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2025 DEVE 62 - Dénomination "allée Albert Ouzoulias" attribuée à la partie du chemin des Réservoirs située entre la route de la Grande Cascade et la route de la Vierge aux Berceaux dans le bois de Boulogne (16e).


 

Mme Marie-Christine LEMARDELEY, adjointe, présidente. - Nous examinons le projet de délibération DEVE 62 relatif à la dénomination "allée Albert Ouzoulias" attribuée à la partie du chemin...

Merci de vous installer, s'il vous plaît. On commence, là? du chemin des Réservoirs situé entre la route de la Grande Cascade et la route de la Vierge aux Berceaux, dans le bois de Boulogne dans le 16e. La parole est à Mme Raphaëlle PRIMET, pour le groupe Communiste et Citoyen.

Mme Raphaëlle PRIMET. - Madame la Maire, mes chers collègues, tout d'abord, je souhaite, même s'ils ne sont pas encore arrivés, remercier chaleureusement M. SZPINER et le conseil du 16e arrondissement pour cette très belle proposition. A la veille de son exécution, Missak Manouchian écrivait dans une lettre à sa femme Mélinée : "Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la liberté et de la paix de demain. Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la liberté sauront honorer notre mémoire dignement". Je crois que personne n'illustre mieux cette conviction qu'Albert Ouzoulias. Toute sa vie, il aura ?uvré à rendre hommage aux résistants. C'est d'ailleurs suite à son initiative de 1951 en tant que Conseiller de Paris qu'une rue du 20e arrondissement est baptisée "rue du Groupe-Manouchian" 4 ans plus tard. Mais avant d'être Conseiller communiste de Paris, Albert Ouzoulias fut mobilisé au sein du 12e régiment d'artillerie coloniale d'Agen, avant d'être fait prisonnier par l'armée allemande le 12 juin 1940 et interné dans un stalag en Autriche. Bien avant la guerre, il était déjà encarté à la C.G.T.U. et au Parti communiste français. Attaché à l'idéal de liberté comme ses camarades de la cellule clandestine du Parti communiste français du stalag, il lui faudra un an pour déjouer la surveillance de ses gardes. Puisque rien ne peut s'opposer à l'optimisme et à la volonté, il s'évade le 26 juillet 1941 et parvient à regagner la France. Alors qu'il a connu la détention, il décide tout de même de poursuivre la lutte contre l'occupant nazi et intègre dès le mois d'août les Bataillons de la jeunesse, le réseau de résistance lié aux jeunesses communistes. En avril 1942, lorsque le communiste Charles Tillon unifie les Bataillons de la jeunesse, l'Organisation spéciale et la Main-d'?uvre immigrée, M.O.I., soit les trois organisations de résistance communistes dont les Francs-tireurs et partisans, Albert Ouzoulias est nommé commissaire militaire national. Il répondra désormais au nom de colonel André. C'est à ce titre qu'il avait en charge Georges Epstein et Missak Manouchian. Albert Ouzoulias considérait d'ailleurs qu'il devait sa vie à leur courage, puisque même sous la torture, Georges et Missak n'ont pas parlé. Une fois la guerre terminée, Albert Ouzoulias a poursuivi son engagement politique, toujours attaché à cet idéal de justice et de liberté. Comme nous qui sommes assis sur ces bancs, il fut Conseiller de Paris de 1945 à 1965. En 1946, dans une France à reconstruire et où les logements manquent cruellement, en tant que Conseiller de Paris, il s'attaque aux spéculateurs hôteliers censés loger les familles, qui, à l'instar de ce qui se pratiquait sur le ravitaillement, surfaient sur la misère après-guerre. Je le cite : "Ils profitent de la crise du logement comme les mandataires et les chevillards profitent de la crise de l'alimentation. Je peux même indiquer à ce sujet qu'un certain nombre de mandataires pensant que la crise du logement durera plus que la crise du ravitaillement viennent ces dernières semaines d'acheter des hôtels meublés, en particulier dans le 15e arrondissement, où ils se proposent de faire payer des prix de location qui atteignent déjà le quadruple, le quintuple et même en certains cas le sextuple de ceux pratiqués en 1939". Pour cette raison, il demandait notamment la fixation des prix des loyers pour ne pas laisser la possibilité aux profiteurs de misère de s'enrichir. Il a multiplié les combats pour le droit au sport, pour la mémoire, pour le logement ou encore celui qu'il portait en 1949 quand il proposait en tant qu'internationaliste la mise à disposition du service d'hébergement pour les travailleurs algériens des locaux de la caserne Bessières. Internationaliste, il l'était, puisqu'il avait suivi l'appel d'Henri Barbusse et de Romain Rolland au sein du comité Amsterdam-Pleyel. Dans son livre "Les Bataillons de la jeunesse", Albert Ouzoulias rappelait, je le cite : "Surtout, n'ayez pas le sentiment que les résistants furent des êtres exceptionnels". Avant que cette guerre ne cause ses dégâts humains, dans l'un de ses poèmes, Missak Manouchian écrivait que la vie n'est pas dans le temps mais dans l'usage. Qu'ils furent juifs, chrétiens, gaullistes ou communistes, ils n'étaient pas exceptionnels, mais tous ont pleinement fait usage de leur vie, parfois jusqu'à la perdre, tous ont agi pour la liberté et Albert Ouzoulias, assurément, était de ceux-là. Sa vie en atteste. Nous voterons donc évidemment favorablement afin de renommer le chemin des Réservoirs face au monument des fusillés dans le bois de Boulogne, en son hommage. Je vous remercie.

