2024 DICOM 12 - Convention de mise à disposition d'espaces de l’Hôtel de Ville pour la Halte des Femmes au profit du Samu social de Paris.
Mme Laurence PATRICE, adjointe, présidente. - Nous examinons le projet de délibération DICOM 12 : convention de mise à disposition d'espaces de l'Hôtel de Ville pour la Halte des Femmes au profit du Samu social de Paris.
Pour commencer, je donne la parole à Geneviève GARRIGOS pour le groupe Paris en commun.
Mme Geneviève GARRIGOS. - Merci, Madame la Maire.
Mes chers collègues, la rue représente l'espace le plus brutal, le plus exposé de ce qu'est la ville dans son acceptation la plus littérale et la plus sociale. C'est là que se croisent les personnes, dans leur quotidien et leur diversité, et c'est là que se constatent, le plus crûment, les inégalités sociales. C'est un espace public et partagé, dans lequel se croisent les vies, privées et parfois intimes, et c'est un lieu sans échappatoire pour les plus exclus. Nous sommes si habitués à croiser, dans nos rues, la précarité la plus âpre, que nous devons parfois nous reprendre face à l'habitude et à la résignation que prend trop souvent notre regard collectif. Oui, 70 ans après l'appel de l'Abbé Pierre, l'urgence est toujours là et elle est la même?: sortir du froid, de la nuit et du pavé, ceux qui y sont enfermés. Parmi cette invisibilité de la rue, il est un public encore moins visible que les autres, l'invisible de l'invisibilité même, ce sont les femmes seules, en grande précarité. Chassées par des prédateurs aux aguets, elles s'isolent, se cachent, pour échapper aux violences humaines qui doublent la violence de la misère et du froid, ou se débrouillent souvent au prix d'autres violences, subies pour trouver une solution d'hébergement qui n'en est pas une.
Les chiffres sont là?: en 10 ans, le nombre de femmes ayant sollicité au moins une fois le 115 a augmenté de 60 %, et 9 femmes sur 10 vivant dans la rue ont été victimes de violence. La majorité n'en a parlé à personne - qui les croirait?? - et la grande majorité présente un état de santé physique et psychologique très dégradé. Maintenir l'accueil organisé depuis 2018, ici même, avec la Halte pour les Femmes de l'Hôtel de Ville, située dans la salle des Prévôts et le salon des Tapisseries est essentiel, et particulièrement symbolique. Sur 750 mètres carrés, cet espace, géré par le Samu social de Paris, accueille jusqu'à 50 femmes la nuit et 75 femmes le jour, et je suis fière que notre maison commune soit ainsi un espoir pour ces femmes, car, elles aussi, sont et font Paris. Comme je suis fière, d'ailleurs, qu'en décembre dernier, nous ayons ouvert une halte pour les femmes dans la mairie du 20e arrondissement, une halte gérée par "Emmaüs", et qui accueille jusqu'à 25 femmes la nuit.
Permettez-moi, au-delà de ces haltes et ces logements d'urgence, de rappeler, comme le feront sans doute mes collègues, que l'hébergement, tout comme le logement, est encore et toujours une bombe sociale, comme le constate la Fondation Abbé Pierre dans son dernier rapport. En France, nous devons, au niveau local, depuis bien des années, pallier l'absence de réponse nationale d'envergure au défi du logement et de l'hébergement d'urgence. À cet aménagement à courte vue de la part de l'État se joint une politique toujours plus idéologique, toujours plus ubuesque, du refus de la régularisation de personnes artificiellement maintenues sous l'eau et sans solution. Je me réjouis que le Gouvernement ait annoncé un grand plan de construction de logements. Je m'afflige, en revanche, du nombre annoncé?: 30.000 logements d'ici trois ans. Je m'afflige de constater, encore plus, que la finalité annoncée est de multiplier le logement intermédiaire, alors que 70 % des deux millions et demi de demandeurs de logement ont des niveaux de ressources qui les rendent éligibles aux logements très sociaux. Là encore, Madame la Maire, je suis fière du volontarisme de notre équipe pour augmenter le parc du logement social dans notre ville, et je sais que nous allons la poursuivre. Pour conclure, permettez-moi d'alerter le Gouvernement et tous ceux qui n'ont pas pris l'ampleur de la crise du logement. Dans une France où plus de neuf millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, et où les dernières années n'ont pas posé le début d'une politique cohérente de logement, renforcer exclusivement le logement intermédiaire, ce serait condamner toutes ces personnes auxquelles, depuis 70 ans, nous n'avons toujours pas apporté une réponse à la hauteur, les plus précaires, ceux qui mouraient déjà d'être recroquevillés sous le gel, sans toit, sans-pain, sur les trottoirs de Paris et d'ailleurs. Je vous remercie.
