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2024 DCPA 12 - Convention d’occupation du domaine public relative à l’installation et à l’exploitation d’un espace d’affichage sur l’échafaudage des travaux de restauration de la fontaine Saint-Michel (6e).


 

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint, président. - Nous examinons le projet de délibération DCPA 12 concernant une convention d'occupation du domaine public relative à l'installation et à l'exploitation d'un espace d'affichage sur l'échafaudage des travaux de restauration de la Fontaine Saint-Michel, dans le 6e arrondissement.

La parole est à M. Émile MEUNIER, pour le groupe "Les Écologistes".

M. Émile MEUNIER. - Merci, Monsieur le Maire. Mes chers collègues, ce projet de délibération est intéressant parce qu'il permet, malgré toutes les politiques que nous menons ensemble et tous les accords que nous avons ensemble au sein de cette majorité et que je salue, de montrer qu'il y a de vraies divergences : des divergences notamment sur la place des intérêts marchands dans notre espace public, des divergences sur la place de la publicité de ces injonctions à consommer dans nos rues. De quoi s'agit-il donc ici ? Vous connaissez cette magnifique fontaine Saint-Michel de la place Saint-Michel dans le 6e arrondissement, qui date de Napoléon III : 26 mètres de haut, 15 mètres de large. Elle doit être rénovée. Evidemment, nous nous félicitons tous de sa rénovation et de pouvoir l'embellir pour que de plus en plus de Parisiens puissent en profiter. Cependant, qu'a choisi l'Exécutif pour financer ces travaux de rénovation ? La publicité. Ils ont conclu une convention avec un groupe qui s'appelle Athem spécialisé dans la publicité de luxe, les grands groupes - comme par hasard, les grands groupes de luxe que l'on voit souvent à Paris, et je n'ai pas besoin de les citer. Cette convention a été signée moyennant beaucoup d'argent, il faut le reconnaître. Sur la forme, je vois déjà un premier problème. Lors du vote du plan Climat, la Maire de Paris a dit que la Ville de Paris devait réduire la place de la publicité commerciale à Paris, et que l'on devait tendre vers cet objectif. Je vous invite à aller voir le verbatim, à expliquer pour les raisons que je vous ai dites : pollution visuelle, injonctions à la consommation, problèmes écologiques. Depuis ces paroles lors du vote du plan Climat : rien. On a resigné un contrat avec les mobiliers urbains d'information et on continue à étendre la publicité dans nos rues. Je trouve que cela pose quand même un problème de cohérence politique et d'orientation. Brave "écolo" que je suis, quand la Maire de Paris me dit "on arrête la publicité commerciale à Paris", je me dis "chouette, on a enfin gagné la bataille culturelle, après le vélo, la végétalisation, la voiture, tout cela, enfin la "pub"". Non. En réalité, c'était une façon polie de dire aux annonceurs que peut-être le prix était un peu plus élevé pour pouvoir continuer à mettre de la publicité à Paris. Au-delà de la forme, le fond, je n'y reviens pas, on sait ce qui nous oppose. Pour vous, la publicité n'est pas si grave que cela. Pour nous, elle l'est, puisque c'est tout un système productiviste et consumériste qu'elle permet d'entretenir au même titre que le crédit à la consommation ou que l'obsolescence programmée. On est vraiment sur le noyau d'un capitalisme que nous, les Écologistes, nous combattons. Vous n'y voyez pas le danger que nous y voyons. Soit. C'est bien de pouvoir avoir le débat. Néanmoins, j'attire votre attention sur le fait que, lors du vote de la loi pour financer la rénovation "via" la "pub", même vous, vous aviez ce débat en disant "non, quand même, il faut faire gaffe : à Paris, on est une ville où il n'y a que des bâtiments historiques, si on commence à ouvrir trop grand la fenêtre, on ne va pas s'en sortir et à chaque coin de rue, on va se retrouver avec une grande publicité". Finalement, je me rends compte que ce qui était exceptionnel est en train de devenir une habitude. Ce qui était réservé pour des bâtiments historiques, type des immeubles, est en train de devenir maintenant la norme pour des monuments historiques. Aujourd'hui