2025 DGRI 57 Convention de co-organisation et co-production de l'exposition "Regards de Gaza" en partenariat avec l'UNRWA, du 08/09 au 20/10/2025 au 104 (19e) et du 21/10 au 02/11/2025 à la Mairie du 20e.
M. Patrick BLOCHE, premier adjoint, président. - Nous examinons le projet de délibération DGRI 57 relatif à une convention de co-organisation et co-production de l'exposition "Regards de Gaza", en partenariat avec l'UNRWA, du 8 septembre au 20 octobre au 104, dans le 19e, et du 21 octobre au 2 novembre 2025 à la mairie du 20e arrondissement. La parole est à la présidente Raphaëlle PRIMET.
Mme Raphaëlle PRIMET. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, depuis des décennies, l'UNRWA fournit à la population de Gaza des services essentiels : éducation, santé, protection, formation professionnelle, soutien psychosocial et, bien, sûr, aide humanitaire. En janvier 2024, tout s'est effondré lorsqu'Israël a accusé des fonctionnaires de l'UNRWA d'avoir participé aux attaques du 7 octobre 2023 sans jamais avoir été capable d'en produire la moindre preuve. A l'issue de l'enquête commandée à l'ONU et dirigée par Catherine COLONNA, ex-Ministre française de l'Europe et des affaires étrangères, l'UNRWA a été réhabilitée en avril 2024. Il faut souligner son rôle indispensable auprès de 6 millions de Palestiniens. Déjà, le mal était fait : plus de 450 millions de dollars de financement suspendus, plongeant l'agence dans l'incertitude. Aujourd'hui, bien que blanchie, elle reste dans une situation où toute projection à plus de 6 mois est devenue aventureuse. Je veux remercier d'ailleurs Mme Geneviève GARRIGOS de nous avoir donné l'occasion de rencontrer l'une des personnalités de l'UNRWA. Le but d'Israël était clair : sans l'UNRWA sur le terrain, l'aide humanitaire relève de l'impossible. Pour nous, cette exposition constitue une forme de réparation symbolique. Nous avons toujours soutenu l'UNRWA lorsque les accusations se sont révélées infondées et demandé que la Ville rétablisse son appui. Aujourd'hui, "Regards de Gaza" trouve place dans une mairie française, un geste fort. Les habitants du 20e y répondent avec intérêt, prouvant que cette exposition permet de parler du conflit avec pédagogie et humanité. Ce sont autant de fenêtres ouvertes sur la vie quotidienne des civils dans la bande de Gaza dont les journalistes étrangers sont bannis depuis deux ans. Je veux saluer la mémoire de la journaliste palestinienne Fatma Hassona, tuée la veille de la nomination à Cannes du documentaire dont elle était héroïne. J'en profite donc pour redemander que notre v?u adopté au mois de juin soit appliqué afin qu'un lieu public parisien porte son nom. L'exposition "Regards de Gaza" nous oblige à ouvrir les yeux sur les souffrances du peuple palestinien, car regarder quelque chose ou quelqu'un, c'est déjà reconnaître qu'il existe. Du 20e arrondissement de Paris en passant par Berlin et Madrid, j'espère que notre mairie n'est que la première étape d'une longue liste de lieux qui ouvriront bien des yeux. Je vous remercie.
M. Patrick BLOCHE, premier adjoint, président. - Merci beaucoup, Madame la Présidente. Je donne la parole à une autre présidente, pas du groupe, mais de commission, chère Geneviève GARRIGOS.
Mme Geneviève GARRIGOS. - Merci, Monsieur le Maire. C'est le moment des présidentes, donc ! Mes chers collègues, l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine, l'UNRWA, travaille au service des populations de Gaza depuis plus de 70 ans. Elle a été créée dès 1949 et elle est l'opérateur principal qui fournit aux civils, au titre des Nations Unies, des services d'éducation avec plus de 700 écoles, des services de santé, de protection, de soutien psychosocial et bien sûr d'aide humanitaire à Gaza et en Cisjordanie. Je tiens à préciser d'ailleurs que, si à Gaza c'est elle qui est en charge de 50 % de l'aide humanitaire, les 50 % restants ne pourraient se faire sans son soutien logistique et opérationnel sur le terrain. Depuis le début de l'offensive israélienne sur la bande de Gaza, près de 370 membres des personnels humanitaires de l'UNRWA ont été tués : des médecins, des enseignants et des travailleurs sociaux, des professionnels qui consacraient leur vie à aider les autres. Tandis que les journalistes internationaux n'ont toujours pas le droit d'accéder à la bande de Gaza et de documenter, d'informer librement des horreurs de cette guerre, 250 journalistes palestiniens ont été tués depuis le début du conflit selon l'UNRWA. L'exposition "Regards de Gaza", une série de 27 clichés déjà exposée à Madrid, au 104 à Paris et à la mairie du 20e, dont je tiens à remercier ici le maire Éric PLIEZ pour son engagement pour permettre de voir cette exposition, est un