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Vœu déposé par l'Exécutif relatif à la piétonisation et la végétalisation de la place du Trocadéro et du pont d’Iéna.


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Mes chers collègues, je crois que M. le Préfet de police va se joindre à nous pour la discussion qui vient. Je propose de l'attendre.

Une minute, le temps de lui permettre de nous rejoindre.

Merci beaucoup, Monsieur le Préfet de police.

Mes chers collègues, nous poursuivons notre Conseil et nous examinons à présent le v?u n° 9 relatif à la piétonisation et la végétalisation de la place du Trocadéro et du pont d'Iéna. Permettez-moi d'introduire ce débat.

Mes chers collègues, face au changement climatique qui s'accélère, que personne aujourd'hui ne saurait raisonnablement nier, voilà plusieurs années que notre majorité municipale a engagé une transformation visible, une transformation écologique et sociale très ambitieuse de Paris.

Toutes nos rues et tous nos quartiers sont repensés pour rendre aux piétons, aux cyclistes, aux enfants, aux personnes en situation de handicap, aux personnes âgées la place qui est la leur.

Nous réduisons la place de la voiture. C'est un choix assumé et d'ailleurs tellement assumé qu'il a été l'objet notamment de notre élection en 2020, comme de l'élection de 2014, pour ne pas remonter aux deux élections encore précédentes de 2001 et de 2008.

Oui, nous réduisons la place de la voiture, et encore le week-end dernier avec notre votation citoyenne sur les S.U.V., et cela pour améliorer la qualité de l'air. Cette votation a d'ailleurs été saluée par tous, notamment à l'international et par d'autres maires de grandes villes, sans oublier Fatih BIROL, le directeur de l'Agence internationale de l'énergie.

Permettez-moi de dire aux collègues un peu sceptiques sur?

Excusez-moi, j'ai un chat dans la gorge? C'est la pollution de l'air?

Permettez-moi de dire aux collègues un peu sceptiques qu'une votation, avec quasiment 80.000 personnes qui votent un dimanche, qui prennent du temps sur leur temps, cela se respecte et c'est beaucoup mieux, en termes d'indication, que n'importe quel sondage. Cela donne une photographie assez claire, c'est vrai, des équilibres politiques aussi, disons-le, à Paris, que ce soit arrondissement par arrondissement ou à l'échelle globale parisienne.

Je vous invite vraiment à préférer la votation citoyenne, le référendum, les consultations qui sont faites dans les règles démocratiques et les règles des scrutins, plutôt que de vous référer parfois à une opinion mesurée par des sondages, dont on pourrait quand même se poser des questions sur la façon dont ils sont fabriqués. La fiabilité d'une consultation et d'une votation, comme celle de dimanche dernier, est très, très largement supérieure à celle de n'importe quel sondage effectué sur Paris. Je vous invite à le prendre au sérieux. Sinon, tant pis, nous, on le prend au sérieux.

Mais Fatih BIROL, le directeur de l'Agence internationale de l'énergie, le dit lui-même : ces transformations sont indispensables et tout simplement vitales pour que les Parisiennes et les Parisiens puissent vivre à Paris dans de bonnes conditions, et en bonne santé aujourd'hui comme dans les années qui viennent.

Cette ambition se traduit notamment par la transformation de nos places qui est engagée depuis longtemps. Nous voulons refermer sur ces places la parenthèse, parce que c'est une parenthèse dans l'histoire de Paris, du tout voiture pour que les Parisiennes et les Parisiens s'y sentent bien et que s'y développent de nouvelles pratiques, de nouvelles rencontres, de nouveaux usages pacifiés, parce que permettant justement le temps de cette rencontre, de l'échange et du dialogue qui sont tellement nécessaires aujourd'hui.

C'est ce que nous avons fait avec la place de la République, la place de la Nation aussi qui est vraiment une réussite exceptionnelle, la place de la Bastille qui a retrouvé de sa superbe. Ces places ne sont plus des ronds-points. Ce sont des places et non plus des ronds-points autour desquels tournaient des voitures. D'ailleurs, beaucoup à l'étranger, je pense notamment aux pays du Sud qui ont une grande habitude de la place publique, de la place, nous disaient : c'est quand même bizarre d'appeler ces lieux-là des places alors qu'en fait il n'y a absolument aucune place pour pouvoir s'y rencontrer, se promener, s'y arrêter et discuter avec ses voisines et ses voisins.