une fontaine, demain une statue, et quoi après ? Peut-être des bancs, des lampadaires, je n'en sais rien. Vous faites financer la Ville par le privé. C'est une vraie divergence que nous avons, vous et nous. La Ville doit être financée par l'impôt, l'impôt voté par cette collectivité, cette Assemblée qui fait ses arbitrages politiques devant les citoyens. Ce n'est pas aux grandes marques de décider de ce que l'on doit rénover, de comment on doit le rénover, et d'où on va rénover. Qu?est-ce que l'on aurait fait, nous, Écologistes ? Là aussi, il y a une vraie divergence. On aurait rénové tout pareil, compte tenu de deux options. S?il y avait absolument besoin d'une bâche pour protéger les travaux, on demandait à des artistes et on faisait émerger des artistes pour pouvoir proposer leur ?uvre sur cette toile géante que serait la bâche. D'ailleurs, il y a une résidence d'artistes juste derrière. Je m'étonne que l'on ne soit pas allé leur parler pour essayer de voir ce que l'on pouvait faire ensemble. Première option que vous n'avez pas choisie. Deuxième option, qui a presque ma préférence. J'en aurais fait une sorte de chantier pédagogique à ciel ouvert. Voyez, on apprend de la rénovation d'un tel bâtiment historique, d'un tel monument. C'est toute une génération d'artisans qui vient apprendre à rénover, à repeindre, à redorer. Cela, on peut le faire en partenariat avec des écoles, avec des artisans à l'étranger. On peut ouvrir et expliquer aux citoyens ce que l'on est en train de faire à la Ville de Paris. Je trouve que ces deux options auraient beaucoup "plus de gueule", pardonnez-moi du terme, que de vendre comme cela nos murs aux intérêts privés. Je vous remercie.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint, président. - La parole est à M. Jérôme GLEIZES, pour le groupe "Les Écologistes".

M. Jérôme GLEIZES. - Merci, Monsieur le Maire. Je sais que mon collègue, Émile MEUNIER, ne va pas convaincre les bancs de droite de voter contre, mais, pour ma part, je me suis intéressé à un autre aspect de ce projet de délibération. J'étais surpris par le déroulé de l'appel d'offres et surtout par le peu d'informations qui nous étaient données dans le cadre de cet appel d'offres. D'habitude, on a un peu plus d'informations sur les offres qui sont proposées et sur celle qui est choisie. Là, on avait trois acteurs : Athem, Decaux, et un troisième acteur, "Terres rouges", qui étaient candidats pour ce dossier. Decaux est assez connu, un grand leader du marché. Athem a donc été sélectionné. Je me suis donc renseigné sur Athem et ce qui m'a surpris, c'est que l'on ne trouve pas grand-chose sur cette société. Les derniers comptes au Registre du commerce et des sociétés datent de 2018, il y a six ans. Quand je regarde comment ils ont gagné l'appel d'offres, ils proposent de reverser 65 % du chiffre d'affaires à la Ville de Paris. C?est sûr que, je pense, les autres concurrents ont dû reverser beaucoup moins que cela. En cherchant un peu plus loin, puisque l'on n'avait pas d'information sur le bilan et le compte de résultat de la société, j'ai découvert que les statuts de la société ont été changés en décembre 2023. J'aimerais donc bien savoir à quel moment a été fait le "sourcing". Qui était le candidat qui a présidé ? Était-ce l'ancien président, M. LIGOT, ou était-ce le nouveau, Mme Isabelle CHOUVET ? Isabelle CHOUVET, c'est intéressant. En fait, la société qui est propriétaire d'Athem, The Independants, est présidée par Isabelle. En décembre 2023, elle s'est auto-nommée présidente de cette société Athem. Tout cela est quand même très surprenant. Je vois que d'un seul coup, M. SIMONDON va interroger, va discuter avec M. CHEVANDIER, peut-être que j?aurais des informations par rapport à cela. On a donc quelqu'un qui s'appelle Isabelle CHOUVET, et quand on cherche un peu, on voit qu'elle préside trois choses. Elle préside 17 structures, dont une a été cédée, mais les trois plus importantes sont le Bureau Betak Paris, The Independants et Athem S.A. Je me demande donc comment un acteur comme Athem peut arriver à gagner un tel marché d'appel d'offres de la Ville de Paris sachant que ce n'est pas la spécialité de cette dame et que ce