeter dans l'avenir et changer leurs habitudes.
C'est une décision spectaculaire, si elle est bien menée, qui marquera une date historique dans l'urbanisme de Paris.
Les inconvénients d'un chantier de cette ampleur mécontenteront sans doute les uns et les autres, mais je vous prédis que cet aménagement, une fois terminé, aura les suffrages de tous les Parisiens. Pourquoi ?
Parce que cette place redeviendra un lien entre le jardin des Tuileries et l'Avenue des Champs-Elysées, qui s'appelait autrefois la "Promenade" des Champs-Elysées. Parce que l'on ne peut pas laisser indéfiniment l'une des plus belles places du monde défigurée par un flux permanent de voitures qui polluent l'air, dégradent la pierre des monuments et des bâtiments, parce que cette place et son obélisque restent inaccessibles aux piétons et aux touristes, qu'elle est dangereuse pour les cyclistes, que les autobus sont englués dans la circulation et que les promeneurs, dans le Jardin des Tuileries, souffrent du bruit permanent généré par les automobilistes.
Imaginez cette place transformée en un lieu de détente et de rencontres, pour jeunes et promeneurs.
Le Mouvement écologiste indépendant...
(Brouhaha dans l'hémicycle).
M. LE MAIRE DE PARIS. - S'il vous plaît, je sais bien que certains sourient, c'est leur problème ; ayez la courtoisie d'écouter l'orateur. Après, chacun est libre d'apprécier et de voter comme il l'entend. Ayez un minimum de respect pour les orateurs, quels qu'ils soient !
Mme Laure SCHNEITER. - Le Mouvement écologiste indépendant vous demande depuis longtemps de faire rouler moins de voitures dans Paris, notamment dans le centre.
La "piétonisation" de la Place remettra en cause un certain nombre de circuits automobiles, précisément dans le coeur de Paris. Après tout, il faut bien commencer par un site et vous ne pouviez donner un signal plus fort qu'en commençant par là. Mais il ne suffit pas de diminuer la place de la voiture, il faut rendre à cette place son authenticité et sa beauté.
Si l'éclairage des candélabres est de conception ancienne, ne venez pas nous dire qu'il a un faible niveau d'éclairement, sans rapport avec les dimensions et le caractère de la place. Lorsque l'éclairage de la place avait été refait dans les années 1958, les techniciens avaient longuement étudié justement comment restituer une lumière proche de celle des réverbères. Alors, je vous en prie, Monsieur le Maire, n'allez pas éclairer cette place comme si l'on était en plein jour ! Ce serait une catastrophe.
Concernant les études du dessin de la place, j'ai du mal à croire que des "espaces en creux" suffiront à évoquer les anciens fossés. Réaménager au moins les fossés et le pont qui existaient le long du jardin des Tuileries redonnerait tout leur sens aux balustrades en pierre. Ces anciens fossés maçonnés ont simplement dû être comblés, et sont probablement restaurables.
Monsieur le Maire, je vous demande de demander un rapport complet sur les maçonneries anciennes des fossés, pour décider en toute connaissance de cause, s'ils peuvent être restaurés ou non.
La possibilité d'associer minéral et végétal dans le futur aménagement sera un travail difficile à mettre au point car vous ne pourrez contenter tout le monde.
Il me semble que la conception même de la place doit avant tout privilégier sa conception architecturale, même si certaines parties peuvent être plantées.
Il ne faut pas tomber dans les compromis et respectez l'authenticité de cette place, sans multiplier trop d'espaces végétaux qui permettront surtout à la Direction des Parcs et Jardins de gonfler son total de mètres carrés d'espaces verts à Paris !
Parmi les plusieurs schémas d'organisation des circulations, je suis heureuse de voir que votre choix s'est porté sur celui que j'avais moi-même évoqué à la première commission de l'aménagement du site de la Seine. Vous déclarez que c'est l'hypothèse la plus ambitieuse. Celle-ci supprimera le sens de la circulation Sud-Nord et permettrait de dégager un vaste espace piétonnier, en maintenant seulement une circulation pour les autobus, les véhicules utilitaires et les cyclistes.
La circulation nord-sud s'établirait alors sur la chaussée latérale qui resterait un axe de transit.
La mise au point des flux de circulation sur cette chaussée et aux alentours sera une tâche ardue, mais exaltante à mener.
Quant à la concertation, elle sera extrêmement difficile à gérer car les opinions des uns et des autres, dans un premier temps, vont aller en sens contraire.
