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Vœu déposé par le groupe Communiste et Citoyen relatif à la rénovation des bâtiments de la Bourse du Travail.


 

M. Antoine GUILLOU, adjoint, président. - Nous examinons à présent le v?u référencé n° 17 relatif à la rénovation des bâtiments de la Bourse du Travail. La parole est à M. Jean-Philippe GILLET, pour le groupe Communiste et Citoyen? Pardon, à Ian BROSSAT. Monsieur le Sénateur. Décidément, il y a un problème avec le Sénat !

M. Ian BROSSAT. - Chers collègues, ce v?u fait suite au fait que nous avons été alertés par des organisations syndicales sur l'existence d'un projet de cession de l'annexe de la Bourse du Travail située au 67, rue de Turbigo, dans le 3e arrondissement, avec l'objectif de transformer ce site en logements sociaux. Vous connaissez l'attachement très fort de notre groupe à la production de logements sociaux. Simplement, cet objectif ne saurait être mis en concurrence avec la nécessité d'avoir une Bourse du Travail et d'avoir des lieux qui permettent aux travailleurs de se retrouver et de défendre leurs intérêts. J'ajoute que l'annexe Turbigo est occupée d'ores et déjà par plusieurs organisations syndicales, notamment Force ouvrière et la C.G.T., et qu'elle permet aux travailleurs parisiens de s'y réunir, de s'y former et de prendre connaissance de leurs droits pour mieux les faire valoir dans leurs entreprises. Dans un contexte où de très nombreuses villes de France sont en train de sacrifier leur Bourse du Travail, il nous paraît essentiel au contraire de les protéger. C'est le sens du v?u que nous déposons, qui vise non seulement à ce que les trois sites, les trois emplacements qui constituent la Bourse du Travail soient préservés, mais aussi qu'ils puissent être rénovés. C'est pourquoi nous avons déposé ce v?u.

M. Antoine GUILLOU, adjoint, président. - Merci beaucoup. Pour vous répondre, la parole est à Afaf GABELOTAUD. Les explications de vote sont après la réponse de l'Exécutif, Madame la Sénatrice. On se croit vraiment au Sénat?

Mme Afaf GABELOTAUD, adjointe. - Merci, Monsieur le Maire. Chers collègues, la Bourse du Travail de Paris se déploie en effet sur trois bâtiments dont la Ville de Paris est propriétaire, situés dans le 3e et le 10e arrondissement, qui représentent un total de 13.000 mètres carrés de surface. Ces bâtiments n'ont pas fait l'objet de travaux d'ampleur depuis plusieurs décennies et présentent aujourd'hui un état très dégradé, nécessitant des travaux dont le coût peut être estimé à plusieurs dizaines de millions d'euros, en complément des efforts déjà mobilisés pour en assurer la gestion courante quotidienne. Comme vous l'avez évoqué, le conseil de secteur de Paris Centre a émis le v?u que soit étudiée la transformation de l'un de ces bâtiments, celui situé rue de Turbigo, en logements sociaux et, dans une phase transitoire, en hébergements d'urgence. Cela rejoint nos engagements de mandature en faveur de la production de logement social dans le centre de la Capitale. Cela répond aussi à des urgences indéniables en matière d'hébergement, le foncier disponible étant quasi inexistant dans le c'ur de Paris et les opportunités de préemption s'y faisant très rare. La transformation d'immeubles de bureaux en logements reste plus que jamais un levier à mobiliser. Néanmoins, dans le cas présent, cette hypothèse de transformation du bâtiment situé rue de Turbigo, qui nécessiterait quoi qu'il en soit des études de faisabilité, n'est pas retenue par l'Exécutif municipal. Nous aurons de nouveaux échanges avec les organisations syndicales dans les prochains jours pour leur confirmer directement cette position. Vous me donnez ici l'occasion de le dire très clairement, comme vous l'avez dit, Monsieur BROSSAT, il n'est pas et il n'a jamais été question de mettre en balance le développement du logement social avec la défense des droits des salariés ou l'implantation des organisations syndicales. Concernant la rénovation des bâtiments de la Bourse du Travail, je tiens à vous informer qu'un premier programme de travaux vient d'être validé et financé à hauteur de 2,3 millions d'euros par la Ville pour des mises aux normes et de sécurité du site de la rue du Château-d'Eau. Cette opération, que nous avons souhaité conduire en milieu occupé afin de permettre la continuité de service, débutera au printemps 2026 avec procédure de consultation et attribution des marchés, pour une période de 18 mois environ. Parallèlement, les services de la Ville de Paris vont être mandatés afin de conduire une étude de rénovation globale des bâtiments, mais celle-ci, vous le comprenez bien, ne pourra être actée et programmée qu'au cours de la prochaine mandature. Vous le voyez, chers collègues, les intentions de l'Exécutif sont transparentes. Il n'est pas question de contester les droits des salariés ou de remettre en cause le modèle de la Bourse du Travail. Nous émettons donc un avis favorable à votre v?u.

