2024 SG 54 - Rapport C.R.C. "Théâtre de la Ville".
Mme Olivia POLSKI, adjointe, présidente. - Nous examinons le projet de délibération SG 54 relatif au rapport de la Cour régionale des comptes pour le Théâtre de la Ville. Je donne la parole à Franck MARGAIN, pour cinq minutes maximum.
M. Franck MARGAIN. - Merci beaucoup, Madame la Maire. Notre groupe suit, depuis toujours et avec grande attention, la situation des théâtres de la place du Châtelet, et notamment du Théâtre de la Ville - "Sarah Bernhardt". Le rapport de la Cour régionale des comptes sur les exercices 2017 à 2022 constate la grande stabilité de l'établissement, le redéploiement réussi de l'activité durant la fermeture du théâtre pour travaux à partir de 2016, ainsi que la situation financière durablement saine, malgré la chute de son chiffre d'affaires en raison de la crise sanitaire et de la longue fermeture prévue initialement pour trois ans. Nous pouvons saluer le travail de son directeur, Emmanuel DEMARCY-MOTA, et de ses équipes. Leur résilience a permis d'assurer la continuité artistique avec une programmation hors les murs de grande qualité, et de traverser la période turbulente de la crise sanitaire grâce, également, au soutien de la Ville et de l'État. Les recommandations émises par la Cour des comptes régionale ne sont en rien comparables à celles qui étaient faites pour le Théâtre du Châtelet, nous pouvons nous en réjouir. Nous ne doutons pas que l'administration du Théâtre, en lien avec la Ville, les étudiera avec attention et prendra les mesures qui s'imposent. Il serait néanmoins intéressant d'avoir un bilan sur la manière dont les travaux ont été conduits par la Ville, entraînant, finalement, quatre ans de retard dans la réouverture du Théâtre et un dépassement de 14 millions d'euros du budget initial. Il y a certainement des leçons à en tirer pour les futurs projets d'ampleur que mènera la Ville. Je vous remercie.
Mme Olivia POLSKI, adjointe, présidente. - Je vous remercie. La parole est à Corine FAUGERON, pour cinq minutes.
Mme Corine FAUGERON. - Merci, Madame la Maire. Des choses ont été évoquées sur ce rapport concernant le Théâtre de la Ville, portant désormais le nom de Sarah Bernhardt. J'aimerais, pour ma part, revenir sur quelques éléments particuliers. Ces rapports de la Cour régionale des comptes sont vraiment intéressants. Ils font un travail en profondeur, et l'on y lit beaucoup de choses. D'abord, le rôle du directeur, Emmanuel DEMARCY-MOTA, qui est incontestablement un homme de théâtre et qui a beaucoup fait pour le spectacle vivant à Paris. Au-delà du "Sarah Bernhardt", il est directeur du Festival d'automne et président de l'Association nationale de recherche et d'action théâtrale. Il a été président de la saison croisée France-Portugal 2021-2022. Il est aujourd'hui commissaire de l'exposition "Paris !" à la salle Saint-Jean, et il a très logiquement pris la direction de l'association qui organise le Festival de la Place des théâtres. Alors que son mandat a été renouvelé jusqu'en 2027, ce qui lui fera 19 ans à la tête du "Sarah Bernhardt", la Commission régionale des comptes s'interroge légitimement sur l'étendue de ses pouvoirs. En effet, si le rapport ne met en aucun doute la pertinence de son action, il n'est pas sain que le directeur possède, par délégation, la quasi-totalité des pouvoirs du président de l'association, d'autant plus quand la Commission régionale des comptes alerte, je cite, "sur l'influence, en pratique limitée, du président et du conseil d'administration dans le fonctionnement de l'association". La Commission régionale des comptes alerte sur le fait qu'un délégant ne peut déléguer que les pouvoirs qu'il détient et donc qui, explicitement ou implicitement, lui sont attribués par les statuts. Ensuite, "la délégation ne pourrait couvrir l'intégralité des prérogatives exercées par le président, d'où la demande de clarification de la fonction du président". Par conséquent, l'imprécision des statuts fait peser un risque sur la régularité des actes pris par les instances dirigeantes. Pour cette raison, les rôles et le fonctionnement de ces organes de direction doivent être définis avec davantage de précision. C'est ce que demande la Commission régionale des comptes. Elle souligne également le fait que les comptes présentés au conseil ne sont pas complets puisque, entre autres, les dépenses annexes, comme des frais de déplacement