Je crois pouvoir dire que personne ou presque à Paris n'a jamais pensé à un tel projet, tellement il semblait irréalisable. Il va falloir laisser évoluer les mentalités.
Il est surprenant de voir, à l'heure actuelle, un certain nombre de membres d'associations de défense de l'environnement rejeter violemment ce projet.
Il n'en reste pas moins qu'il concerne tout le monde.
Pour que la concertation soit exemplaire, il faut qu'elle touche, en dehors des associations, le maximum de Parisiens.
Une seule exposition à la mairie du 8e, l'arrondissement proportionnellement à sa surface, le moins habité de Paris, informera peu de personnes, ce qui est dommage. C'est dans toutes les mairies d'arrondissement, Monsieur le Maire, qu'il faut organiser une exposition.
Une exposition sur le site est une excellente idée et permettra aux personnes intéressées de visualiser les différentes possibilités d'aménagement sur place. Une exposition organisée dans le Jardin des Tuileries serait également utile pour les promeneurs à l'abri du bruit et des voitures ; ils pourraient en toute tranquillité consulter les études et faire des propositions.
J'attire votre attention sur le délibéré de ce projet de délibération. Il se réduit à un seul article pour approuver les objectifs et les modalités de la concertation, sans que ceux-ci soient présentés. Aussi conviendrait-il de compléter l'article premier pour faire référence aux termes de l'exposé des motifs. Il faudrait ajouter à la fin de l'article premier : "tels que présentés dans l'exposé des motifs".
Je présenterai deux amendements allant dans ce sens, l'un sur le délibéré, l'autre sur la concertation.
Je signale à M. BULTÉ que je devais faire partie de cette sous-commission de la réhabilitation de la place de la Concorde, mais il a oublié de m'y inviter.
(Exclamations dans l'hémicycle).
Vous êtes vraiment simplistes ! Il suffit que je sois d'accord, pour une fois, avec un projet pour que je sois taxée d'arrière-pensées qui n'en sont pas !
Pour conclure, même si les études sont difficiles à mettre au point, et elles seront très difficile à mettre au point, même si tout le plan de circulation à repenser ne se met pas en place du jour au lendemain, il ne faudra pas vous décourager. Avec toutes les difficultés que représente la piétonisation de la place de la Concorde, je voterai - je le dis sans rougir - avec enthousiasme ce projet.
(Applaudissements dans l'hémiccyle).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame.
M. Jean-Pierre HUBIN. - Nous venons d'être attaqués par Mme SCHNEITER. J'ai été mis en cause.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Ce sont des mises en cause sympathiques.
M. Jean-Pierre HUBIN. - Mme SCHNEITER a dit que je ne connaissais pas mon dossier. J'insiste...
M. LE MAIRE DE PARIS. - Vous estimez avoir été mis en cause ?
M. Jean-Pierre HUBIN. - Oui. Madame SCHNEITER, je sais que 35 % des déplacements à Paris se font en voiture. Ce chiffre est très bas. Penser qu'on peut le baisser encore est utopique !
(Exclamations dans l'hémicycle).
M. Yves GALLAND, adjoint. - Je souhaite que Mme SCHNEITER ait, à mon égard, quelque compréhension sur mon niveau d'incompétence par rapport à son degré d'expertise. Car elle va sans doute m'inclure parmi les esprits chagrins qu'elle dénonçait il y a une minute.
Monsieur le Maire, nous sommes incontestablement en accord avec vous sur un point. Il y a un problème de circulation à Paris et un problème de pollution. C'est un double constat que nous partageons entièrement. Par contre, nous divergeons, Monsieur le Maire, et ce n'est pas nouveau, sur les moyens à apporter pour régler ce double problème de circulation et de pollution.
Votre projet d'aménagement de la place de la Concorde, soyons francs, est extrêmement séduisant. Je vais vous faire une confidence, Monsieur le Maire, j'aimerais que nous puissions disposer d'un espace piétonnier entre la Madeleine et la Chambre des députés. Ce serait fantastique de voir la rue Royale aménagée en espace piétonnier. Ce serait extrêmement sympathique.
Entre ce projet idéal, d'autres qui pourraient voir le jour, et celui de la place de la Concorde piétonnière à 80 % nous sommes confrontés à un certain nombre de contraintes qui nous obligent à passer du rêve à la réalité. Monsieur le Maire, votre très compétent adjoint Bernard PLASAIT citait un certain nombre de chiffres prouvant que l'exécutif est soucieux de l'évolution, puisque votre objectif est de baisser de 5 à 10 % la circulation automobile. Il rappelait que le parc automobile francilien a légèrement progressé et que le parc automobile parisien a sensiblement baissé.
