retour Retour

Vœu déposé par l'Exécutif relatif à la piétonisation et la végétalisation de la place du Trocadéro et du pont d’Iéna (suite).


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - La parole est à Florian SITBON pour le groupe Paris en commun.

M. Florian SITBON. - Madame la Maire, mes chers collègues, de quoi finalement s'agit-il aujourd'hui avec ce v?u ? Tout simplement de réaffirmer la volonté de notre Conseil, énoncée en février 2022, de faire, des espaces de la place du Trocadéro au pont d'Iéna et jusqu'au pied de la Tour Eiffel, rien de moins qu'un nouveau parc à Paris, en reliant les espaces déjà existants. Un nouveau parc ouvert pour toutes et tous, et pas seulement pour les touristes, mais bien toutes les Parisiennes et les Parisiens, toutes les Françaises et les Français qui seront ainsi incités à se réapproprier ce quartier et ces sites.

Pour remettre en valeur ces sites, qui sont des joyaux de notre patrimoine et ont été par trop défigurés par la brutalité de cent ans d'un urbanisme uniquement tourné vers l'usage de la voiture, vous l'avez rappelé, Madame la Maire, dissuasifs pour la promenade des piétons et qui faisaient passer une autoroute urbaine à leurs pieds, le projet est le même que celui adopté le 8 février 2022 en Conseil de Paris, à l'exception des aménagements aux abords de la fontaine de Varsovie, puisqu'ils sont déjà en cours d'achèvement, du parvis de la Tour Eiffel et du Champ-de-Mars, dont le réaménagement a été abandonné, et avec des modifications en marge nécessaires pour trouver le consensus et ne plus perdre de temps.

Une continuité piétonne et plantée augmentant les surfaces débitumées, végétalisées de plusieurs milliers de mètres carrés, encourageant tout d'abord la promenade piétonne, mais aussi les mobilités douces, c'est de cela qu'il s'agit, dans la droite ligne du P.L.U. bioclimatique, du Plan Climat de la Ville de Paris, démontrant ainsi que la lutte contre le changement climatique se conjugue avec la valorisation patrimoniale.

Ce projet sera réalisé donc, conformément aux autorisations administratives qui ont déjà été obtenues, et appuyé par de nouvelles études de circulation qui témoignent de l'absence d'impact significatif des reports vers les axes alentour.

Ce quartier concentre beaucoup de joyaux de notre patrimoine parisien. Héritage des Expositions universelles successives, le quartier Trocadéro-Iéna, vous le rappeliez également, n'a pourtant pas encore bénéficié pleinement de la transformation qu'il nécessite, alors même qu'il est aujourd'hui très fréquenté du fait de la perspective extraordinaire qu'il offre sur les jardins du Trocadéro, la Tour Eiffel et le Champ-de-Mars.

Qu'est-ce que ces sites ? C'est la Tour Eiffel construite à l'occasion de l'Exposition universelle de 1889. C'est ensuite la place du Trocadéro qui trouve finalement sa vraie naissance avec l'Exposition universelle de 1878, à l'heure où on construit le Palais du Trocadéro, qui sera remplacé par le Palais de Chaillot en lieu et place, construit à l'occasion de l'Exposition universelle de 1937. Quant au pont d'Iéna, il fut construit et achevé en 1814 et il était destiné à relier la colline de Chaillot au Champ-de-Mars, ce que l'on s'apprête à faire.

C'est l'époque d'un Paris décrit par Proust ou Maupassant, peint par Monet, l'époque où la plus grande pollution était celle du crottin de cheval et où l'on pouvait et savait flâner dans ce quartier décrit aussi par Giraudoux dans "La folle de Chaillot". C'est aujourd'hui un quartier recelant aussi de nombreux équipements culturels : le musée d'Iéna, le Palais de Tokyo, le Palais de Chaillot, évidemment pour n'en citer que quelques-uns.

Durant l'Exposition universelle de 1900, le pont d'Iéna était d'ailleurs réservé à l'usage de l'Exposition et la circulation était détournée vers d'autres voies. C'est ce que l'on s'apprête à faire avec les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, qui nous donnent l'occasion de définir un héritage écologique et partagé de ce lieu emblématique de notre ville. L'organisation du site durant les Jeux préfigure ainsi son devenir pour être plus agréable et plus vivant. Il doit donc être davantage piéton, plus ouvert et plus vert.