n'est pas n'importe quoi comme marché. J'aimerais donc avoir des éléments plus en détail sur comment s?est fait cette procédure d'appel d'offres. Y a-t-il eu un vrai "sourcing" ? Y a-t-il une vérification de l'identité des personnes ? N?y a-t-il pas d'inquiétudes par rapport à cela ? Parce que, quand on creuse peu plus loin, c'est la leader mondiale de la communication dans le grand luxe. Cela, c'est Betak Paris. Ils ont des sièges à Shanghai, à New York. On est plutôt dans la communication, on n'est pas tellement dans le métier de Decaux qui est vraiment de faire ces grandes devantures. Ce qui me pose question, c'est un peu le modèle économique qu'a mis en accusation mon collègue, Émile MEUNIER, c'est que l'on a des gens qui candidatent sur une phase matérielle où ils vont perdre de l'argent, parce que ce qui importe, ce sont les contrats de publicité qui vont avec. Là où l'effet est pervers, c'est qu'aujourd'hui, ce n'est pas n'importe quelle publicité qui gagne les marchés, c'est le luxe. On a vu comment cela s'est passé pour les Jeux olympiques avec L.V.M.H., qui a essayé d'être présent partout. A un moment, il faut savoir si L.V.M.H. veut acheter Paris et si L.V.M.H. se met en situation de concurrence ou s?ils passent par des petits bouts de structure. Je ne sais pas. Je trouvais cela très surprenant. On connaît Decaux, au moins. On est d'accord ou on n'est pas d'accord, mais on connaît son métier. Là je voudrais savoir quelle est cette société et pourquoi cette société a gagné ce marché. N?a-t-elle pas fait une proposition déficitaire, ce que l'on appelle du "dumping" ? Normalement, c'est interdit par la loi. Je ne suis pas sûr que M. CHEVANDIER ait les éléments de réponse à ce stade, mais j'aimerais bien qu'on me les donne pour plus tard. Merci de votre attention.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint, président. - La parole est à Mme Raphaëlle PRIMET, pour le groupe Communiste et Citoyen.

Mme Raphaëlle PRIMET. - On serait intéressé par les réponses aussi. La publicité est un rouage essentiel de l'hyperconsommation. Elle participe d'une pulsion à l'achat permanent, de l'obsolescence programmée et de la croyance dans un éternel renouveau fourni par l'achat de biens toujours nouveaux. Nous voulons engager la transition écologique de notre Ville. Nous avons raison. Pouvons-nous en même temps construire la transition écologique de notre Ville et laisser libre cours aux rouages essentiels de ce système d'hyperconsommation qu'est la publicité ? Nous sommes tellement habitués à la "pub" qu'on ne la voit que comme une pancarte, un panneau de plus dans le métro, sur un immeuble ou sur Internet. Ce que nous ne réalisons pas, c'est que nos yeux, ceux de tous les âges sont exposés à 1.200 messages publicitaires en moyenne par jour. C?est pourquoi nous souhaitons une diminution, et nous nous sommes tous dits ici, de l'impact publicitaire sur les mobiliers urbains d'informations que nous gérons au niveau municipal. Nous parlons donc dans ce projet de délibération d'un espace d'affichage, doux euphémisme, sur la Fontaine Saint-Michel. Un échafaudage sur toute la hauteur et la largeur de la fontaine soit une surface de 686 mètres carrés qui sera érigée pendant dix mois, le temps estimé des travaux. Cette base devra obéir à de nombreux critères. Elle sera examinée par les services de l'Etat au vu de la compatibilité du contenu de l'affichage, de son volume, de son graphisme, mais aussi en fonction du caractère historique et artistique du monument et de son environnement. Cependant, cela n'empêchera pas qu'il puisse s'agir d'une immense publicité L.V.M.H. comme on en a tant vu dans nos rues sur les Champs-Élysées pour n'en citer qu'une. Cette publicité pourra couvrir jusqu?à 50 % de la superficie de l'édifice, ce qui représente quand même une saturation considérable de l'espace visuel et de ce monument historique dans un des lieux les plus emblématiques de Paris. En somme, une superbe opportunité pour Athem S.A., société que l'on ne connaît pas, mais que l'on sait appartenir au groupe de luxe à quatre lettres. Alors, après avoir fait monter les enchères entre les trois candidats de l'appel d'offres, la Ville a pris la décision de signer ce contrat d'occupation de l'espace public pour une surface de publicité de 326 mètres carrés sur l'échafaudage, ce qui rapportera au moins 5,2 millions d'euros. En proportion, les travaux de la fontaine s?