Il rappelait que le volume de circulation dans Paris intra-muros a baissé de 1,4 %. Monsieur le Maire, il y a un seul chiffre qui nous interpelle dans cette enceinte. Un seul chiffre, Monsieur PLASAIT. La vitesse moyenne de circulation dans la Capitale est passée de 17 kilomètres/heure à 15 kilomètres/heure dans les 8 dernières années. La réalité est la suivante : quel que soit le nombre de voitures auxquelles nous sommes confrontés. Comme le disait très justement M. HUBIN, la voiture qui pollue le plus, c'est la voiture qui n'avance pas. Toutes ces voitures qui perdent une vitesse moyenne de circulation, année après année, nous interpellent si nous voulons répondre, Monsieur le Maire, à ce problème de pollution auquel vous faisiez allusion. C'est pour cela que, sans caricature nous sommes amenés à être interpellés les uns et les autres. Il y a un siècle, nos anciens ont mis en ?uvre dans la ville un énorme chantier structurant sur les transports, qui était celui du métro.
Est-il possible un siècle après, pour le prochain millénaire, de penser en fonction de vos objectifs qu'il faut peut-être avoir des grands chantiers de cette nature ?
Monsieur le Maire, nous en avions déjà parlé et nous vous avons fait une proposition. Le 22 septembre, je vous ai envoyé une lettre très structurée sur ce que pourrait être - mais nous sommes ouverts à toutes les solutions éventuelles - un projet routier, autoroutier souterrain Nord-Sud, Est-Ouest, dans Paris, avec les différents paramètres financiers, techniques tels que nous les avions approchés.
D'ailleurs, comme je sais que c'est un sujet qui peut nous diviser, nous avons été d'une très grande prudence. Le Maire a saisi, je crois, la direction compétente, qui doit livrer une étude. Nous avons dit que ce projet ne pourrait se traiter, compte tenu des différences profondes qui existent entre nous que par un référendum municipal, et les Parisiens pourraient trancher sur ce que peut être un grand chantier d'avenir pour les infrastructures de transport.
Je déplore que nous n'ayons pas eu la chance d'être honorés, ne serait-ce que d'un accusé de réception pour cette lettre que nous vous avons envoyée il y a deux mois.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je vous l'ai annoncé publiquement, ici, en séance du Conseil.
M. Yves GALLAND, adjoint. - Cela m'a échappé. Depuis que je vous ai envoyé cette lettre, cela m'a complètement échappé. Sur la place de la Concorde, comme le dit M. BRET, il faut un projet d'ensemble.
En ce qui nous concerne, et je ne prétends pas du tout que nous ayons raison, nous pensons que le projet de la Place de la Concorde piétonnière à 80 % est dangereux, très dangereux car nous croyons que ce projet risque de mettre en cul de sac les rues de Rivoli, Royale, le bas des Champs-Elysées et de générer le plus vaste embouteillage que nous puissions craindre dans Paris. Avons-nous tort ou raison ? En tous cas, le problème doit être posé.
Nous ne pouvons pas d'un revers de la main en faire abstraction. Monsieur le Maire, nous pensons que le bon sens devrait prévaloir. A cet égard, nous avons trouvé dans le dossier l'avis du conseil du 8e arrondissement. Permettez-nous de penser que cet avis, voté à l'unanimité moins une voix sur le premier vote et à l'unanimité sur le second, devrait représenter toutes les tendances de l'Hôtel-de-Ville, car elles existent pratiquement toutes dans le 8e arrondissement, sauf le parti communiste. Que disent les élus du 8e ? Ils émettent un avis défavorable. Ils sont censés connaître leur arrondissement et les conséquences qu'un tel projet entraînerait. Ils proposent que soit réalisé en grandeur nature, sur 6 mois, avec des moyens légers, un essai projetant par avance ce que serait la réalisation définitive de la place sur les flux de circulation. Ceci nous paraît, Monsieur le Maire, marqué au coin du bon sens.
Nous serons les premiers, si ce désastreux embouteillage que nous craignons ne se réalise pas, à soutenir avec enthousiasme la réalisation de la place de la Concorde. Vous serez le premier, Monsieur le Maire, si ce désastreux embouteillage devait voir le jour, à abandonner un projet qui s'avérerait irréalisable, compte tenu des contraintes auxquelles nous sommes confrontés.