M. Antoine GUILLOU, adjoint, président. - Merci beaucoup, Madame la Maire. Je suis saisi de plusieurs explications de vote. La parole est à Ariel WEIL, maire de Paris Centre.

M. Ariel WEIL, maire de Paris Centre. - Merci à Ian BROSSAT, avec qui nous avons en effet poursuivi toutes les opportunités de créer du logement social, et il a raison de dire que les projets ne sont pas en concurrence. Nous avons effectivement voté un v?u au Conseil de Paris Centre qui doit permettre d'étudier la transformation d'une partie des surfaces occupées par la Bourse du Travail, l'une de ses annexes au moins, et d'envisager un centre d'hébergement d'urgence et des logements sociaux, pour les Parisiennes et les Parisiens les plus précaires. Je sais que nous partageons les objectifs fondamentaux de ce projet, qui est tout à fait compatible non seulement avec la défense des droits des salariés, vaillamment défendus par les syndicats, que je salue et avec qui le dialogue est engagé, mais également compatible avec ce projet de v?u pour des travaux qui sont en effet plus que nécessaires. A court terme, je le rappelle, nous avons besoin de trouver des places d'hébergement d'urgence pour nos familles qui dorment à la rue avec des enfants scolarisés dans le quartier, et oui, nous avons besoin de nous poser la question et d'explorer tous les mètres carrés. Nous avons besoin d'être exemplaires et d'utiliser toutes les surfaces dont la Ville est propriétaire qui ne sont pas exploitées à 100 % dans les usages actuels. C'est ce que nous avons fait à la caserne des Minimes, à la tour Morland, avec l'A.P.-H.P. avenue Victoria, au centre de transformation électrique de la rue d'Aboukir. A la rentrée de septembre, deux de nos centres d'hébergement fermeront, car la période des travaux pour créer du logement social va justement démarrer. Ce sont au moins 240 personnes, presque 250, qui sont menacées de dormir dans la rue, avec des enfants en bas âge et scolarisés à Paris Centre. Alors, à moyen terme évidemment, l'objectif est de créer du logement de type familial pour les agents publics, et cela, c'est après la période intercalaire. Comme vous l'avez rappelé dans ce v?u, et c'est pour cela que nous le soutenons, des travaux sont nécessaires. L'état des bâtiments se dégradant, mes camarades communistes l'ont bien expliqué, ces travaux ne pourront pas se faire en site occupé. La question se posera donc très vite de reloger les activités syndicales pendant la période des travaux, et je propose que nous étudiions la possibilité d'une activité intercalaire pour un centre d'hébergement d'urgence et, à terme, que nous travaillions ensemble à la question du logement de nos agents publics. Je vous remercie. Tout cela fera l'objet de discussions avec les syndicats, bien entendu.

M. Antoine GUILLOU, adjoint, président. - Merci beaucoup, Monsieur le Maire. La parole est à présent à Raphaëlle RÉMY-LELEU, pour le groupe "Les Écologistes".

Mme Raphaëlle RÉMY-LELEU. - Merci, Monsieur le Maire. Chers collègues. D'abord, un grand merci aux camarades communistes pour le dépôt de ce v?u, car vous y rappelez très justement que la Bourse du Travail est un monument de la démocratie sociale à Paris. Or, plus que jamais, nous avons besoin de cette démocratie sociale, alors que les tendances corporatistes, illibérales et autoritaires ne sont plus seulement des dérives mais une dynamique structurante en France et à travers le monde. Je le dis avec gravité, à Paris même, des syndicalistes sont attaqués, ceux de Young Struggle il y a quelques semaines dans le 10e arrondissement, ou encore un militant de "Solidaires" à proximité d'un campus parisien à la fin de l'année 2024. Ces attaques étaient des attaques violentes physiques perpétrées par l'extrême droite. Alors, rappeler que le syndicalisme a besoin d'infrastructures et d'une protection institutionnelle à Paris est plus important que jamais, c'est une nécessité et c'est au c'ur de nos engagements en tant que majorité de gauche à Paris. Dans ce contexte, la prise de parole d'Afaf GABELOTAUD me rassure beaucoup. Je vous avoue que, en tant que syndicaliste, en tant qu'élue écologiste, en tant qu'élue de Paris Centre, j'ai été surprise et même un peu honteuse du v?u qui a été voté par le conseil de secteur de Paris Centre, parce que cette explication, cette justification, qui a continué aujourd'hui, tend tout de même à mettre en opposition, à mettre en concurrence l'usage des locaux par les syndicats et un usage hypothétique pour faire de l'hébergement d'urgence ou du logement social. Il y a beaucoup, beaucoup d'espaces à trouver à Paris pour faire de l'hébergement d'urgence, pour faire du logement social. Sur ce sujet, nous sommes toutes et tous d'accord de ce côté de l'hémicycle. Néanmoins, l'usage syndical est un usage démocratique, est un usage indispensable, est un usage qui profite à l'ensemble des Parisiens et des Parisiennes. Il y a encore quelques semaines, nous étions à la Bourse du Travail pour défendre l'école publique à Paris. Merci donc encore au groupe Communiste pour le dépôt de ce v?u, et j'espère que nous ne découvrirons plus en séance les chiffrages des travaux prévisionnels pour la Bourse du travail, c'est un véritable joyau qui est à préserver. Merci également aux syndicats de nous permettre de faire vivre cette démocratie parisienne.