élèvent à 2,3 millions d'euros, le reste de redevance devant être utilisé, fléché, je crois, pour le même type de travaux. Cette bâche n'est qu'une partie du problème qui se pose à nous. En 2023, à Paris, on comptait près de 1.900 édifices avec au moins une protection au titre des monuments historiques, dont 454 classés. Pour bon nombre d'entre eux, la Ville est entièrement responsable de leur entretien. En effet, si l'Etat n'intervient que lorsque les édifices sont classés monuments historiques, c'est uniquement à hauteur de 30 %, maximum, du montant des travaux. Au final, notre Ville se voit contrainte de consacrer environ 30 millions d'euros par an à l'entretien de son patrimoine. Nous comprenons la tentation de la Ville de recourir aux fonds privés générés par ces publicités, d'autant que nous voyons ce que le Gouvernement BARNIER-DATI, avec le soutien de MACRON et de LE PEN, projette de faire contre les collectivités territoriales et leurs finances. Nous savons que le ministère de Mme DATI va encore couper dans les dépenses culturelles. Nous voyons la saignée à venir sur le fonctionnement public et les investissements publics. Nous savons le contexte budgétaire extrêmement contraint en l'absence d'une réelle politique de justice fiscale comme celle proposée par le Nouveau Front Populaire. Aussi, dans ce contexte très particulier, nous nous abstiendrons sur ce projet de délibération, tout en étant opposés à son principe. Je vous remercie.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint, président. - La parole est à Mme Céline HERVIEU, pour le groupe Paris en commun.

Mme Céline HERVIEU. - Merci beaucoup, Monsieur le Maire, mes chers collègues. Alors, avec ce projet de délibération, nous actons les derniers points nécessaires à la restauration de cette belle Fontaine Saint-Michel, un monument emblématique de notre 6e arrondissement, qui surveille de sa hauteur les allées et venues des passants du boulevard Saint-Michel et de la rue Danton, et ce, depuis le XIXe siècle. Cette fontaine est inscrite au titre des monuments historiques, et c'est un édifice qui est non seulement un joyau architectural, mais qui est aussi, vous le savez, un lieu vivant qui est vraiment témoin de l'histoire parisienne. Sa rénovation débutera en 2025, et elle est essentielle pour conserver ce patrimoine qui est unique. Le projet comprend notamment la restauration des pierres, des statues, des bassins, et la mise en lumière globale de l'ensemble pour redonner à cette fontaine tout l'éclat qu'elle mérite. Nous avons cette chance à Paris de pouvoir choyer notre patrimoine. Je veux d'ailleurs saluer l'investissement de mes collègues Karen TAÏEB et Thomas CHEVANDIER pour l'organisation de ce chantier et de nombreux autres. J'entends surgir cette question autour de la bâche publicitaire. C'est un débat qui est légitime, mais je tiens à rappeler ici que nous sommes dans un cadre légal très strict, qui est celui du Code du patrimoine. Je sais que l'Exécutif parisien est très exigeant à propos de l'espace public parisien. Je vous invite donc à de la sérénité et à faire confiance à cet Exécutif sur la bonne insertion paysagère de ce dispositif temporaire qui est très strictement encadré. En revanche, mon cher collègue, Émile MEUNIER, je veux déjà vous répondre. On ne va pas vendre nos meubles publics comme vous le dites. On parle d'un chantier temporaire de dix mois avec un affichage qui va permettre de financer un projet de rénovation dont nous avons besoin et qui va bénéficier à l'ensemble des Parisiens par la suite. Je ne sais pas dans quel monde vous vivez pour envisager de laisser un chantier comme celui-ci ouvert, en chantier pédagogique comme vous dites, sans protection. Cela n'a aucun sens. Par ailleurs, je rappelle que les recettes générées par cette bâche publicitaire vont non seulement permettre la restauration de la Fontaine Saint-Michel, mais aussi d'envisager d'autres travaux de restauration similaires