C'est pourquoi, Monsieur le Maire, je souhaite que dans l'esprit de ce que propose le Conseil du 8e arrondissement, et qui est le bon sens, vous procédiez à cette expérimentation légère, limitée dans le temps, en grandeur réelle pour que nous ayons un véritable audit de terrain.
Si vous le faites, et si vous nous le dites, alors, Monsieur le Maire, nous voterons ce projet. Mais, si vous ne prenez pas cet engagement, alors compte tenu des risques et des craintes que représente cet aménagement pour les Parisiens, nous voterons contre.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Deux ou trois choses rapides parce qu'au coeur du sujet.
Vous me dites qu'il y aura des embouteillages. C'est une affirmation. Nous ne tranchons pas définitivement. Si vous circulez le soir dans certains secteurs parisiens, ou le matin, et à en particulier, vous serez effrayé ! Effrayé ! première observation.
Deuxième observation, il faut la concertation, dites-vous. C'est justement l'objet du texte qu'on vous soumet, c'est pour qu'il y ait la concertation la plus large. Je vous signale d'ailleurs qu'elle est actuellement en cours avec le ministère des affaires culturelles et la Préfecture de police. Nous ne décidons pas comme cela, au hasard. Nous offrons la possibilité de faire une concertation encore plus large pour tenir compte de tout cela.
M. Bertrand BRET. - Il n'y a pas les professionnels du tourisme.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Il y aura les professionnels du tourisme, que nous voyons pour différents sujets. Ils seront, bien entendu, concernés par ce problème-là. Il y aura les automobilistes eux-mêmes, les autocaristes, comme vous les appelez, mais aussi les chauffeurs de taxi, qui ont aussi un rôle important à jouer dans la circulation parisienne.
Il ne s'agit pas de prendre une mesure qui aurait pour résultat de faire un effet d'annonce. Il ne faut pas faire n'importe quoi. Mais, au nom de ce même principe, il ne faut pas non plus ne rien faire du tout au prétexte qu'il y aurait des inconvénients pour la voiture. Il ne faut pas accumuler sans cesse des mesures qui favoriseraient soi-disant la voiture mais qui aboutiraient à créer un rejet de la voiture par les Parisiens parce que la circulation deviendrait impossible. Non.
Je crois que c'est la concertation qui nous amènera, à travers tous les moyens que nous avons évoqués, à une amélioration.
Quant au système que vous avez évoqué, j'y suis tout à fait favorable, très favorable, sous deux conditions, la première c'est que cela ne coûte pas au contribuable parisien...
M. Bertrand BRET. - On a déjà dépensé des millions...
M. LE MAIRE DE PARIS. - Laissez-moi parler, laissez-moi terminer.
Première condition, que cela ne coûte pas au contribuable parisien. Deuxièmement, que cela n'aboutisse pas à une augmentation de la circulation en sortie. Je pose les deux conditions. Si ces deux conditions sont remplies, je suis tout à fait favorable.
Donc, concertation très large et c'est l'objet de ce texte, justement, que de faire la concertation. Mais ne mettez pas ce texte en difficultés avant qu'il n'ait fait l'objet d'une concertation.
Monsieur LEBEL, vous avez la parole.
M. François LEBEL, maire du 8e arrondissement. - Monsieur le Maire, je voudrais d'abord m'adresser quelques instants à Mme SCHNEITER, qui a cru devoir donner une leçon de compétence à M. HUBIN tout à l'heure. Je voudrais lui dire que lorsqu'on rédige un amendement, on se renseigne un petit peu sur la population parisienne. Le 8e arrondissement n'est pas le moins habité de Paris. Ce n'est pas non plus l'avant-dernier, ni même l'antépénultième. Je vous laisse le soin de consulter des notes, Madame SCHNEITER, afin de compléter votre connaissance du sujet.
Cela étant, Monsieur le Maire, je suis perplexe quant aux attendus contenus dans le projet de délibération qui nous est soumis sur l'avenir de la place de la Concorde.
Si j'ai bien compris, vous nous demandez :
1°)d'approuver des objectifs que vous avez décidés et amplement fait connaître dans la presse, depuis des mois ;
2°) d'approuver les modalités d'une concertation préalable mais qui serait néanmoins postérieure aux décisions qui sont déjà prises et ont déjà fait la manchette de nombreux journaux.
Alors, je voudrais qu'on m'explique ce qu'est une concertation préalable, postérieure à une décision qui semble déjà être prise !
En ce qui concerne les objectifs poursuivis...