D'ailleurs, les Parisiennes et les Parisiens le plébiscitent et en veulent davantage. C'est ce que nous ferons et ce que nous sommes en train de faire avec la place de l'Étoile, la place Félix-Éboué, la place Denfert-Rochereau ou encore la place de la Concorde.

Un des enseignements de tout cela est que la circulation y est plus fluide et plus "secure" et que bien sûr la pollution baisse aussi. Les mesures sont connues, elles sont disponibles et elles sont diffusées.

Et puis, la pratique est là pour en attester, notamment sur la place de la Concorde où la circulation, telle qu'elle est aujourd'hui en demi-jauge, est beaucoup plus confortable pour tout le monde que précédemment, y compris pour les automobilistes et les véhicules motorisés.

Le quartier allant du Trocadéro à Iéna, en passant bien sûr par le Champ-de-Mars, n'a pas encore bénéficié d'une telle transformation. Il est pourtant très fréquenté, du fait de la perspective extraordinaire qu'il offre sur les jardins du Trocadéro, la Tour Eiffel et le Champ-de-Mars.

Nous devons y remédier en rendant ce quartier plus agréable, plus calme, plus vert, pour le bien-être des familles, des promeneurs et des touristes. Et notre légitimité à porter ce projet est simple : nous avons été élus en 2020 et ce projet figurait au c'ur de nos propositions qui ont été votées majoritairement par les Parisiens.

Dans le respect absolu du site et de son histoire, nous allons donc donner plus de place à la nature. D'ailleurs, l'UNESCO nous suit toujours lorsqu'il s'agit de réduire la place de la voiture. C'est un des éléments essentiels de la protection du patrimoine et c'est dans le respect de ce patrimoine que nous allons aussi réduire la place de la voiture sur ces sites absolument exceptionnels.

Cela nous donnera aussi l'opportunité de mieux mettre en valeur la perspective allant du Trocadéro vers la Tour Eiffel. Nous répondrons bien sûr aussi aux attentes des Parisiennes et des Parisiens en offrant davantage d'espace aux piétons, aux vélos, aux transports en commun.

En préparation des Jeux olympiques et paralympiques de 2024, un certain nombre de travaux ont déjà été engagés autour de la fontaine de Varsovie ou sur les statues du pont d'Iéna qui ont été restaurées. Et je remercie Karen TAÏEB d'?uvrer de façon aussi déterminée sur cette belle ambition de notre équipe.

Nous franchirons une nouvelle étape pendant les Jeux avec l'aménagement de ce que l'on appelle la tour de diffusion des images télévisuelles qui contribuera à réduire fortement la place de la voiture sur la place du Trocadéro. C'est inscrit dans le cahier des charges que nous devons mettre en ?uvre et sur lequel nous travaillons avec vous, Monsieur le Préfet de police, en très bonne intelligence et avec le C.O.J.O.

Comme je l'ai toujours dit, les Jeux ne s'arrêteront pas avec la fin des épreuves et l'héritage qu'ils légueront à notre ville sera immense. Après les Jeux, nous allons donc continuer à rendre ce quartier toujours plus beau avec plus de 8.500 mètres carrés végétalisés. Nous allons retirer l'asphalte qui nous étouffe lorsque les températures montent et ainsi contribuer à l'adaptation de notre ville au changement climatique, mais aussi à la perméabilisation des sols.

Les autorisations d'urbanisme ont été obtenues, mais il y a eu des recours et nous vous devons, Monsieur le Préfet de police - je m'y suis engagée, je m'y engage évidemment devant vous et devant notre Conseil - les modifications du projet pour que l'instruction puisse se poursuivre et nous permette d'engager la transformation dès la fin des Jeux de cet été.

Pourquoi ? Parce que personne ne comprendrait qu'on remette en l'état après les Jeux, ce qui serait très coûteux pour tout redéfaire. Le projet que nous portons est un projet que nous porterons en bonne intelligence, en partenariat évidemment avec l'Etat et avec vous, Monsieur le Préfet de police, et c'est un projet déterminant pour notre mandature. La consultation, pardonnez-moi, a eu lieu en 2020, puisque ce projet a fait l'objet notamment d'un vote des Parisiens qui nous a donné mandat pour avancer?