sur d'autres fontaines, par exemple dans le 6e arrondissement. Je pense à la Fontaine Saint-Sulpice, par exemple, qui pourrait, elle aussi, connaître une cure de Jouvence. La Ville de Paris a, ici, juste une opportunité précieuse d'autofinancer un projet patrimonial qui est majeur, voire d'autres projets patrimoniaux. C'est donc une aubaine dans un contexte budgétaire que nous savons toutes et tous ici, qui est très resserré. Vous, Monsieur MEUNIER, vous avez de très belles formules contre la publicité. Nous, nous avons des solutions concrètes. Ce projet de délibération représente une nouvelle ère pour notre belle Fontaine Saint-Michel. Je m'en réjouis et vous invite donc, chers collègues, à voter en faveur de ce projet de délibération.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint, président. - La parole est à M. Laurent SOREL.

M. Laurent SOREL. - Merci, Monsieur le Maire, mes chers collègues. J'étais déjà convaincu, mais je l'ai été une deuxième fois par mes collègues, MM. MEUNIER et GLEIZES, et un peu par Mme PRIMET. Un petit mot pour chacun. La Fontaine monumentale Saint-Michel doit être rénovée. Oui, c'est très bien que la Ville s'attèle à la rénovation de son patrimoine en particulier pour cette fontaine si symbolique du c'ur de Paris. En revanche, la mauvaise nouvelle est que l'on aura le droit une fois de plus à une "pub" géante comme pour l'Opéra Garnier, l'église de La Madeleine, les façades de la place des Vosges. A chaque fois, le même recours aux publicités géantes pour financer la rénovation. Il n'y a que Notre-Dame qui a échappé, vous me direz, au mauvais goût publicitaire. Encore heureux ! En vérité, cette "pub" géante n'est rien d'autre qu'une injonction géante à consommer, probablement un énième produit de luxe, un sac à main géant qui viendra s?ajouter à la malle géante, par exemple, sur les Champs-Élysées. Paris mérite mieux que cela, les amis. L'omniprésence des publicités dans la rue préempte notre imaginaire, monopolise notre attention, pousse à la surconsommation dans une période où, en plus, la "pub" ne manque pas, quand on regarde nos téléphones ou nos ordinateurs ou quand on se promène dans le métro. En plus, il n'y a rien de plus contradictoire par rapport au plan Climat que de pousser à la surconsommation, à consommer ce dont nous n'avons pas besoin. A Paris, on est en permanence bombardé de publicité. Imaginer le cauchemar : vous sortez du métro, des longs couloirs de publicité, et vous vous retrouvez nez à nez avec une énième pub géante au moment où vous pensez respirer dehors. Quelle horreur, les amis ! Pourtant, la Ville avait pris des engagements, comme l'a rappelé M. MEUNIER tout à l'heure. Sans vouloir me faire le porte-parole de Mme HIDALGO, ma candidature de ce matin ayant été rejetée, je vais citer ce qu'elle disait jeudi 16 novembre 2023 lors du Conseil de Paris : "ma proposition, c'est que nous nous donnions dans les trois ans qui viennent la possibilité de sortir progressivement de la publicité sans mettre à mal nos capacités de financement". On était tous là. J'invite l'Exécutif à un peu plus de cohérence. Si les grands groupes veulent participer à la rénovation de nos monuments, chiche, mais ce n'est pas à eux de choisir comment. C'est au citoyen, au Conseil de Paris souverain de décider. Alors, oui, il est plus compliqué de trouver comment le faire sans mettre à mal nos capacités de financement. La voie que l'on a choisie, lutter contre l'obsolescence programmée, contre la surconsommation, contre le réchauffement climatique, n'est pas le chemin le plus facile. C'est pourtant le chemin que nous avons choisi. Vous l'aurez compris, je m'inscris en totale cohérence avec les Écologistes, et je vous encourage en tout cas à refuser les facilités évidentes, qui consistent à remplir nos rues de publicités, même si c'est pour préserver nos capacités de financement. Ayons un peu d'imagination. Je suis sûr que l'on peut trouver des solutions pour justement préserver l'autonomie financière de la Ville.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint, président. - La parole est à M. Jack-Yves BOHBOT, pour le groupe "Les Républicains, Les Centristes - Demain Paris !".