M. LE MAIRE DE PARIS. - Il faut bien qu'il y ait un avant-projet pour travailler dessus, une base. Comme on l'avait fait pour les Champs-Elysées.
M. François LEBEL, maire du 8e arrondissement. - Pas du tout de la même manière, je n'en ai pas le souvenir...
En ce qui concerne les objectifs poursuivis, je tiens à souligner que tout le monde sans exception ne peut qu'applaudir à la volonté affichée de restaurer cette place exceptionnelle à Paris, en France et même dans le monde. Son état est effectivement assez lamentable et au-delà de ce que l'on croit, si l'on prend la peine de la parcourir à pied, de jour comme de nuit, dans tous ses détails.
Cette situation, qui n'est pas nouvelle, avait fait l'objet, il y a longtemps, dans les années 80, d'un constat qui fut suivi de plusieurs mesures importantes : réfection des statues des villes de France, restauration des colonnes rostrales, réparation des balustres en pierre. La reconstruction de la fontaine sud qui est en cours est la suite de ce plan, lancé dès 1985, qui suit un cheminement évidemment trop lent. Et il reste encore beaucoup à faire.
Ceci étant, la place est classée parmi les monuments historiques. Il est bien évident que rien, je dis bien rien ne peut y être fait sans l'accord préalable des architectes des monuments historiques. Ceci veut dire qu'aucune des décisions prises par l'Hôtel de Ville, avant ou après une concertation préalable (ou postérieure) n'a la moindre chance d'être mise en oeuvre sans l'accord du Ministre de la culture.
Dans ces conditions, je ne comprends pas à quoi sert d'annoncer des objectifs sur la circulation automobile sur cette place puisque ceux-ci ne peuvent être que la résultante des décisions croisées du Préfet de police, compétent en matière de circulation, et du Ministre de la Culture, compétent en matière de monuments historiques.
Annoncer donc que l'on va rendre 80 % de la surface de la place aux piétons, ou bien que l'on va y réduire autoritairement de 20 % la circulation automobile risque de n'être qu'un voeu, ou alors tout est déjà, en fait, décidé en haut lieu et, alors, à quoi sert la concertation annoncée ?
Ne pourrait-on, au contraire, demander à l'Etat ce qu'il veut faire et en tirer les conclusions sur ce que la Ville peut, pourra, voudra réaliser sur la place de la Concorde ?
M. LE MAIRE DE PARIS. - C'est une conception de la démocratie locale.
M. François LEBEL, maire du 8e arrondissement. - Non, cela, c'est la loi.
Or, l'Etat n'a, à ma connaissance, aucune étude aboutie sur le devenir de la place sur le plan des monuments historiques et l'Etat n'a prévu aucun budget, pour le moment, pour financer une étude quelconque sur ce sujet.
S'agissant donc de votre voeu de réduire la circulation sur la place de 20, ou même de 10 %, j'ai le devoir de vous faire part, comme l'a fait avant moi notre collègue GALLAND, du vote unanime du Conseil du 8e. Il estime que réduire la capacité de circulation sur la place de la Concorde avant de réduire la circulation globale dans Paris, c'est inverser l'ordre des facteurs.
Créer une thrombose de circulation au niveau de la place, c'est dévier le trafic dans les petites rues alentours, non seulement dans le 8e arrondissement, rue Saint-Florentin, rue Richepance, rue de Penthièvre, mais aussi dans le 9e et dans le 7e qui seront les voies d'évitement de la place.
Peut-on nous dire où ira le trafic Sud-Nord que vous allez, paraît-il, dévier par le pont Alexandre III ? Avenue de Marigny et place Beauvau et rue des Saussais. Il y a une seule file, rue des Saussais, c'est inconcevable.
Afin de mesurer et quantifier les volumes de circulation sur la place de la Concorde, puis évaluer l'incidence des mesures proposées, le conseil du 8e demande, je le répète, veut que des essais en vraie grandeur soient réalisés pendant plusieurs mois. Il sera alors possible de tirer des conclusions enfin réalistes et pratiques des mesures imaginées dans le secret des bureaux de l'Hôtel-de-Ville, et dont nul ne peut prévoir le réalisme, ni même le sérieux.