Nous sommes fiers que ce site soit un lieu d'épreuves et de célébration des Jeux olympiques et paralympiques, et que cela soit l'occasion de le valoriser en consacrant pleinement sa vocation de lieu de promenade. Alors soyons fiers de poursuivre cette mise en lumière du site, avec ce projet de piétonisation, de végétalisation de la place du Trocadéro et du pont d'Iéna. Vous l'avez dit, Madame la Maire, nous voulons tourner la page de cette politique du tout voiture, tourner la page de cette brutalisation qui a saccagé en partie notre patrimoine commun pour rendre réellement le plein usage, non pas seulement à quelques riverains et aux milliers de touristes qui s'y pressent, même si on espère évidemment qu'ils s'y presseront toujours, mais réellement à toutes les Parisiennes et tous les Parisiens, et à toutes les Françaises et tous les Français. Il en va finalement du patrimoine architectural comme de la culture dans tout son ensemble, il ne prend son sens que s'il est commun et partagé par toutes et tous. C'est ce que propose ce projet en offrant un grand espace de promenade et je ne doute pas alors que toutes et tous, dans nos responsabilités respectives, conseillers et maires d'arrondissement, et même Ministre, nous nous rassemblerons pour que ce projet soit rapidement mis en ?uvre.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Florian SITBON. En ouverture de ce Conseil, j'ai salué et adressé mes v?ux de réussite à la nouvelle Ministre de la Culture, Mme DATI. Je me permets de le refaire, puisque vous êtes ici en séance, tout comme j'ai salué ce matin l'élection de la nouvelle présidente du groupe Changer Paris, Mme Catherine DUMAS. Madame DATI, vous avez la parole.

Mme Rachida DATI, maire du 7e arrondissement. - Merci, Madame la Maire, et merci pour vos félicitations, comme d'ailleurs le message que je vous ai adressé, le jour de ma nomination, pour appeler à un travail en toute sérénité pour le bien commun qu'est Paris aujourd'hui.

Madame la Maire, mes chers collègues, nous pensions le projet OnE abandonné après la mobilisation sans précédent de nombreux Parisiens, mais également d'associations écologistes, des élus d'arrondissement, auxquels d'ailleurs j'associe les élus du 15e arrondissement, Philippe GOUJON, Agnès EVREN et Claire de CLERMONT-TONNERRE.

Elus, associations et collectifs de défense du patrimoine et de l'environnement, collectifs d'habitants, services de l'Etat, tous sont d'accord : ce projet d'aménagement démesuré, en plus d'être une gabegie écologiste, ne répond pas aux besoins des Parisiens, sans parler de la somme exponentielle qui augmente de jour en jour, comme l'a rappelé notre collègue Béatrice LECOUTURIER.

Plus encore, la Préfecture de police vous a alertés à plusieurs reprises sur les risques que ferait courir aux Parisiens le projet de piétonisation tel que vous l'envisagez, jusqu'à vous faire part d'ailleurs de son opposition ferme à la réalisation de ce projet. La raison principale que nous avions relevée dès son origine était l'absence d'études d'impact complètes sur les reports de circulation, s'agissant d'un endroit stratégique et sensible.

En responsabilité, le Préfet de police a donc refusé de signer les documents administratifs nécessaires au démarrage des travaux. Vous avez contesté cette décision devant le juge. Le Tribunal administratif, puis la cour administrative d'appel a donné raison au Préfet de police. Les juges ont notamment relevé l'absence de réponse de la Ville aux réserves formulées, s'agissant de l'absence d'études d'impact.

Dans ce contexte, quel est le sens de voir la majorité municipale solliciter, via ce v?u, le démarrage des travaux à l'issue des Jeux olympiques et paralympiques ?

La préférence du coup de force, comme vous l'avez fait sur l'augmentation de plus de 62 % de la taxe foncière, sur l'écoute et la concertation, c'est un coup de force que vous tentez de nouveau contre les habitants, contre le Préfet de police, contre le juge administratif. Quel mépris vis-à-vis des besoins réels des Parisiens, tel que l'expriment avec professionnalisme, mais aussi, je le fais remarquer, neutralité, les agents de la Ville comme de l'Etat. Dans ce contexte, notre opposition, nos réserves, comme celles de la Préfecture de police, demeurent inchangées. C'est pourquoi, nous voterons évidemment contre ce v?u. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame. M. REDLER pour trois minutes.

M. Jérémy REDLER, maire du 16e arrondissement. - Merci, Madame la Maire.

Madame la Maire, Monsieur le Préfet de police, mes chers collègues, la Mairie de Paris avait porté un projet fou, le projet OnE, tellement fou que toutes les parties prenantes avaient fait savoir publiquement qu'elles y étaient défavorables.

Premièrement, toutes les mairies d'arrondissement concernées avaient voté contre. Avec Francis SZPINER, la mairie du 16e avait voté à l'unanimité contre ce projet. Je continuerai en tant que maire à lutter avec énergie pour défendre les habitants du 16e.