M. Antoine GUILLOU, adjoint, président. - Merci beaucoup. La parole est à présent à Aurélien VÉRON, pour le groupe Changer Paris.

M. Aurélien VÉRON. - Monsieur le Maire, la Mairie de Paris a enfin pris conscience de la sous-utilisation des bâtiments de la Bourse du Travail et de ses annexes, notamment l'annexe Varlin, boulevard du Temple, refaite à neuf en 2007 et quasiment vide depuis. Le résultat est bien écrit dans le v?u du Conseil de la mairie de Paris Centre, qui s'appuie sur l'étude de la Mairie de Paris lancée en 2021, je cite : "Ces diagnostics démontrent d'une part une dégradation de l'état du bâti particulièrement avancée pour l'annexe Varlin à Paris Centre, vide depuis 2007, et, d'autre part, une sous-occupation actuelle - c'est un euphémisme - des surfaces des deux annexes par les unités départementales". Fin 2023, la Mairie de Paris a donc annoncé son idée de transformer ces bâtiments, en tout cas deux d'entre eux, symbole de la mémoire ouvrière, en logements sociaux, mais voilà que la mairie de Paris Centre contre-propose un projet dit "intercalaire" : assurer du logement d'urgence aux sans-abri. Quant à la composante communiste, elle refuse tout changement d'affectation de ces bâtisses quasi vides, fidèle au monde syndical, évidemment, et probablement mandatée par son frère siamois, la C.G.T. Elle dénonce ce changement d'usage de la Bourse du Travail comme une trahison historique. Pourquoi pas. Ils n'ont pas tort, les communistes. Au fond, cette man?uvre est un peu une sorte de "lifting social" à peu de frais. Pendant que les syndicats se voient déloger par la Mairie, elle exploite le manque de logements, dont elle est à l'origine, je le rappelle, pour polir l'image de la ville. D'un côté, elle prône la solidarité et la défense des travailleurs. De l'autre, elle surfe sur la crise du logement qu'elle a initiée pour un petit coup de communication pas cher. Alors, il va falloir trancher un de ces jours. Pour les Parisiens, avec votre majorité, on a l'impression que l'union fait surtout la farce.

M. Antoine GUILLOU, adjoint, président. - Parfois, les coups de communication ne sont pas chers, effectivement. Marie-Claire CARRÈRE-GÉE, la parole est à vous. Madame la Sénatrice.

Mme Marie-Claire CARRÈRE-GÉE. - Merci, Monsieur le Maire. J'avoue que, lorsque j'ai pris connaissance du v?u adopté par le Conseil d'arrondissement de Paris Centre, je suis tombée de ma chaise. Si nous nous abstiendrons sur le v?u proposé par le groupe Communiste et Ian BROSSAT, c'est parce qu'il n'est pas clair. A sa place, je me méfierais quand même du fait que l'Exécutif considère que ses projets sont tout à fait compatibles avec ce v?u. A titre personnel et au nom de mon groupe, je m'associe au contraire à la demande des unions départementales des syndicats parisiens et de la commission exécutive de la Bourse du Travail. Je trouve assez inadmissible que la Bourse du Travail soit susceptible d'être considérée comme une variable d'ajustement du besoin de logement à Paris. Toute décision contraire, et c'est ce que j'ai dit à Mme HIDALGO, puisque je lui ai écrit directement à ce sujet, serait choquante et traduirait de la part de la Maire de Paris et de la majorité municipale un manque de reconnaissance à l'égard du travail des organisations syndicales pour les salariés parisiens, et même une provocation vis-à-vis de ces mêmes organisations, en particulier, et du monde du travail, en général. Je vous remercie.

M. Antoine GUILLOU, adjoint, président. - Merci.

Je mets aux voix, à main levée, la proposition de v?u référencée n° 17 déposée par le groupe Communiste et Citoyen, assortie d'un avis favorable de l'Exécutif.

Qui est pour ? Contre ? Abstentions ? La proposition de v?u est adoptée. (2025, V. 45).

 

Avril 2025
Débat
Conseil municipal
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