Alors, pour conclure, en attendant donc le résultat des essais de circulation en vraie grandeur que je demande, en attendant que l'Etat ait conduit les études très fouillées qui sont nécessaires et préalables à toute intervention sur la place, il sera possible de poursuivre effectivement les travaux indispensables et relativement modestes en termes budgétaires qui sont sans cesse repoussés depuis des années sous prétexte d'un projet ambitieux qu'on nous annonce finalement pour 2004. Je veux parler de l'illumination des hôtels de la Marine, de Coislin, de Crillon, dont on parle depuis des années et des années, qui n'a aucune influence sur le devenir de la place. De l'éclairage de la place elle-même avec ses candélabres les plus lamentables de tout Paris pour une raison très simple, que je vais vous expliquer, Monsieur le Maire : la Ville prétend les peindre en marron, comme tous les autres réverbères de la Ville, et les Monuments historiques, eux, veulent les peindre en vert, comme les colonnes rostrales. On voit bien à ce détail que l'accord Ville-Etat sur le devenir de la place n'est pas encore pour demain...
M. Paul AURELLI, adjoint. - C'est un problème de daltonisme, cela.
M. François LEBEL, maire du 8e arrondissement. - Je vous remercie.
(Applaudissements).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur PLASAIT, vous avez la parole.
M. Bernard PLASAIT, adjoint, au nom de la 3e Commission. - Merci, Monsieur le Maire.
Je voudrais essayer d'être clair et concis.
M. Jean-Philippe HUBIN. - Passons la place de la Concorde rapidement, c'est votre souhait !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Non, tout le monde s'exprime complètement, largement et longuement. Personne n'a coupé la parole à qui que ce soit.
M. Pierre SCHAPIRA. - Quelle couleur, les candélabres ?
M. Bernard PLASAIT, adjoint, rapporteur. - Je voudrais, Monsieur le Maire, partir de la lecture de l'objet de ce projet de délibération pour que l'on parle bien le même langage.
Objet : Réhabilitation de la place de la Concorde à Paris 8e. - Objectifs poursuivis et modalités de la concertation préalable à cette réhabilitation.
C'est de cela qu'il s'agit et de rien d'autre.
Je voudrais d'abord répondre à M. BRET. Si j'ai bien compris, vous êtes largement favorable à ce projet, à certaines conditions...
M. Bertrand BRET. - Vous avez tout compris.
M. Bernard PLASAIT, adjoint, rapporteur. - ... et je voudrais examiner vos conditions, qui me paraissant aller tout à fait dans le sens de notre projet, dans le sens des différents documents que vous avez en votre possession.
Vous souhaitez que ce projet s'inscrive dans le cadre d'un aménagement d'ensemble, en précisant que la place de la Concorde ne doit pas être séparée dans cet esprit d'aménagement de la restauration du jardin des Champs-Elysées.
Je crois que vous avez raison. Je crois qu'il faut aller dans ce sens. Je pense que c'est tout à fait l'esprit dans lequel nous travaillons.
M. Bertrand BRET. - Donc, ce n'est plus la Direction de la Voirie.
M. Bernard PLASAIT, adjoint, rapporteur. - Vous évoquez un comité de suivi et de concertation. Je ne peux évidemment qu'approuver ces deux orientations. C'est d'ailleurs, je crois, ce qui est mis en oeuvre avec une structure qui ne s'appelle pas comité de suivi, mais qui y ressemble : la "Commission de concertation" animée par M. BULTÉ, dans laquelle j'indique, pour vous rassurer, que figurent bien tous les interlocuteurs importants dans ce dossier, notamment les autocaristes, l'Office du Tourisme de Paris (son Président est présent à chaque réunion).
Je crois, que ces éléments sont de nature à vous rassurer pour que vous puissiez, sans états d'âme, sans réticence, voter ce projet...
M. Bertrand BRET. - Il y a la concertation et il y a l'expérimentation...
M. Bernard PLASAIT, adjoint, rapporteur. - C'est vrai, il y a la question de l'expérimentation. Je vais y répondre dans quelques instants.
M. GALLAND et M. LEBEL évoquent des difficultés que je comprends bien, dans la mesure où, effectivement, on peut avoir des inquiétudes si l'on ne lit pas complètement les documents fournis, si l'on ne cherche pas à bien comprendre quel est l'esprit de ce projet de délibération. C'est bien pourquoi j'ai commencé par en relire l'objet.
Il ne s'agit que de définir les objectifs poursuivis et de définir la concertation qui doit avoir lieu.
Je voudrais que l'on comprenne bien quel est l'esprit de ce projet, et d'ailleurs, quand je dis "projet", j'ai tort, je devrais dire "avant-projet", "idée", "volonté politique d'aller dans le sens d'un aménagement, d'une réhabilitation de la place de la Concorde".