La mise en ?uvre de ce projet sur la place du Trocadéro, au-delà de la modification paysagère qu'elle entraîne, constitue un bouleversement de l'équilibre du quartier. Les impacts sur la circulation générale de cet aménagement ne sont pas évalués, particulièrement les reports de circulation dans les voies secondaires et résidentielles autour du site. Où sont les études d'impact ?

Conjugué à la fermeture de la circulation du pont d'Iéna et de la place de Varsovie, ce projet crée un enclavement total du Trocadéro par rapport à la rive gauche. Au pire, le 16e n'est que le 16e, et les riverains du 16e n'avaient qu'à choisir un autre arrondissement pour y vivre. La Mairie de Paris prouve chaque jour que cet arrondissement n'a d'intérêt à ses yeux que pour cette défiguration. J'en ai marre, Madame la Maire de Paris, de l'acharnement de la Ville de Paris contre les habitants du 16e.

Cependant, quid des conséquences ? Difficultés de circulation qui découleront, temps d'intervention des services de police et de secours, Monsieur le Préfet de police, problème de sécurité publique, menaces terroristes : aucune évaluation, aucune mesure spécifique. La sécurité des piétons, aucune, le pont restera accessible aux bus et aux taxis.

Les J.O.P. 2024 seront une préfiguration et la Mairie de Paris argumentera. Ceci est formidable. Oui, formidable dans un contexte qui n'est pas celui de la vie quotidienne. Formidable dans un contexte où le télétravail primera et où la circulation sera filtrée. Un formidable sous trop de conditions pour qu'il perdure, s'il n'existe ne serait-ce qu'un jour.

Deuxièmement, les services culturels de l'Etat avaient fait savoir que ce projet était de nature à provoquer une rupture avec l'écriture architecturale et historique du site. Ainsi, la Mairie de Paris souhaite porter délibérément atteinte au caractère et à la beauté des lieux qui sont des monuments historiques. Le site est évidemment classé, mais quelle importance ? Comme à son habitude, la Mairie de Paris sait mieux que quiconque ce qui est bon et juste. A longueur de séances, vous prétendez vouloir un tourisme plus responsable et plus qualitatif, mais lorsqu'il s'agit d'aménagements, vous faites exactement le contraire. Des aménagements intenables, invivables et qui abîment la vitrine de notre ville. La ville n'est pas un spectacle, c'est le cadre de vie d'habitants excédés par l'imprudence de vos décisions, l'irréalisme de vos projets, des projets qui oppressent les Parisiens. Enfin, comme ceci a pu être rappelé, la Préfecture de police avait exprimé son désaccord total à ce projet. Décision que vous avez contestée devant le Tribunal administratif et vous avez perdu. Vous avez fait appel et vous avez perdu. Plus le droit vous donne tort, plus vous vous obstinez avec des projets qui oublient l'essentiel. L'essentiel, ce sont les Parisiens et notamment les habitants du 16e.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, il faut conclure.

M. Jérémy REDLER, maire du 16e arrondissement. - Vous l'aurez compris, le groupe Changer Paris votera contre ce v?u.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Très bien.

J'ai envie de vous dire, Jérémy REDLER, vous y viendrez, comme vous y êtes venus sur la piétonisation des voies sur berges, où vous aviez fait des recours, tous les maires d'arrondissement, accompagnés des maires du Val-de-Marne, avec des recours et des recours. Et comment finalement cette décision a été approuvée ? Parce que lorsqu'on diminue la place de la voiture, on protège le patrimoine. Vous voyez, c'est ça qui nous a aussi permis de l'emporter. Mais vous y viendrez, je suis persévérante, et je respecte le droit et le dialogue. Mme Aminata NIAKATÉ pour le groupe "Les Ecologistes".

Mme Aminata NIAKATÉ. - Je vous remercie, Madame la Maire.

Mes chers collègues, j'aimerais également profiter de ce débat relatif à la piétonisation et la végétalisation de la place du Trocadéro et du pont d'Iéna pour me réjouir du résultat clair de la votation citoyenne de ce week-end : plus de 78.000 personnes se sont déplacées pour aller voter et près de 55 % d'entre elles se sont exprimées pour la hausse des tarifs de stationnement pour les véhicules les plus lourds, les plus encombrants, les plus dangereux et les plus polluants, j'ai nommé les S.U.V.

Et contrairement à une idée reçue tenace, ce sont les arrondissements les plus populaires de Paris qui ont plébiscité cette mesure pour faire moins de place à la voiture à Paris. Et faire moins de place à la voiture, c'est vital pour la qualité de l'air que nous respirons, c'est vital pour relever le défi climatique auquel nous sommes confrontés, et l'adaptation de la Ville de Paris au dérèglement climatique passe notamment par la piétonisation et la végétalisation de l'espace public.