Mme Laurence PATRICE, adjointe, présidente. - Merci beaucoup. Je donne maintenant la parole à Mme Camille NAGET pour le groupe Communiste et Citoyen.
Mme Camille NAGET. - Merci, Madame la Maire,
Mes chers collègues, nous venons d'avoir, hier soir, les premiers chiffres de la Nuit de la Solidarité de 2024. Pour cette édition de 2024, dans la nuit du 25 au 26 janvier, ce sont 477 personnes de plus, à la rue, qui ont été recensées par rapport à l'année 2023. Cela signifie qu'à Paris, en une nuit, nous comptons presque plus de 3.500 personnes qui n'ont pas de toit à mettre sur leur tête, qui n'ont pas d'hébergement. On ne parle pas de personnes qui ont un logement ou une situation pérenne?; on parle de 3.500 personnes qui, pour une nuit, en plein mois de janvier, n'ont pas de toit à se mettre sur la tête. C'est un chiffre catastrophique, qui augmente d'année en année, qui nous alerte et qui nous désespère. Heureusement, la Ville ne reste pas les bras croisés, et je pense qu'il faut saluer, largement, la création en 2018, de cette Halte pour les Femmes dans le bâtiment de l'Hôtel de Ville. À l'époque, Dominique VERSINI, en sa qualité d'adjointe, y avait participé. Éric PLIEZ, en sa qualité de responsable au Samu social, y avait été acteur. Aujourd'hui, Léa FILOCHE, adjointe aux Solidarités, continue de mener cette politique. C'est un symbole très fort que l'Hôtel de Ville, notre mairie, la mairie de tous les Parisiens, ouvre ses portes, la nuit, à 75 femmes, pour qu'elles puissent avoir un peu de repos, pour qu'elles puissent dormir. Comme l'a dit ma collègue, la rue, c'est difficile. La rue, cela abîme, cela ne laisse personne indemne, et la rue, quand on est une femme, c'est encore plus difficile. La quasi-totalité des femmes qui sont passées par la rue ont été victimes des pires violences que l'on peut s'imaginer.
Nous avons besoin que plus de lieux comme ceux-là existent. Il y a des mairies d'arrondissement qui, à la suite de ce qui a été fait à l'Hôtel de Ville, ont aussi ouvert des parties de leurs bâtiments. J'espère ne pas en oublier, mais je pense aux mairies des 20e, 18e et 5e arrondissements, peut-être que j'en oublie. C'est un symbole très fort que la Ville de Paris envoie, et je voudrais dire - nous le disons à chaque fois, mais réitérons-le - que nous appelons l'État à faire la même chose, nous appelons l'État à ouvrir, en urgence, ces 3.500 places d'hébergement qu'il manque, nous appelons l'État à faire comme la Ville, à utiliser son patrimoine vacant. À la Ville de Paris, nous utilisons du patrimoine non vacant, l'Hôtel de Ville est utilisé, les mairies d'arrondissement aussi. Nous appelons donc l'État à réquisitionner son patrimoine vacant, nombreux, et qui existe à Paris, pour créer, en urgence, ces 3.500 places d'hébergement qu'il manque. Je vous remercie.
Mme Laurence PATRICE, adjointe, présidente. - Merci beaucoup. Je donne la parole à Laurent SOREL.
M. Laurent SOREL. - Merci, Madame la Maire.
Mes chers collègues, dans la nuit du 24 au 25 janvier, 3.492 personnes ont été comptabilisées dans la rue lors de la Nuit de la Solidarité, plus 16 % par rapport à 2023. Les chiffres de 2023, je crois que c'était 3.015, et c'était déjà en augmentation de plus 16 % par rapport à 2022. Voilà dans quelle situation dramatique de crise du logement et de l'hébergement d'urgence nous nous retrouvons, aujourd'hui. Le nombre de femmes à la rue a explosé ces dernières années. Cela a été dit par Geneviève GARRIGOS, mais ces 10 dernières années, le nombre de femmes seules ayant sollicité le 115 a augmenté de 66 %, et, aujourd'hui, les femmes représentent 12 % des personnes identifiées, alors qu'il y a quelques années, c'était, il me semble, 2 %. On se retrouve dans une situation globale de crise profonde, et les femmes sont doublement affectées, parce qu'elles sont souvent plus précaires. Ce sont les premières qui sont affectées par la crise. Elles se retrouvent en famille monoparentale, seules, avec leurs enfants. Évidemment, quand elles se retrouvent à la rue, elles sont dans des situations extrêmement compliquées. Cela a été dit?: 90 % des femmes qui sont à la rue sont victimes de violence. Elles cherchent donc, par tous les moyens, à être invisibles. Être invisible, c'est moins risquer d'être agressé.