Mme Marie-Christine LEMARDELEY, adjointe, présidente. - Merci. La parole est à M. Rémi FÉRAUD, président du groupe Paris en commun.

M. Rémi FÉRAUD. - Merci, Madame la Maire. Chers collègues, je me réjouis au nom de mon groupe de ce projet de délibération, qui permet aujourd'hui d'honorer l'action du grand résistant que fut Albert Ouzoulias en inscrivant son nom dans l'espace public parisien. Je ne reviendrai pas sur ses nombreux faits d'armes, Raphaëlle PRIMET vient de le faire avant moi. Albert Ouzoulias, c'est un parcours hors du commun, un exemple de conviction, un exemple de courage, de bravoure. Jusqu'à l'été 1944, sous le pseudonyme de colonel André, il prépare l'insurrection pour faciliter l'arrivée des forces alliées et la libération de Paris. Albert Ouzoulias sera d'ailleurs l'un des cinq signataires de la fiche appelant à la mobilisation générale du 10 août 1944. Honorer sa mémoire à Paris, c'est donc aussi rappeler le rôle majeur joué par les Francs-tireurs et partisans au sein de la Résistance française. C'est ce souvenir du lourd tribut versé par cette organisation pour que notre Ville et notre pays se libèrent. Sens du bien commun et de l'intérêt général, Albert Ouzoulias s'engagea aussi en politique après-guerre. Il fut 20 ans membre de notre Conseil de 1945 à 1965 avant de devenir maire de Palisse, en Corrèze. Aujourd'hui, alors que les mouvements populistes et les partis d'extrême droite connaissent une recrudescence plus qu'inquiétante en Europe et en France, oui, il est important d'honorer la mémoire de la Résistance, important de rappeler l'histoire, de la faire connaître, de la transmettre aux générations futures. C'est aussi l'objet de cette dénomination. En conclusion de mon intervention, je me permettrai de saluer aussi mon collègue sénateur communiste des Hauts-de-Seine, Pierre Ouzoulias, qui, je le sais, est très attaché à la mémoire de son grand-père et qui porte des valeurs auxquelles il est particulièrement fidèle, un collègue de grande qualité que je tenais aussi à saluer au moment de ce projet de délibération. Merci à vous.

Mme Marie-Christine LEMARDELEY, adjointe, présidente. - Merci. Je vais donner la parole à M. Francis SZPINER, pour le groupe "Les Républicains, Les Centristes et Indépendants - Demain Paris !".