Cinquante pour cent de l'espace public sont réservés à la voiture, entre voies de circulation et places de stationnement, alors que la voiture ne représente que 13 % des usages selon la F.N.A.U.T. Comment justifier un tel accaparement de l'espace public par la voiture, caractérisé par une faible part modale, quand la marche à pied est le premier mode de déplacement à Paris avec plus de 50 % de part modale ?

Par ailleurs, il est intéressant de relever que de nombreuses études révèlent que le piéton parisien est plus souvent une femme qu'un homme et que les hommes utilisent nettement plus la voiture que les femmes. Et faire moins de place à la voiture, c'est également partager plus équitablement l'espace public avec les femmes.

Débitumer, végétaliser et piétonniser la place du Trocadéro et le pond d'Iéna, ce sont des ambitions que les écologistes ont toujours soutenues. Nous soutenons l'idée d'un grand espace vert allant du Trocadéro à l'École militaire. En somme, nous soutenons un projet OnE délesté de ses permis de construire, bagagerie, bureaux, délesté d'une activité événementielle outrancière, délesté du Grand Palais Ephémère et même délesté de la structure qui encercle la Tour Eiffel pour des raisons de sécurité.

La Ville devait d'ailleurs réexaminer la pertinence de la présence de cette barrière, qui donne l'impression au public que le site de la Tour Eiffel n'est accessible que moyennant le paiement d'espèces sonnantes et trébuchantes. Ce n'est pas le cas et la Ville doit procéder à cet examen. Le Préfet de police? D'ailleurs, vous êtes présent, je profite de votre présence pour vous inviter également à procéder à cet examen post-J.O. et à envisager éventuellement le retrait de cette barrière.

Je crois comprendre du propos introductif de Mme la Maire que vous êtes prêt, Monsieur le Préfet de police, à revenir sur la position prise de manière un peu intempestive par votre prédécesseur et à travailler en bonne intelligence et de concert avec la Ville de Paris à un projet de piétonisation du site. Je m'en réjouis et, vous l'aurez compris, les écologistes voteront bien volontiers pour le v?u de l'Exécutif et nous vous invitons à faire de même. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup. M. Ian BROSSAT, coprésident du groupe Communiste et Citoyen.

M. Ian BROSSAT. - Merci, Madame la Maire.

Au fond, de quoi s'agit-il avec ce texte, avec ce projet ? Il s'agit à nouveau d'un projet de piétonisation, d'un projet de végétalisation. Je voudrais le dire parce que quand j'entendais nos collègues de droite tout à l'heure, en particulier le maire du 16e arrondissement, nous parler d'acharnement contre le 16e arrondissement, nous parler de défense de la beauté contre ceux qui voudraient la détruire, de défense du patrimoine, une fois de plus, il s'agit simplement de piétonniser et de végétaliser la place du Trocadéro.

C'est quand même extraordinaire d'en venir à considérer qu'un projet comme celui-là est un projet qui viendrait punir, d'une certaine manière, les habitants du 16e arrondissement, comme si les habitants du 16e arrondissement n'avaient qu'une seule aspiration dans la vie, celle de voir leur espace public rempli par des voitures.

Au fond, en vous écoutant, je repensais à ce que nous avons vécu dans cette Assemblée, au Conseil de Paris, depuis vingt ans, à chaque fois qu'il a été question de piétonisation et de végétalisation. C'est vrai, c'est vrai que vous avez une certaine constance dans ce domaine. Et pour ce qui est de l'acharnement, j'ai plutôt le sentiment qu'il est de votre côté, c'est cet acharnement à avoir systématiquement tort à chaque fois qu'il a été question d'engager des projets comme celui-là.

De la constance, de l'acharnement, de l'obstination à vous faire les relais du lobby de la voiture dans cette enceinte, c'était le cas en 2007, lorsque vous n'étiez pas favorables à Vélib', parce qu'effectivement c'était un mode de circulation différent de celui que vous défendez.

En 2013, par exemple, nous avons inauguré - la Maire de Paris était là, Bertrand DELANOË était encore Maire - la première phase de la reconquête des voies sur berges. D'ailleurs, à l'époque, Mme DATI, qui était déjà maire du 7e arrondissement, s'y était opposée, là aussi avec acharnement, ce qui ne l'a pas empêchée d'être présente à l'inauguration et d'expliquer qu'elle trouvait cela formidable. Et le Maire de Paris de l'époque lui avait d'ailleurs fait remarquer. Ensuite, en 2016, il y a eu la deuxième phase de reconquête des voies sur berges et vous vous y êtes à l'époque opposés également. Vous êtes allés avec la maire du 5e arrondissement, si ma mémoire est exacte, jusqu'au tribunal pour empêcher la reconquête des voies sur berges?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - La maire du 9e aussi.