M. Jack-Yves BOHBOT. - Merci, Monsieur le Maire. C'est un beau débat avec véritablement une confrontation idéologique et de conception même de la société. D'un côté, les élus communistes, L.F.I. et écologistes, qui je comprends, luttent contre la pollution visuelle, contre la publicité, et nous "Les Républicains, Les Centristes", qui pensons qu'aujourd'hui la pression financière, la pression fiscale qui pèse sur les Français, qui pèse sur les Parisiens est trop forte. On ne peut pas après les hausses à la fiscalité locale ici à Paris, avec les hausses d'impôt que l'on a connues au niveau national, faire appel encore plus, comme le propose M. MEUNIER, aux impôts ou à la dette. C'est cela le choix. Le choix de nous dire "on ne veut pas avoir de pollution visuelle, on ne veut pas avoir de publicité", c'est une approche très "bobo", très bourgeois bohème. Cependant, la réalité, c'est que dans nos quartiers, qu'ils soient populaires ou qu'ils soient de l'ouest, il y a une vraie difficulté sociale aujourd'hui avec une pression économique et financière qui pèse sur nos habitants. Cela, on ne peut pas en faire l'impasse. Je pense à tous ceux qui écoutent ce débat sur Internet, s?ils nous écoutent, ou qui le liront plus tard. Ils doivent avoir un drôle de sentiment de voir que l'on est à front renversé dans cette situation. Je voulais ajouter que ce patrimoine, c'est la richesse de Paris. Nous sommes fiers que récemment encore, les Jeux olympiques aient mis en valeur ce patrimoine qui véritablement transcende l'âme de la cité. J'ai un point qui attire néanmoins notre vigilance. En effet, d'après le Code du patrimoine spécifique, si le total des recettes d'affichage encaissées est supérieur au montant des travaux, cet excédent est pris en compte lors de l'examen de demandes de subvention pour les travaux ultérieurs sur le même immeuble. Or, de nouveaux travaux de restauration ne seront pas entrepris de sitôt sur cette fontaine, une fois ceux-ci achevés. C?est pourquoi il nous paraît essentiel de s'assurer que le bénéfice dégagé serve bien à la restauration d'autres éléments du patrimoine parisien. Enfin, vous serait-il possible, Monsieur le Maire, de nous présenter un état annuel consolidé des recettes publicitaires et de mécénat qui sont générées par ce type d'opérations et de nous donner aussi leur affectation pour des opérations de restauration ? Je vous remercie.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint, président. - Pour répondre aux oratrices et orateurs, je donne la parole à M. Thomas CHEVANDIER.