Dans ce contexte, la responsabilité de l'État est écrasante, mais il y a quand même une petite responsabilité de la Ville de Paris, au moins celle d'avoir accepté d'organiser les Jeux olympiques et paralympiques de Paris de 2024. Certes, c'est la responsabilité de l'État, au final, qui en a profité pour accroître le nettoyage social, mais il se trouve que le fait que les hôtels sociaux se déconventionnent à la chaîne pour profiter de cette manne touristique accentue la crise de l'hébergement d'urgence. Oui, je tiens à le dire, et c'est pour cela que je me suis inscrit sur ce projet de délibération, la Ville fait, et il y a une volonté affichée de répondre à l'urgence sociale. C'est un très beau symbole que cet espace ait été ouvert au sein même de l'Hôtel de Ville. Effectivement, la salle des Prévôts, le salon des Tapisseries, voilà un exemple de ce qui peut être fait pour pallier dans l'urgence, avec les moyens du bord, cela reste toujours les moyens du bord, l'insuffisance de places.
Cela a été dit, jusqu'à 50 femmes la nuit, 75 le jour. La mairie du 20e arrondissement, ma mairie, où les femmes sont accueillies, jusqu'à 25. Il y a d'autres mairies, cela a été dit, mais je ne vais pas les citer, sinon, je vais vexer celles que j'aurais oubliées. Tout cela pour dire que cela pose aussi la question de la généralisation des accueils non mixtes, parce que la particularité de l'hébergement d'urgence est que les femmes peuvent être aussi agressées par des hommes malheureusement dans ces hébergements. Il est nécessaire de développer, comme c'est fait de plus en plus ces derniers temps, des centres d'hébergement non mixtes, mais aussi des dispositifs, par exemple pour les questions d'hygiène, des bains-douches où les femmes sont en mesure de prendre des douches sans être à proximité immédiate des hommes. C'est une manière d'être protégé.
Il y a une réflexion à avoir sur le développement et la systématisation de ce genre d'accueil. Il me semble qu'il y a aussi Championnet, Babinski, mais il y a aussi la nécessité de penser à l'élargissement des mobilisations d'espaces, dans quelle mesure ce ne serait pas possible de mobiliser les logements intercalaires dans le logement social, par exemple. Cela a été dit, il existe une volonté de l'État de ne pas prendre ses responsabilités, et il y a la nécessité, pour la Ville, de se mobiliser pour exiger et porter les mobilisations pour que l'État cède.
Une fois que l'on a dit cela, et une fois que l'État ne cède pas, ou, quand il cède, c'est "a minima", que fait la Ville?? C'est toujours la question que l'on va nous poser. La Ville de Paris, ce n'est pas une petite ville de 2.000 habitants, mais ce n'est pas une ville qui peut tout faire, mais nécessairement, systématiquement, la question sera posée. Faites plus, et par rapport à cela, je pense qu'il ne faut pas s'interdire d'être encore plus imaginatif dans les dispositifs que la Ville est en mesure de créer. Je vous remercie.
Mme Laurence PATRICE, adjointe, présidente. - Merci beaucoup.
Je donne maintenant la parole à Fatoumata KONÉ pour le groupe "Les Écologistes".
Mme Fatoumata KONÉ. - Merci, Madame la Maire.
Mes chers collègues, mon intervention va aller dans le sens des interventions précédentes. Je veux rappeler que la Halte pour les Femmes de l'Hôtel de Ville a été créée en décembre 2018 pour répondre à un besoin mis en avant par la Nuit de la Solidarité, notamment, qui avait démontré que les femmes représentaient 12 % des personnes sans-abri interrogées. Or, cela a été dit, et c'est important de rappeler, plus de 80 % des femmes à la rue sont victimes de violences. Nous avons donc créé ce lieu au c'ur de l'Hôtel de Ville, et donc, au c'ur de Paris, qui peut accueillir jusqu'à une cinquantaine de femmes pour y dormir, et 75 en journée. Au-delà de son utilité concrète et réelle, il s'agit d'un lieu qui porte un message symboliquement fort sur l'engagement politique de notre majorité en faveur de la lutte contre l'exclusion et la protection des personnes les plus fragiles.
Le soutien du groupe "Les Écologistes" est, ainsi, naturellement total et entier, et à travers l'adoption de ce projet de délibération, nous voulons réaffirmer, ici, une fois de plus, notre volonté politique de faire de la lutte contre l'exclusion et contre les inégalités sociales une priorité de notre mandature, notamment quand les premiers résultats de la Nuit de la Solidarité de cette année sont tombés hier et dénombrent 16 % de personnes à la rue de plus que l'an dernier. Au-delà de sa fonction d'accueil et de mise à l'abri de personnes vivant à la rue, ce projet constitue pour nous, écologistes, une avancée hautement symbolique, car il marque un progrès qualitatif en matière d'aide aux personnes vivant dans la rue. Il répond, en effet, à la nécessité d'adapter les politiques d'hébergement et d'assistance aux besoins spécifiques des différents publics de personnes S.D.F., en l'occurrence les femmes en situation de rue, victimes, régulièrement, de violences à caractère physique, sexuel, verbal.