M. Ian BROSSAT. - Et les Parisiens qui se promènent sur les voies sur berges doivent savoir que vous n'étiez pas favorables à ce projet.

Et ce week-end encore, vous vous êtes opposés à la réduction de la place des S.U.V. dans le cadre de la consultation que nous avons organisée. Bref, à chaque fois qu'il est question de réduire la place de la voiture, vous vous faites les défenseurs de la voiture. C'est d'ailleurs ce qui vous a conduits à être battus systématiquement aux élections municipales avec, là aussi, une certaine constance et un certain acharnement des Parisiens contre vous et contre les positions que vous défendez. C'est la raison pour laquelle, pour ce qui nous concerne, nous allons évidemment au sein de notre groupe voter ce v?u, parce que nous sommes convaincus qu'il va dans le bon sens, qu'il nous permet la reconquête de l'espace public dans le 16e arrondissement, mais cela vaut aussi pour les autres arrondissements de Paris. C'est essentiel pour les piétons parisiens, c'est essentiel aussi pour la qualité de l'air et c'est un combat que nous sommes heureux de mener à vos côtés, Madame la Maire.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur le Président, merci.

Dernière oratrice, Mme Catherine IBLED pour le groupe "Indépendants et Progressistes".

Mme Catherine IBLED. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, ce débat, appelé facilement Trocadéro alors qu'il aura des impacts sur tout l'Ouest parisien, a un mérite : mettre en évidence et en toute transparence vos méthodes basées sur une aveugle obstination délibérée. Obstination, parce que depuis 2019 et la présentation du projet OnE, tout, absolument tout est mal emmanché. Absolument tous les acteurs sérieux vous ont invité à retrouver la raison et plus de pragmatisme sur ce projet.

Votre présentation, très jolie, je dois l'avouer, à grand renfort d'images de synthèse et de "slow motion" fantasmait une situation idyllique. Soyons clairs et évitons les caricatures, il est nécessaire effectivement d'améliorer l'espace public Trocadéro/pont d'Iéna.

Ce secteur patrimonial exceptionnel, offrant l'une des plus belles perspectives de Paris, attirant des millions de touristes, ne peut pas se satisfaire de cet aménagement actuel. Pour autant, il est aussi un c'ur battant des axes de déplacement de l'Ouest parisien, un lien entre deux rives de la Seine. Trouver l'équilibre entre la valorisation du patrimoine, la création d'une zone pacifiée, végétalisée et la nécessaire circulation intra-muros est donc un vrai défi.

Les défis de cette taille, ils se relèvent en équipe. Or, vous êtes seuls et vous vous obstinez. Ainsi l'avis de 6.000 Parisiens recueilli par l'enquête publique peut vous importer. L'avis des élus du 16e arrondissement peut vous importer. L'avis du Préfet de police peut vous importer. Et même l'avis répété des tribunaux.

Vous êtes dans la pensée magique, vous réussissez même ce tour de force d'ignorer le passif de ce projet dans la présentation de ce v?u. La vérité, c'est que la Ville montre une fois de plus qu'elle ne sait pas travailler avec ses partenaires. En l'occurrence, le Préfet de police qui lui a opposé une opposition constante et argumentée, disant que le projet n'était pas viable car, je cite : "Avec ce projet de restriction de la circulation dans le secteur de la Tour Eiffel, il est à craindre des reports de circulation importants et des retenues qui pourraient gêner l'intervention des secours".

Mais la Ville ne se contente pas de défier l'autorité de la Préfecture, elle fait aussi fi de la justice. Le jugement du Tribunal administratif de Paris à la Cour d'appel de Paris, qui conforte sans équivoque la décision de la Préfecture de police, n'est pas respecté. La preuve : vous remettez le travail sur le métier.

On ne sait pas par où commencer. Vous me direz, cela vous arrange bien, vous n'avez pas actualisé la dépense budgétaire de ce projet dans le v?u. Nous étions à 107 millions d'euros, mais on ignore encore où trouver le premier euro. Aussi importantes que les sources de financement, les études sur le trafic sont, elles aussi, aux abonnés absents. Ont-elles été mises à jour ? On ne sait pas.