M. Francis SZPINER. - Madame la Maire, mes chers collègues, je propose que l'on donne au chemin des Réservoirs, dans le bois de Boulogne, le nom d'Albert Ouzoulias. C'est à côté de l'arbre des martyrs de la grande cascade. Pourquoi ce choix ? Parce que la Résistance, c'était à la fois l'amour de la patrie et l'amour de la liberté, et elle a réuni des hommes et des femmes d'origines différentes, de convictions différentes, parfois de convictions opposées, mais qui avaient en commun l'amour de la liberté et l'amour de la patrie. Et même si la France libre s'est faite sous la prééminence du Général de Gaulle, elle a rassemblé des hommes et des femmes de tous horizons, dont Albert Ouzoulias, alias le colonel André, qui a été l'un des grands organisateurs des F.T.P. pendant l'Occupation. Ouzoulias a été un résistant de la première heure, il s'est évadé des camps allemands, il a joué un rôle central dans l'insurrection parisienne de l'été 1944, il est l'un des cinq signataires de l'appel à la mobilisation générale du 10 août 1944. Ensuite, il a poursuivi son action dans la vie civile, notamment comme Conseiller de Paris dans le 16e arrondissement. Il fut un temps où l'on pouvait élire des communistes dans le 16e arrondissement. C'est un temps révolu et je m'en réjouis sur le plan politique, mais sur le plan humain, Ouzoulias a été l'une des grandes figures de la Résistance. Ce geste de mémoire est donc un acte de transmission, un acte de mémoire qui nous rappelle qu'au-delà de nos divergences, par les temps qui courent, sur des sujets importants, l'amour de la patrie, la défense des libertés, il y a lieu de rassembler. Voilà pourquoi nous avons proposé que cette allée porte le nom de cet élu du 16e, communiste et résistant de la première heure.

Mme Marie-Christine LEMARDELEY, adjointe, présidente. - Merci. Pour vous répondre, je donne la parole à Mme Laurence PATRICE.

Mme Laurence PATRICE, adjointe. - Merci, Madame la Maire, merci, chers collègues, Madame la Présidente, Monsieur le Sénateur. Je me réjouis moi aussi fortement de rendre hommage à Albert Ouzoulias. Je déplore évidemment qu'il n'y ait plus d'élus communistes dans le 16e arrondissement, mais nous ne désespérons pas que cela puisse revenir un jour et, ce faisant, je me réjouis de saluer cette figure majeure de la Résistance dont l'engagement ne s'est jamais démenti, de la lutte armée à la transmission mémorielle, et qui fut aussi un élu communiste majeur. Je veux souligner cette belle démarche, par-delà les appartenances politiques, portée à la fois par le maire du 16e, Jérémy REDLER, et par le sénateur de Paris, cher Francis SZPINER, pour honorer un grand résistant communiste en plein c'ur du bois de Boulogne, à deux pas du monument dédié aux fusillés de la cascade. Ce geste d'unité autour des valeurs de la République, autour des valeurs de la Résistance, à quelques jours de la journée dédiée à la mémoire de la Résistance, mérite d'être salué et, évidemment, je vous en remercie. Vous l'avez rappelé l'un et l'autre, Albert Ouzoulias, dit le colonel André, fut l'un des architectes de l'insurrection parisienne d'août 1944. Il incarna cette résistance déterminée, structurée qui fit le choix du combat les armes à la main pour libérer notre Capitale. Après-guerre, outre son travail d'élu, il consacra sa vie à faire vivre cette mémoire, à rappeler que la Résistance n'était pas une abstraction mais une fraternité de femmes et d'hommes. Je me réjouis donc que cette allée porte son nom et, tout comme le sénateur et le président Rémi FÉRAUD, j'ai une pensée pour votre collègue à tous les deux, Pierre Ouzoulias, qui, je le sais, est très ému de cette dénomination. Nous pourrons ensemble inaugurer prochainement cette allée, ce qu'on espère faire au mois de septembre, de façon que des élèves parisiens, du 16e arrondissement ou d'autres arrondissements, et des villes autour de Paris puissent venir assister à ce moment. Ce sera un vrai geste de transmission et ce sera l'occasion que plein de communistes envahissent cette partie du 16e arrondissement, je n'en doute pas !

Mme Marie-Christine LEMARDELEY, adjointe, présidente. - Merci beaucoup. Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DEVE 62. Qui est pour ? Qui est contre ? Qui s'abstient ? Le projet de délibération est adopté à l'unanimité. (2025, DEVE 62).

 

Juin 2025
Débat
Conseil municipal
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