importants, ne sont pas intégrées dans la présentation au conseil d'administration. Le "Sarah Bernhardt" est un théâtre public et municipal et doit être géré comme tel. Le conseil d'administration, où siègent des représentants de notre Assemblée, doit pouvoir mener pleinement son rôle de contrôle démocratique. La Commission régionale des comptes s'inquiète de l'absence de représentants des usagers au conseil d'administration. Ce dernier doit s'assurer que la politique culturelle de notre Ville soit insufflée à travers des actions de l'établissement et décider de ses grandes orientations. C'est à ce titre que la Commission régionale des comptes s'inquiète de l'absence d'objectifs dans la convention d'occupation temporaire du domaine public, et de leur caractère trop général et imprécis dans les conventions de subventionnement. Cette dernière critique avait été également émise, il y a quelques mois, au sujet du Théâtre du Châtelet. Depuis 2022, la réunion des deux théâtres est plus ou moins actée, et, à la lecture du rapport, on découvre une volonté expansionniste de l'association "Théâtre de la Ville". Dans sa réponse, le président du conseil d'administration, Xavier COUTURE, dit "répondre positivement aux recommandations de la Commission régionale des comptes". Nous nous en réjouissons et nous le félicitons, car il est vraiment temps de préciser les rôles de chacun. La Ville doit réinvestir pleinement le théâtre "Sarah Bernhardt". Cela ne passe pas uniquement par l'augmentation des subventions ou la réouverture de son site historique, mais également par une implication accrue dans son rôle d'administratrice et un renforcement du contrôle démocratique. Je vous remercie.
Mme Olivia POLSKI, adjointe, présidente. - Je vous remercie. La parole est à Jack-Yves BOHBOT, pour cinq minutes maximum.
M. Jack-Yves BOHBOT. - Merci, Madame la Maire. Même constat que mon collègue M. MARGAIN : le rapport qui nous est présenté par la Chambre régionale des comptes sur le Théâtre de la Ville est bien moins sévère que le récent rapport qui portait sur son frère jumeau, le Théâtre du Châtelet. Le contrôle de la Chambre régionale des comptes s'est exercé sur les comptes et la gestion de l'association, et a porté sur les exercices de 2017 à 2022. Rappelons qu'avec un montant de plus de 11 millions d'euros, le Théâtre de la Ville vient au deuxième rang des théâtres subventionnés par des collectivités, ce qui représente 25?% du montant des subventions accordées par la Ville de Paris aux principaux établissements culturels. C'est loin d'être négligeable. Le rapport, comme l'a dit Mme FAUGERON, est extrêmement documenté. Il pointe quelques dysfonctionnements, mais adresse également un "satisfecit". Le rapport note une concentration excessive des pouvoirs entre les mains du directeur général, ce qui limite le rôle du conseil d'administration, même si la stabilité de la gouvernance est un point positif. Je crois que cela fait 19 ans que le directeur général est en place. Le rapport propose que des représentants des usagers puissent siéger dans ce même conseil d'administration. La Cour régionale des comptes remarque également que les travaux de rénovation n'ont pas respecté le calendrier initial et se sont poursuivis au-delà de la date initiale d'achèvement prévue, qui était 2018, pour s'achever en 2023. Par ailleurs, le redéploiement hors les murs pendant les travaux du Théâtre de la Ville, avec la mise à disposition du théâtre des Abbesses, à l'espace Cardin, pour un montant de 2,2 millions d'euros, a posé quelques difficultés logistiques partiellement résolues grâce à une collaboration étroite avec le Théâtre du Châtelet, et c'est plutôt un bon point. Toutefois, le rapport révèle qu'une redevance annuelle de plus de 36.000?euros dus par le Théâtre de la Ville au Théâtre des Abbesses n'a jamais été versée. Nous aimerions savoir ce qu'il en est aujourd'hui. Malgré une forte baisse du chiffre d'affaires suite à la fermeture du théâtre "Sarah Bernhardt", il faut signaler une gestion financière stable. Le Théâtre a su surmonter la crise sanitaire grâce à une forte implication financière de l'État et de la Ville de Paris. Au groupe "Les Républicains, Les Centristes - Demain Paris !", nous veillerons et à ce que ces recommandations soient mises en ?uvre afin qu'une gestion saine de cette belle institution culturelle de la Ville de Paris soit maintenue. Je vous remercie.