Enfin et j'en terminerai par là, il y a des oubliés par milliers, je parle des riverains. Vous n'avez pas pris en compte leurs demandes, vous n'avez même pas fait semblant de les écouter et de tenter de les convaincre, vous les avez méprisés. C'est bien dommage, c'est même triste. Pourtant, ces milliers de Parisiens avaient besoin d'être écoutés. Par exemple, dimanche avait lieu la votation citoyenne sur les S.U.V. et c'était une formidable occasion d'y adosser un autre vote, comme l'ont fait certaines maires d'arrondissement, comme Florence BERTHOUT dans le 5e. Dimanche, dans le 16e, on aurait pu aussi appeler les Parisiens à se prononcer sur l'avenir de ce secteur. Je confirme que cela ne concerne pas que le 16e arrondissement. La démocratie participative, ce n'est pas seulement dans les discours, c'est aussi dans les actes. Voilà une occasion manquée.

Vous l'aurez compris, notre groupe "Indépendants et Progressistes" ne votera pas ce v?u. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Les maires d'arrondissement avaient tout à fait la possibilité de poser des questions et c'est une question à poser à mon collègue Jérémy REDLER, mais ce n'est pas le sujet de maintenant.

Je vais donner la parole à Emmanuel GRÉGOIRE pour vous répondre, puis bien sûr à M. le Préfet de police.

Emmanuel GRÉGOIRE ?

M. Emmanuel GRÉGOIRE, premier adjoint. - Merci beaucoup, Madame la Maire.

Merci à tous les intervenants sur un v?u qui a le mérite de revenir à l'essentiel et de corriger les très graves inexactitudes qui ont été formulées, en particulier venant d'une Ministre de la Culture.

D'abord, sur la genèse du projet, je ne vais pas rentrer dans le détail, nous en avons maintes et maintes fois parlé dans notre Assemblée, mais j'ai entendu au moins deux erreurs factuelles qu'il me paraît nécessaire de corriger.

La première serait de laisser entendre que nous avons sur ce projet avancé de façon isolée, alors que, contrairement à ce que vous avez dit, Madame la Ministre, l'intégralité des services compétents de l'Etat, qui ont été saisis et que nous avions l'obligation de saisir, ont donné un avis favorable sur l'instruction du permis d'aménager et sur les six permis de construire qui ont été délivrés.

Le deuxième sujet est celui de la Préfecture de police. M. le Préfet aura l'occasion de s'exprimer, mais je voudrais au moins rappeler ce qu'il s'était passé avec son prédécesseur. La Préfecture de police avait validé l'intégralité des documents de ce projet avec des avis favorables - il n'y a pas plus favorable que favorable - sur le permis d'aménager et sur les permis de construire. Et effectivement, tout à la fin, le Préfet de police, prédécesseur de Laurent NUNEZ ici présent, nous a écrit - il a même eu la délicatesse de nous dire qu'il le faisait sur instruction politique du Gouvernement et c'est le Préfet de police qui le dit - que finalement c'était non et qu'un biais juridique, que vous avez bien mentionné et qui est celui de la non-signature des réunions d'ouverture de chantier, R.O.C., le bloquait.

Dernier point, et ce sont là aussi beaucoup d'inexactitudes pour ne pas dire des mensonges, la contestation de la justice. La justice n'a absolument pas dit que nous n'avions pas respecté les procédures, elle a dit : quand bien même l'Etat a dit oui à toutes les étapes qui ont précédé, l'Etat a le droit de changer d'avis et il a changé d'avis. C'est cela qu'a dit la justice. A toutes les étapes, on a été accompagnés positivement et à la fin des fins, c'était un non. Chose que nous avons contestée en justice administrative, parce qu'il nous paraissait incongru de dire non à la fin après avoir dit tout le temps oui pendant tout le processus. C'est parfois quelque chose qui peut surprendre : la justice a dit oui, mais en l'occurrence l'Etat peut encore bloquer.

Le sens de ce v?u, et c'est l'essentiel, est de rappeler les grandes orientations du projet. Vous avez observé que le v?u ne parle pas du pied de la Tour Eiffel, sur lequel la Maire a déjà annoncé que le projet allait être revu et qu'il n'y aurait pas de construction au pied de la Tour Eiffel, mais par contre que nous avions l'intention de poursuivre la restauration et la végétalisation des abords de la fontaine de Varsovie et celles-ci ont déjà été réalisées.

C'est la question de la piétonisation partielle de la place du Trocadéro, avec la création de 4.000 mètres carrés d'espaces verts supplémentaires, avec davantage d'espaces pour les piétons, pour les vélos et pour les bus, la piétonisation partielle du pont d'Iéna avec le maintien simplement pour les bus et les taxis, notamment pour ne pas empêcher la bonne circulation et la fluidité des mobilités des Parisiens et des touristes, la question de l'amélioration et de la recomposition du quai Branly pour faire en sorte que la promenade depuis la station de métro Bir-Hakeim soit élargie, plantée de façon massive. Au total, on est à plus de 8.500 mètres carrés de surfaces végétalisées supplémentaires, près de 200 arbres supplémentaires, 35.000 mètres carrés de voirie apaisée.

