2025 DAC 298 - Apposition d'une plaque commémorative en hommage à Rachid Taha sur l'amphithéâtre du parc de Belleville (20e).
M. Patrick BLOCHE, premier adjoint, président. - Nous examinons le projet de délibération DAC 298 : apposition d'une plaque commémorative en hommage à Rachid Taha sur l'amphithéâtre du Parc de Belleville. M. PLIEZ a la parole.
M. Éric PLIEZ, maire du 20e arrondissement. - Merci, Monsieur le Maire. C'est vrai que c'est avec grand plaisir qu'à 20 heures 51, je prends la parole pour vous présenter ce projet de délibération. Rachid Taha a laissé une empreinte indélébile sur la musique française et internationale. Né en Algérie en 1958, il a déménagé en France à l'âge de 10 ans et avec son groupe Carte de Séjour fondé à la fin des années 1970, il renouvelle le rock français en lui donnant des accents punks et surtout en mêlant dans ses textes l'arabe et le français. Ce mélange d'influences culturelles et de langues dès le début de sa carrière marquera toute sa vie, son engagement militant et son art. Contre les conservateurs qui défendent une culture figée, il revendiquait au contraire que la culture était affaire de mélanges. En 1987 il disait, par exemple, à la radio : "Je suis étonné par les médias. Hier, par exemple, je regardais une émission de télévision où ils parlaient de flamenco. Pendant deux heures, ils n'ont parlé que de flamenco. A aucun moment ils n'ont parlé de l'influence des Arabes dans le flamenco ou en Andalousie. Moi j'étais sidéré, la seule façon de combattre le racisme et la xénophobie, c'est de remettre la mémoire en place". C'est en reprenant "Douce France" de Charles Trenet en 1985 que Rachid Taha et Carte de Séjour deviennent des figures incontournables en France et à l'International. Ils avaient participé à la marche pour l'égalité et contre le racisme en 1983. Ils interprètent alors "Douce France" au concert géant organisé par S.O.S. Racisme près de la Concorde. Ils envoient également le disque aux députés français pour leur rappeler que la jeunesse française, métissée, tolérante, veillait et combattait contre la montée de l'extrême droite. Je me souviens de ce slogan "Comme les mobylettes, la France, cela fonctionne avec le mélange". Séparé de son groupe à la fin des années 1980, Rachid Taha connaît une carrière solo plus que prolifique. En 1997, il reprend "Ya Rayah", hymne des émigrés algériens composé par l'idole du chaâbi, Dahmane El Harrachi. Ce morceau devient un tube planétaire certifié disque de platine. Son engagement pour le mélange culturel se ressent dans sa musique, il transcende les genres, pousse les sonorités, se renouvelle constamment. Pourquoi le 20e ? Il a longtemps fréquenté le 20e arrondissement et particulièrement le quartier de Ménilmontant. C'est pour cela qu'il nous importait de lui rendre hommage. Nous avons choisi l'amphithéâtre de Belleville, lieu qui accueille des événements et des concerts variés, pour lui rendre cet hommage et apposer cette plaque. Le texte de la plaque lui rend, je pense, parfaitement hommage et je vous le lis : "A la mémoire de Rachid Taha, 1958-2018. Artiste interprète algérien, sa musique sans frontière est un vivant manifeste à notre douce France". Je remercie son fils Lyes, qui a élaboré ce texte avec nous. L'innovation de cette plaque sera pour nous l'occasion de lui rendre hommage en musique les 5 et 6 juillet. Nous vous y attendons. Merci, et j'espère que ce projet de délibération recueillera l'unanimité de toutes et tous. Merci.
M. Patrick BLOCHE, premier adjoint, président. - Merci beaucoup, Monsieur le Maire du 20e arrondissement. Même à 20 heures 51, succès garanti dans cet hémicycle en évoquant Rachid Taha. La parole est à Laurence PATRICE.
Mme Laurence PATRICE, adjointe. - On a plein de dates de concerts là, vous avez vu. Effectivement, rendre hommage à Rachid Taha avec cette plaque, c'est rendre hommage à une figure musicale, politique et populaire. C'est inscrire dans l'espace public la trace d'une voix inclassable qui chantait l'exil, la colère, l'amour, l'Algérie, les banlieues et le rock, avec un même souffle libre, insolent et profondément parisien. A l'heure où notre pays se perd trop souvent dans des débats sur l'identité, l'immigration, les appartenances, ce souvenir de "Douce France" a quelque chose d'essentiel. Cette reprise grinçante, culte, incarnait déjà une réponse artistique aux crispations identitaires, comme un pied de nez à la xénophobie, un appel à la mémoire, un acte de réappropriation. Rachid Taha croyait à la puissance des mélanges, il faisait tomber les frontières en musique et dans les têtes. Sa voix portait celle des invisibles, des enfants de l'exil, de tous ceux que l'on voulait assigner. Il chantait pour faire danser, mais aussi pour faire penser. Nous allons donc danser et j'espère que nous penserons un petit peu aussi.
M. Patrick BLOCHE, premier adjoint, président. - Merci beaucoup, chère Laurence PATRICE. Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 298. Qui est pour ? Qui est contre ? Qui s'abstient ? Le projet de délibération est adopté. (2025, DAC 298).