Je crois que vous êtes attachés aussi à ce que des pouvoirs soient redonnés à la circonscription parisienne tout entière, c'est cela ? Ah, je n'avais pas compris, je croyais que c'était à la circonscription parisienne. Et donc cette compétence-là, en tous les cas, est une compétence parisienne et évidemment je l'assumerai avec mon équipe et ma majorité. Après les Jeux, nous aurons encore de belles transformations, dans le respect des textes, bien sûr, dans le respect du droit et dans le respect des données que nous devons vous apporter en complément, Monsieur le Préfet, pour pouvoir avancer sereinement. Avec ce projet, nous continuerons notre action résolue pour faire de Paris une ville mieux adaptée au changement climatique et plus agréable à vivre. Vous pouvez compter sur moi pour continuer sur cette voie, en prenant soin de protéger les joyaux de notre Capitale et notre patrimoine, notamment en faisant baisser la pollution qui, elle aussi, abîme notre patrimoine et pas simplement nos petits poumons. Je vous remercie. Et M. le Préfet apportera bien sûr aussi des réponses au-delà des réponses de l'Exécutif. Je donne la parole tout d'abord à Mme Béatrice LECOUTURIER pour le groupe MoDem, Démocrates et Ecologistes.

Mme Béatrice LECOUTURIER. - Merci, Madame la Maire.

Madame la Maire, mes chers collègues, la justice administrative a rejeté deux fois, Madame la Maire, deux fois le projet de la Ville de Paris de végétaliser et piétonniser la perspective reliant la Tour Eiffel au Champ-de-Mars dont fait partie la place du Trocadéro.

Je cite la Cour d'appel : "La baisse attendue de la circulation, en raison de la pratique du vélo et du télétravail, n'est pas suffisante pour accepter le projet de la Mairie de Paris". Le vélo et le télétravail peuvent-ils être les ultimes recours à la voiture ? Peut-on couper en deux la place du Trocadéro, point structurant de la circulation à Paris, sans mettre en danger toute l'organisation d'un périmètre large, en engorgeant les grands axes alentour de la place du Trocadéro, à savoir les avenues Foch, Victor-Hugo, Wilson, Iéna et toutes les rues alentour ?

Si nous avons toujours défendu dans notre groupe MoDem la diminution de la place de la voiture à Paris? Oui? Cela ne signifie pas l'éradication de la voiture. La liberté de la circulation est une des premières libertés, mais en fermant la moitié de la place du Trocadéro à la circulation, vous portez atteinte à la liberté de transport de milliers de Parisiens.

Aucune étude sérieuse de report de la circulation n'a été apportée au projet. Aucune solution n'est apportée en termes de complément de transports pour pallier cette fermeture. Aucune solution non plus sur la sécurité du lieu qui devrait être renforcée, alors que le Trocadéro attire des millions de touristes et que l'insécurité ne fait que croître autour de ce site. Aucune concertation avec les riverains inquiets concernant les grands événements qui apportent beaucoup de nuisances sonores.

Voilà, autant d'interrogations dont les réponses ne nous sont pas apportées.

En plus, les finances de la Ville sont exsangues avec un déficit de près de 10 milliards d'euros à horizon 2026. Et pourtant, ce projet, au départ budgété à 70 millions, a déjà dérapé à plus de 110 millions d'euros. Madame la Maire, comment comptez-vous financer ce projet ? Et les autres que vous souhaitez mettre en place ? Comme d'habitude, vous passez en force, en balayant d'un revers de main les décisions de la justice, l'avis du Préfet de Police et le quotidien des Parisiens. Cette politique de la hache n'est pas notre manière de faire de la politique, Madame la Maire. Et à en croire les différentes études menées auprès des Parisiennes et des Parisiens sur votre politique, ce n'est pas la leur non plus. Ils en ont assez de votre manque d'écoute, de votre vision très personnelle, de vouloir détruire la ville de Paris. Et pourtant, cette place du Trocadéro méritait, oui, elle méritait une réelle réflexion pour la rendre plus agréable, mais pas comme cela, pas au mépris de tous. Vous choisissez l'autoritarisme et nous préférons le dialogue. Non, la place du Trocadéro, ce n'est pas devenir un grand amphithéâtre de contemplation, comme nous pouvons le lire dans votre projet. Elle risque, au contraire, de devenir un enfer de pollution due aux embouteillages, de nuisances sonores importantes et de stress supplémentaire pour les Parisiens et les touristes. Vous l'aurez compris, votre projet n'apporte aucune réponse à nos inquiétudes concernant la piétonisation de la place du Trocadéro. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - C'est vrai qu'aujourd'hui c'est tellement apaisé que cela fait envie !

Souhaits de bienvenue.

 

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