A la fin des fins, c'est un projet que porte la Maire et que porte notre majorité, c'est-à-dire plus de place pour les piétons, plus de place pour la nature, plus de place pour les mobilités douces, et votre opposition n'est fondée que sur un seul argument qui est celui des impacts de trafic.

Il y a eu des études d'impact avec plus de 1.000 pages sur le projet tel qu'il avait été formulé initialement. Et à la fin, comme cela a été rappelé, à chaque fois depuis vingt ans, vous vous opposez à un projet, vous finissez par dire que vous l'auriez fait mieux et vous finissez par dire que vous ne reviendrez pas dessus. A quel moment prendrez-vous conscience que vous allez contre le vent de l'histoire, qu'à chaque fois vous êtes obligés de vous dédire vous-mêmes ?

Il me paraîtrait plus intéressant que nous y travaillions en ce sens et c'est dans le cadre de la préparation de ce projet amendé, puisque c'est un projet Trocadéro/Iéna, que nous présenterons de nouvelles copies, comme l'a dit la Maire, au Préfet de police et à ses services.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, cher Emmanuel GRÉGOIRE. Monsieur le Préfet de police, vous avez bien sûr la parole.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Merci beaucoup, Madame la Maire.

Madame la Ministre, Mesdames et Messieurs les Conseillers de Paris, j'ai bien le sentiment que ma parole est attendue sur ce sujet du projet d'aménagement Trocadéro/Iéna/Champ-de-Mars.

Je voudrais d'abord rappeler quelque chose d'extrêmement important au regard des débats qui ont eu lieu. La première chose est que je ne m'exprime et je ne prends des décisions que dans le cadre de mes compétences que je voudrais rappeler.

M. GRÉGOIRE cite effectivement un certain nombre d'avis favorables, qui ont pu être donnés par les services de l'Etat, sur des documents d'urbanisme, comme des permis d'aménager. Je ne conteste évidemment pas ce qui vient d'être dit sur les positions qui ont pu être celles de l'Etat sur ce dossier, je veux simplement rappeler que le Préfet de police est compétent pour s'assurer de la fluidité du trafic, notamment pour les véhicules de secours et de sécurité, sur un certain nombre d'axes, où parfois je peux émettre des prescriptions à l'intention de Mme la Maire sur des projets d'aménagement. D'autres fois je peux même m'y opposer puisque je suis compétent si on considère que ce sont des axes essentiels pour le bon fonctionnement et la bonne circulation des services de secours, ainsi que pour la protection des institutions, par exemple lorsque nous sommes aux abords de palais nationaux, d'ambassades et autres. Il se trouve que la place du Trocadéro figure dans cette catégorie de voies sur lesquelles je suis directement compétent. Donc mon avis compte évidemment beaucoup, mais il ne doit reposer que sur des considérations qui ont trait à la circulation. C'est le premier point que je voulais développer.

Deuxièmement, sans corriger Emmanuel GRÉGOIRE, je voudrais juste rebondir sur ce qu'il a dit. Effectivement, mon prédécesseur avait opposé, en mai 2022, une fin de non-recevoir à ce projet. Je dois à la vérité dire que, lorsque j'ai pris mes fonctions, et vous le savez très bien, Madame la Maire et Monsieur GRÉGOIRE, j'ai repris à mon compte la position de mon prédécesseur. C'est bien pour cela d'ailleurs qu'une action en justice a été engagée et la cour administrative d'appel de Paris a dit exactement qu'elle considérait que les études, qui avaient été produites notamment par la Ville de Paris, ne permettaient pas de remettre en cause l'appréciation qui avait été celle de mon prédécesseur et qui était la mienne sur les perturbations, les embarras de circulation qui pouvaient résulter de ce projet. C'est ce que dit la cour administrative d'appel.

Que s'est-il passé ensuite ? Puisque c'est ça qui est intéressant, c'est de voir ce qu'il s'est passé après cette décision. La Ville de Paris en a tiré un certain nombre de conséquences, qui m'ont été exposées et qui portaient sur le fait évidemment qu'il fallait faire bouger le projet, qu'il fallait l'améliorer et qu'il fallait répondre à un certain nombre d'interrogations qui subsistaient, notamment sur les embarras de circulation.

J'ai reçu, fin 2023, une étude de trafic de la Ville de Paris et deux nouvelles demandes d'instruction du projet. A ce stade, au moment où je vous parle, il subsiste encore des interrogations - et j'en ai parlé avec Mme la Maire de Paris - sur plusieurs points.