Mme Olivia POLSKI, adjointe, présidente. - Je vous remercie. Pour vous répondre, je donne la parole à Carine ROLLAND.
Mme Carine ROLLAND, adjointe. - Merci, Madame la Maire.
Merci, chers collègues. Vous revenez sur ce rapport de la Chambre régionale des comptes, sur lequel nous travaillons avec le Théâtre de la Ville, incluant le théâtre "Sarah Bernhardt", puisque, le Théâtre de la Ville, c'est bien le théâtre "Sarah Bernhardt" et le Théâtre des Abbesses depuis, maintenant, plusieurs mois. Les points de satisfaction, je vous remercie de les avoir soulignés, concernaient le redéploiement hors les murs réussi lors des travaux intervenus au théâtre "Sarah Bernhardt". Ce redéploiement a d'ailleurs permis de préfigurer ce dont nous avons parlé, en début de séance : le déploiement dans l'espace public, qui a amené de nouvelles pratiques.
Ensuite, le fait positivement mentionné par la Commission régionale des comptes d'"une situation financière saine et de comptes en équilibre", je cite le rapport, malgré la période passée et la baisse de chiffre d'affaires. Tout cela est à mettre au crédit du Théâtre de la Ville et du dialogue de gestion, très étroit, mené avec la Direction des affaires culturelles. Pour ce qui est de la gouvernance, le fait d'avoir à rééquilibrer entre les prérogatives du conseil d'administration et, précisément, de son président, Xavier COUTURE, que je salue, avec les prérogatives du directeur fait l'objet d'une révision des statuts de l'association. Elle sera présentée prochainement. De la même manière, sur l'information financière, le rapport invite le Théâtre à poursuivre ses efforts afin d'améliorer la qualité de l'information délivrée aux instances dirigeantes, notamment le conseil d'administration. C'est une préconisation que nous avons prise en compte, et sur laquelle le Théâtre et la Direction des Affaires culturelles travaillent. Vous pourrez en vérifier le suivi et l'évolution via les administrateurs qui siègent. Un conseil d'administration se tenait d'ailleurs hier ou avant-hier. Dernier point sur la fixation d'objectifs par la Ville de Paris. Nous sommes en train d'élaborer des conventions pluriannuelles d'objectifs. Elles existent dans un certain nombre d'établissements. Cela intègre le respect de la parité et des dimensions environnementales que nous demandons de prendre en compte très fortement. Le rapport est délivré officiellement aujourd'hui. La Direction des affaires culturelles et l'association ont eu des échanges préalablement avec la Commission régionale des comptes, et les trois points que vous mentionnez les uns et les autres, à juste titre, font l'objet de mesures qui seront présentées au conseil d'administration dans les mois qui viennent. Je vous remercie.
Mme Olivia POLSKI, adjointe, présidente. - Je vous remercie. S'agissant d'un rapport, il n'y a donc pas de vote.