Quand M. LEBEL déclare : "Mais, vous n'êtes pas dans votre rôle, ce n'est pas à nous de faire cela, c'est à l'Etat", je m'étonne un peu. Je m'étonne parce que c'est bien à la Municipalité, c'est bien aux élus de Paris que revient, j'allais dire le droit, le devoir d'impulser, de chercher à faire progresser la Capitale, même si, dans les aménagements imaginés, la Ville n'est pas la seule autorité compétente. En l'espèce, il y a effectivement d'autres autorités compétentes : il y a, c'est vrai, la Préfecture de police, il y a, c'est vrai, les services de l'Etat, le Ministère des Affaires culturelles et d'autres. Il eût été déraisonnable, bien sûr, de ne pas prendre a priori l'avis des uns et des autres. Monsieur LEBEL, cela a été fait ! Le Ministre de la Culture a été saisi pour avis, nous avons sa réponse. Le Préfet de police a aussi été saisi, il a répondu lui-même à cette tribune dans quelles conditions, à son sens, on pouvait avancer dans ce projet.
Je vous ai écouté avec beaucoup d'attention parce que je voulais pouvoir vous répondre avec plus de précision possible. Je peux vous préciser que nous avons effectivement pris les avis préalables nous permettant de voir dans quelles conditions nous pouvions avancer sur cet projet.
Nous savons maintenant qu'il y a une voie, qu'il y a un chemin. Mais tout n'est pas terminé, bien au contraire, nous n'en sommes qu'au tout début de ce chemin. C'est là où je voudrais essayer de bien me faire comprendre.
Il ne s'agit pas d'une idée "déjà complète", "déjà formalisée", que nous voulons à tout prix instaurer, aux conséquences parfois fâcheuses, souvent négatives.
Non, ce n'est pas cela. C'est même l'inverse ! C'est, lorsque la politique que nous poursuivons en matière de lutte contre la pollution par le biais notamment de la diminution d'une partie de la circulation automobile aura atteint son but, qu'il pourra y avoir des améliorations sensibles dans la gestion des flux parisiens, dans la diminution de la circulation automobile, rendant ainsi possibles un certain nombre d'aménagements, notamment celui de la place de la Concorde. Parce qu'à ce moment-là, il y aura eu réduction des flux, de manière suffisamment importante, pour que les conséquences de la mise en oeuvre de ce projet, ne soient pas nuisibles pour la Capitale.
M. Jean-Philippe HUBIN. - Ah non...
M. Bernard PLASAIT, adjoint, rapporteur. - Il s'agit aujourd'hui de définir quels sont les objectifs, ce qui signifie qu'à travers la concertation mise en place il pourra y avoir 1 projet, mais peut-être 2 projets, peut-être 3 projets. Nous passons de l'idée à l'élaboration progressive, avec un maximum de concertation, de un ou plusieurs projets. M. TUROMAN : oui, il y aura plusieurs projets qui auront tous, je l'imagine, le souci culturel et historique que vous évoquiez. A partir du moment où ces projets sont envisagés, convenez avec moi que si les conditions de la circulation parisienne ont évolué et s'étant améliorées, ont rendu le projet faisable, convenez qu'à ce moment-là, si nous n'avions pas préparé des avant-projets, organisé et lancé la concertation,..., vous nous reprocheriez, alors même que nous avons eu l'idée de ne pas anticiper !
Ce que je peux vous dire, c'est que le Maire - je parle sous le contrôle du Maire - je suis étonné... j'entends beaucoup de bruit, de rires, de conversations... je trouve cela intempestif ! mes interlocuteurs pourraient-ils avoir la courtoisie de m'écouter avec la même attention que je les ai écoutés ? J'essaie de faire un travail sérieux. J'essaie de leur apporter des réponses sérieuses, aussi précises que possible aux questions posées, qui sont de bonnes questions.
M. Jean-Philippe HUBIN. - Et je vais vous dire pourquoi !
M. Bernard PLASAIT, adjoint, rapporteur. - Si, comme nous le croyons, dans un certain délai, les conditions sont réunies pour l'amélioration des conditions de circulation rendant ce projet faisable, je m'engage, Monsieur le Maire, à ce moment-là, à ce que nous mettions pendant une période courte et réaliste, le projet à l'essai.
(Applaudissements sur tous les bancs de l'hémicycle).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous mettons aux voix.
Monsieur PLASAIT, il y a deux amendements de Mme SCHNEITER.