M. Thomas CHEVANDIER, adjoint. - Je vous remercie, Monsieur le Maire. Avant toute chose, j?aimerais évidemment féliciter et saluer l'action de ma collègue, Karen TAÏEB, qui se mobilise et se bat pour l'entretien et la rénovation du patrimoine parisien et singulièrement de ses fontaines. On a de belles livraisons qui sont intervenues récemment et on doit le mettre notamment à son crédit. Cela étant dit, effectivement, ce projet de délibération suscite beaucoup d'interrogations. On l'a vu à l'instant et je vais y répondre. D'abord, ce type de projet, ce type de projet de délibération, ce type d'affichage publicitaire ne sont pas sans garde-fou. Les garde-fous ont été rappelés. C'est un affichage limité à la période effective des travaux, à une partie seulement de la bâche. Les visuels sont validés en amont avec l'avis conforme de l'adjointe au patrimoine du maire d'arrondissement et des services de la DRAC. Ce sont également des visuels qui doivent être compatibles avec le caractère patrimonial de l'édifice et sa dévolution culturelle. Il y a des garde-fous sur le fond. Ensuite, j'entends dire qu'il y a une profusion de bâches géantes sur les équipements de la Ville. C'est faux. En dix ans, il y a eu sept bâches sur les équipements de la Ville et c'est la première pour la rénovation d'une statue. C'est donc exceptionnel. Pourquoi ? Compte tenu de la situation dans laquelle on est. Cette bâche permettra de financer à hauteur de 5 millions les travaux de rénovation de cette fontaine. Cela veut dire qu'il y aura un excédent qui sera dégagé qui permettra de financer la rénovation d'une autre fontaine "a priori" dans le même arrondissement. En plus, on fait là d'une pierre deux coups et il faut le noter. On peut effectivement avoir des discussions politiques entre nous, mais là où l'on doit faire attention, c'est quand on bascule dans une forme de démagogie. Je dois dire, Monsieur GLEIZES, que j'ai été très étonné de la manière que vous avez eue de remettre en cause de façon insidieuse, et entre les lignes, la manière avec laquelle ce type de contrats est attribué par la Ville. Les services de la DFA travaillent avec beaucoup de compétences, avec beaucoup de transparence. Il y a des commissions dans lesquelles tout est présenté, à tous les élus des groupes représentés. Tout cela est donc fait avec transparence et avec compétences. Je ne comprends donc pas qu'on laisse comme cela, que l'on suscite comme cela, des interrogations sur la transparence de l'attribution de ce type de contrat. Par ailleurs, Monsieur MEUNIER, vous n'êtes pas non plus en reste, et Monsieur SOREL aussi, en matière de démagogie dans votre approche de ce projet de délibération, d'abord dans la manière que vous avez de remettre en cause l'action de la Maire de Paris. Récemment, elle et notre majorité ont notamment diminué de façon très forte la publicité commerciale sur le mobilier urbain d'information. C'est une action forte en la matière qui est cohérente avec les discours passés de la Maire de Paris. Quant à votre proposition d'enlever les bâches et de faire un chantier collaboratif, ou participatif, ou pédagogique, elle est évidemment surprenante puisque l'on répond en l'espèce à des obligations du Code du travail. Les bâches sont faites pour protéger les passants. Elles sont faites pour protéger les personnes qui travaillent dessus. C'est une obligation légale. Evidemment, là aussi, c'est une proposition qui n'a absolument pas vocation à être mise en ?uvre. Quitte à être dans la démagogie, je vais l'être moi aussi. Ces 5 millions d'euros, derrière, je veux bien que l'on m'explique où on va aller les chercher. 5 millions d'euros, c'est la moitié de la rénovation complète d'une école. J'aimerais bien que l'on me dise quelle école on va cibler. 5 millions d'euros, ce sont dix "rues aux écoles". Quelles sont les dix "rues aux écoles" que l'on va supprimer ? 5 millions d'euros, ce sont dix cours Oasis. Quelles sont les cours Oasis que l'on ne financera pas ? Voilà la réalité, c'est que les conditions financières, la manière avec laquelle la droite matraque et limite les marges de man?uvre financières des collectivités et en premier lieu de la Mairie de Paris nous obligent parfois de manière exceptionnelle à prendre ce type de décision. On assume complètement de la prendre. Je vous invite donc à voter ce projet de délibération.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint, président. - Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DCPA 12.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ? Le projet de délibération est adopté. (2024, DCPA 12).

 

Octobre 2024
Débat
Conseil municipal
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