témoignage tout à fait exceptionnel et rare du quotidien des Gazaouis sous les bombardements dans un contexte de crise humanitaire majeure. C'est le visage et la vie des Gazaouis, c'est un message à nous toutes et tous, celui de ne pas détourner le regard. Cette exposition témoigne du travail et de la volonté de l'UNRWA, qui a persisté, avec le soutien de l'Union Européenne et malgré les dangers, à vouloir montrer et documenter ce conflit. C'est ce que nous indiquait M. Marc LASSOUAOUI, représentant de l'UNRWA auprès de l'Union Européenne, que nous avons auditionné dans le cadre de la 7e Commission de septembre dernier, comme l'a rappelé justement ma collègue Raphaëlle PRIMET. Il nous a également rappelé le rôle indispensable et irremplaçable de l'UNRWA à Gaza, qui a toujours souhaité travailler en bonne intelligence avec le gouvernement israélien, l'informant de la liste de ses employés et de chacun de ses recrutements. Si toutes les organisations onusiennes et les ONG sont susceptibles d'être infiltrées, l'UNRWA, et je cite le rapport de l'ancienne Ministre des affaires étrangères Catherine COLONNA, "dispose de plus de mécanismes pour assurer sa neutralité que les autres agences onusiennes, et cela nous semble particulièrement important à souligner". L'UNRWA, d'ailleurs, survit grâce aux contributions volontaires des états et des particuliers, cette dernière partie ayant augmenté particulièrement ces derniers temps compte tenu de l'arrêt du financement américain, qui a amputé d'un tiers le budget de cette agence onusienne. Nous savons que les besoins sont immenses pour les populations de Gaza, alors que l'aide humanitaire commence petit à petit à pouvoir rentrer de nouveau, avec l'ouverture de nouveaux points de passage. Nous pouvons nous féliciter que notre Ville se soit associée à l'UNRWA dans ce beau projet et appelons la France et l'Union Européenne à poursuivre et amplifier ce soutien à cette agence experte sur le terrain, qui mène depuis longtemps une mission vitale pour les Palestiniennes et les Palestiniens, une mission qui, elle l'espère, ne sera plus nécessaire un jour et que, en attendant la résolution d'un conflit que nous souhaitons tous, elle mène avec humanité et rigueur. Je vous remercie de voter pour cette délibération.
M. Patrick BLOCHE, premier adjoint, président. - Merci beaucoup, chère Présidente. Il n'est pas encore président, mais cela peut le devenir. La parole est à Laurent SOREL.
M. Laurent SOREL. - J'allais dire que Dieu vous entende, mais?
M. Patrick BLOCHE, premier adjoint, président. - Dans cette enceinte laïque, il vaut mieux trouver d'autres formules.
M. Laurent SOREL. - Je ne suis pas encore président et il se trouve que... Je vous rassure, je vais quand même parler, mais je ne retrouve plus mon intervention. Je vais commencer par dire qu'en tant qu'élu du 20e, je suis évidemment très fier que cette exposition ait lieu dans notre mairie. 27 clichés, cela a été dit. J'étais très ému à vrai dire, parce que ce n'est pas parce qu'il y a moins de bombes et moins de morts aujourd'hui à Gaza qu'il n'y a pas moins de besoins, qu'il n'y a pas moins d'urgence humanitaire. Il y a presque 70.000 morts, il n'y a quasiment plus d'écoles debout, il y a 2 millions de personnes aujourd'hui quasiment sans toit, tout cela dans une paix fragile et, surtout, un Etat israélien qui n'a rien abandonné de sa logique coloniale et de sa logique antidémocratique et réactionnaire par rapport à une population qui, dans sa grande majorité, ne demande qu'une chose : vivre en paix et pouvoir vivre comme n'importe quel peuple, c'est-à-dire décider de son destin. C'est d'autant plus important que ce soit fait avec ce travail de l'UNRWA, parce que l'UNRWA, on ne le sait pas suffisamment, c'est l'ONU, mais c'est ce fil de vie pour beaucoup de Palestiniens, et pas uniquement ceux qui sont à Gaza, mais pour tous les Palestiniens, ceux qui sont dans les camps au Liban, par exemple. C'est ce fil de vie que l'Etat israélien a voulu couper, parce qu'évidemment, l'UNRWA, ce sont les écoles, ce sont tous les services sociaux, mais c'est la vie au sens premier du terme aussi, c'est-à-dire l'eau, la nourriture. C'était insupportable pour l'Etat israélien que ce fil de vie puisse exister sans lui, donc il fallait absolument prendre la main sur la distribution de l'aide humanitaire. On a vu, quand l'Etat israélien a eu le contrôle de cette aide humanitaire, ce qu'il en a fait. On a vu les morts, on a vu les drames dans la bande de Gaza et on a vu qu'il n'a quasiment rien laissé passer. C'est important de réaffirmer notre soutien aussi à l'UNRWA, parce que l'UNRWA a été accusée d'abriter des terroristes. On l'a vu, Catherine COLONNA a démontré que c'était faux. On a