Par ailleurs, à travers cette Halte au c'ur de Paris et de l'Hôtel de Ville, nous envoyons une nouvelle fois un message clair pour une répartition plus équilibrée des places d'accueil des S.D.F. dans la Capitale, appelant tous les arrondissements à y participer. C'est pourquoi nous nous interrogeons sur les modalités de son ouverture pendant la période des Jeux olympiques et paralympiques de Paris de 2024, le quartier de l'Hôtel de Ville étant en zone de restriction de circulation. La Halte des Femmes de l'Hôtel de Ville est un lieu spacieux, 750 mètres carrés, mis à disposition gratuitement par la Ville, et dont l'aménagement a été adapté à l'accueil des femmes à la rue. Par ailleurs, ce lieu est ouvert toute l'année, et ne constitue donc pas une opération ponctuelle visant à répondre à l'urgence de l'hiver. Pour nous, écologistes, qui défendons la mise à disposition de lieux d'hébergement de nuit tout au long de l'année, c'est un point essentiel que nous tenons à saluer. Également, la Halte des Femmes s'inscrit dans un réseau de plusieurs structures spécialement dédiées aux femmes, qui sont créées ou sont en cours de création à Paris. Je ne vais pas les citer, car cela a déjà été cité à plusieurs reprises par les intervenants précédents.
Enfin, nous remercions et saluons le Samu social qui gère ce lieu au sein de l'Hôtel de Ville. C'est, comme nous le savons tous, un opérateur incontournable dans le domaine de l'aide aux personnes à la rue, reconnu comme tel, aussi bien par les professionnels que par les bénévoles. Sa connaissance approfondie de la question plus spécifique des femmes à la rue en fait l'acteur idéal pour réaliser cette mission.
Enfin, je terminerai en rappelant ici que, si la réinsertion est le but ultime de ces dispositifs, nous devons aller au-delà de l'urgence et développer des solutions pérennes de relogement, c'est ce que nous défendons quotidiennement avec mon groupe. En attendant et en espérant ces développements, nous remercions les services, les associations et les nombreux bénévoles qui ?uvrent au quotidien pour faire vivre ce dispositif. Je vous remercie.
Mme Laurence PATRICE, adjointe, présidente. - Merci beaucoup. Je vais donner la parole à Sandrine CHARNOZ, qui a l'obligeance de répondre sur tous les dossiers d'Anne-Claire BOUX, qui est absente.
Mme Sandrine CHARNOZ, adjointe. - Merci, Madame la Maire.
Merci à vous pour vos interventions qui ont permis de souligner l'action menée par ma collègue, Léa FILOCHE, qui, administratrice du Samu social, doit se déporter de nos échanges. Vous l'avez souligné, dans un contexte de crise sociale, la Ville de Paris renforce son action envers les personnes en situation de rue et en mettant, notamment ici, l'accent sur les femmes en grande précarité. La 7e édition successive de la Nuit de la Solidarité a souligné la forte proportion des femmes très exclues, et les données rendues publiques, hier, par Léa FILOCHE - et vous les avez rappelées, mais je pense que c'est bien, dans cet hémicycle, de les réitérer -, montre que, cette année, encore, alors que le nombre de personnes recensées est en augmentation de 16 %, soit 3.492, 12 % de femmes, ont été identifiées pour la seule nuit du 25 janvier dernier.
Ces données brutes sont aussi brutales, et soulignent l'importance d'un accompagnement spécifique dédié aux femmes. La Halte des Femmes de l'Hôtel de Ville, ouverte en 2018, à la suite de notre première Nuit de la Solidarité, en est un exemple. Ouverte pour un accueil de jour comme aussi pour la nuit, elle témoigne de l'engagement continu de la Ville de Paris dans la lutte contre l'exclusion, permettant à la fois un abri, un accompagnement dessinant une perspective de sortie de rue et un accueil confortable dans un lieu républicain emblématique. Je voudrais vous rassurer d'ores et déjà?: l'accueil de nuit restera ouvert pendant les Jeux olympiques et paralympiques de Paris de 2024.
Le projet de délibération qui vous est soumis propose de prolonger la collaboration entre le Samu social et la Ville, avec la mise à disposition de locaux au sein même de l'Hôtel de Ville, et je vous invite donc à l'adopter. Je vous remercie.
Mme Laurence PATRICE, adjointe, présidente. - Merci beaucoup.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DICOM 12. Qui est pour?? Qui est contre?? Qui s'abstient??
Le projet de délibération est adopté. (2024, DICOM 12).