M. Bernard PLASAIT, adjoint, rapporteur. - Monsieur le Maire, sur l'amendement n° 1 de Mme SCHNEITER, je ne vois pas d'obstacles à préciser les choses, et donc à ajouter ce qu'elle souhaite à la fin de l'article.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je mets aux voix, à main levée, la proposition d'amendement n° 1 déposée par Mme SCHNEITER, acceptée par M. PLASAIT, visant à compléter l'article 1er du projet pour faire référence aux termes de l'exposé des motifs.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
La proposition d'amendement n° 1 est adoptée.
Pour ce qui concerne l'amendement n° 2, quel est l'avis de M. PLASAIT ?
M. Bernard PLASAIT, adjoint, rapporteur. - C'est un avis défavorable à l'extension dans tout Paris de cette exposition. Je crois qu'étendre à tout Paris, dans toutes les mairies, une exposition comme celle-là, demanderait des moyens très importants, très coûteux, et sans doute disproportionnés.
En revanche, je crois qu'il serait tout à fait utile, d'une part, de bien organiser l'information de telle manière que tous les arrondissements, et notamment les mairies d'arrondissements, soient informées de l'existence de cette exposition, afin que les Parisiens soient incités à y aller.
M. LE MAIRE DE PARIS. - On peut peut-être faire une exposition à l'Hôtel-de-Ville ?
M. Bernard PLASAIT, adjoint, rapporteur. - C'est une autre possibilité. Je voulais ajouter à cela qu'on est en train d'imaginer une exposition itinérante et qu'on pourrait éventuellement, si le Maire en était d'accord, associer la mairie du 1er arrondissement à une exposition compte tenu qu'elle est très proche des jardins des Tuileries et qu'elle rentre tout à fait dans le cadre de ce projet.
Cette exposition itinérante pourrait concerner toutes les mairies d'arrondissement, comme le souhaite Mme SCHNEITER dans son amendement.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Madame, vous maintenez l'amendement compte tenu de la réponse de Monsieur PLASAIT ?
Mme Laure SCHNEITER. - Là où M. PLASAIT a répondu ; je ne souhaite pas qu'il y ait une exposition aussi importante dans toutes les mairies. Il faudrait une mini-exposition, dans toutes les mairies d'arrondissement simplement, mais pas quelque chose de trop important... une mini-exposition avec des photos et des propositions. Ce serait quand même très utile pour les Parisiens...
M. LE MAIRE DE PARIS. - Sous cette forme-là, je suis d'accord pour l'accepter. Est-ce que vous avez accepté la modification ? Est-ce que l'Assemblée est d'accord ?
Je mets aux voix, à main levée, la proposition d'amendement n° 2 déposée par Mme SCHNEITER tendant à organiser une petite exposition dans toutes les mairies d'arrondissement sur l'aménagement de la Place de la Concorde.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
La proposition d'amendement n° 2 est adoptée.
Nous allons voter sur la délibération.
M. Yves GALLAND, adjoint. - Monsieur le Maire, j'ai trouvé très intéressante la conclusion de M. PLASAIT que nous avons écoutée avec attention. Dans ces conditions, Monsieur le Maire, je souhaiterais que soit intégré dans ce projet de délibération, l'article 2 de l'avis voté par le Conseil d'arrondissement.
L'article 2 ne vise que l'expérimentation et, à partir du moment où M. PLASAIT s'engage sur l'expérimentation, je propose que soit intégré l'article 2 voté à l'unanimité par le Conseil du 8e, ce dispositif pourra alors, me semble-t-il, faire l'objet d'un consensus sur ces bancs.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je crois qu'il faudra l'intégrer dans notre esprit de concertation. C'est un élément de la concertation.
Comment peut-on imaginer qu'il ne soit pas tenu compte de l'ensemble des propositions, suggestions, approbations et critiques faites soit par les services de police, par le Ministère, par les associations et notamment par les élus en général, ceux du 8ème, qui sont en première ligne mais qui ne sont pas les seuls à être intéressés.
Bien entendu, il en sera tenu compte. Il ne peut pas être tenu compte exclusivement de telle ou telle opération. Il sera intégré dans notre proposition.
M. Yves GALLAND, adjoint. - Il n'y a qu'à le mettre après "concertation"...
M. LE MAIRE DE PARIS. - C'est l'objet de la délibération. Nous reviendrons bien entendu devant le Conseil après la concertation la plus large.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DVD 174 amendé.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (1999, DVD 174).

Novembre 1999
Débat
Conseil municipal
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