compris aussi, avec tous les dispositifs de contrôle, que ce n'était pas possible. Evidemment, il peut y avoir des erreurs, mais l'UNRWA fait son travail le mieux qu'elle peut, avec tous les obstacles qui sont mis notamment par l'Etat israélien. Aujourd'hui, je trouve que c'est important, mais même le titre de cette exposition est important. "Regards de Gaza", c'est à la fois regarder Gaza et Gaza qui nous regarde. Regarder Gaza, parce qu'il ne faut pas oublier ce qu'il se passe là-bas. Aujourd'hui, alors qu'on en parle moins à la télé, il ne faut pas oublier que Gaza nous regarde et que les Palestiniens attendent de nous qu'on soit réactif et qu'on ne les laisse pas crever là-bas, parce qu'il y a moins de bombes aujourd'hui. Il faut qu'on ne les oublie pas et qu'on fasse en sorte de rappeler en permanence à notre Gouvernement qu'il doit faire pression sur l'Etat israélien pour que les Palestiniens puissent vivre dignement et être maîtres de leur destin. Il y a un enjeu absolument stratégique à ce que les Palestiniens puissent exister en tant que peuple. Si on veut une paix juste et durable, il faut aussi que les Israéliens comprennent qu'ils n'ont pas le choix. Il faut rompre avec ce système colonial, avec ce système d'apartheid et faire en sorte, pour que deux peuples puissent vivre en paix côte à côte, que les Palestiniens aient droit à la vie, à la démocratie, à leur destin.
M. Patrick BLOCHE, premier adjoint, président. - Merci, Laurent SOREL. Je donne la parole à Jean-Luc ROMERO-MICHEL, dans le plus grand silence. Monsieur le Maire.
M. Jean-Luc ROMERO-MICHEL, adjoint. - Merci, Monsieur le Maire, mes chers collègues. Le projet de délibération que nous examinons aujourd'hui porte sur cette convention de co-organisation et de co-production de l'exposition "Regards de Gaza" qui s'est tenue au 104 dans le 19e arrondissement, cher François DAGNAUD, puis dans le 20e arrondissement, cher Éric PLIEZ. Ce projet de délibération est un acte politique, un geste de solidarité face aux crimes perpétrés à Gaza. Depuis le 7 octobre 2023, à la suite des attaques terroristes perpétrées par le Hamas qui ont coûté la vie à au moins 1.219 personnes?
M. Patrick BLOCHE, premier adjoint, président. - Un peu de silence, s'il vous plaît.
M. Jean-Luc ROMERO-MICHEL, adjoint. - ? et ont mené à la prise d'otage de 251 personnes, le gouvernement d'extrême droite d'Israël a intensifié une campagne militaire contre la bande de Gaza, entraînant à ce jour plus de 67.000 morts, 170.000 blessés et une destruction quasi-totale du territoire gazaoui. Les 2,3 millions de Gazaouis, et tout particulièrement les femmes et les enfants, sont pris pour cible dans une offensive systématique. D'ailleurs, les organismes de défense des droits humains sont sur ce point unanimes, alertent sur l'impunité qui persiste et sur une communauté internationale qui a souvent été silencieuse. A cela, s'ajoute la violation répétée du cessez-le-feu par l'armée israélienne, qui poursuit ses opérations malgré les accords et la pression internationale, mais aussi de l'opposition d'une partie de l'opposition israélienne dans le cadre d'un plan présenté par l'administration TRUMP comme un accord de paix. C'est dans ce contexte dramatique et urgent que l'exposition "Regards de Gaza" a pris tout son sens, toute sa force, toute sa raison d'être. Elle présente, à travers le regard d'un photoreporter basé à Gaza, des images rares, précieuses, documentant à la fois la vie quotidienne des habitants, la destruction des infrastructures et le travail des personnels humanitaires. Chaque cliché est un témoignage de résistance, un outil pédagogique et un rappel que la vérité ne peut être niée. La Ville de Paris, fidèle à ses engagements en faveur des droits humains, a choisi de co-organiser et de co-produire cette exposition pour donner à la population parisienne la possibilité de s'informer et de réagir. Il ne s'agit pas seulement de montrer des images, il s'agit de rendre te visible l'injustice, de briser le silence et d'affirmer que la solidarité internationale n'est pas négociable. Je veux d'ailleurs encore saluer le rôle essentiel de François DAGNAUD et d'Éric PLIEZ, ainsi que l'ensemble des équipes du 104, de la mairie du 20e, de Geneviève GARRIGOS pour avoir permis à cette exposition de voir le jour. Leur engagement démontre que Paris n'hésite pas à utiliser la culture comme un outil de conscientisation de la mobilité citoyenne. Je vous engage donc à soutenir ce projet de délibération.
M. Patrick BLOCHE, premier adjoint, président. - Merci beaucoup, Jean-Luc ROMERO-MICHEL.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DGRI 57.
Qui est pour ?
Contre ? Abstentions ? Le projet de délibération est adopté. (2025, DGRI 57).