D'abord, le projet tel qu'il est présenté à mes services, et cela résulte d'un certain nombre de réunions techniques, n'est pas tout à fait le même que celui que nous avions précédemment examiné. Contrairement à ce que j'ai pu entendre, ce n'est pas tout à fait le même et je pourrais vous citer un certain nombre de voies, d'avenues, dont le sens de circulation a pu changer ; ici, on crée une piste cyclable et ce n'était pas prévu. Moi, je suis dans l'incapacité de mesurer les impacts de ces changements sur la circulation. Donc, comme nous l'avons demandé, nous avons besoin de nouvelles instructions techniques. Et je comprends, de ce que vous avez dit, Madame la Maire, que ces instructions nous seront fournies et c'est absolument indispensable pour pouvoir nous prononcer.

Puis un deuxième sujet qui demeure : cette étude de trafic qui a été produite laisse à penser que l'on a toujours, sur certains axes parisiens qui sont importants pour la circulation des véhicules de secours et de santé, des embarras de circulation. Je pense notamment au pont de l'Alma, à la place de Concorde, à l'avenue Georges-Mandel qui impactent très directement le Trocadéro. Tout cela justifie que nous travaillions encore ce projet. Je note, Madame la Maire, que vous avez proposé que nous poursuivions ce travail, mais voilà ce que je voulais vous dire très rapidement. En l'état du dossier, et je crois qu'il faut que les services techniques de la Ville le comprennent, le Préfet de police n'est pas conduit à revenir sur la position qui a été exprimée. Je dis bien en l'état du dossier. J'ai besoin de cette instruction technique et je prends surtout bonne note, Madame la Maire, de ce que vous avez indiqué, que cette instruction allait se poursuivre et que nous allions avoir les documents que nous demandons, tant sur les aménagements nouveaux du projet, car j'insiste pour dire qu'il y a des aménagements nouveaux, que finalement sur le travail que nous devons poursuivre sur les impacts en termes de circulation, notamment pour les véhicules de sécurité et de santé.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur le Préfet.

Je confirme que très rapidement, puisque toutes les études et les instructions complémentaires sont terminées, très rapidement ces documents vont vous être transmis et nous allons pouvoir avancer sur ce projet fondamental.

C'est d'ailleurs en intégrant, comme nous le faisons systématiquement sur nos aménagements, la possibilité et la facilité plus grande, notamment pour les services de secours et de police, d'utiliser les nouveaux aménagements beaucoup moins encombrés lorsqu'il s'agit de pistes cyclables ou de couloirs dédiés aux bus et aux taxis.

Tous ces éléments vont vous être fournis. Et dans le travail que nous menons maintenant depuis plusieurs mois ensemble, je tiens à dire ici que, quand j'entends des expressions visant à instrumentaliser M. le Préfet de police dans un sens ou dans l'autre, pour moi, c'est un haut fonctionnaire, un grand commis de l'Etat, avec lequel j'ai un dialogue de confiance, respectueux, et avec lequel je n'ai pas besoin de leçons quant à la façon dont je travaillerais avec mes partenaires.

Il se trouve qu'avec le Préfet de police notamment, mais avec le Préfet de Région aussi, je travaille en très bonne intelligence parce qu'on a une chance à Paris qui est d'avoir, au niveau de cette représentation de l'Etat déconcentré, sans doute le niveau le plus élevé de compétences des hauts fonctionnaires que notre pays connaisse. Donc je ne peux que m'en satisfaire.

Je le dis ici, c'est vraiment un plaisir de travailler de façon rationnelle, et non politicienne ou instrumentalisée, avec des hauts fonctionnaires qui ont la considération, la haute considération de la fonction qui est la leur, à savoir celle de la représentation d'intérêt général.

C'est comme cela que l'on va poursuivre notre travail ensemble et que je vous donnerai rendez-vous pour l'inauguration parce que, je n'en doute pas, vous serez là pour l'inauguration. Merci beaucoup.

Je vais mettre aux voix, à main levée, le v?u n° 9 de l'Exécutif avec un avis favorable de l'Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Ne prend pas part au vote ?

Le v?u est donc adopté avec une majorité de cette Assemblée. (2024, V. 3).

Je n'ai pas compris, vous vous abstenez ?

D'accord, donc le groupe MoDem, Démocrates et Ecologistes?

Et le groupe GIP ? Abstention aussi ? Pardon, je n'ai pas compris. Donc abstention. Abstention, vote contre et vote pour du reste de l'Assemblée. Merci beaucoup à vous et ce v?u est donc adopté. Merci, Monsieur le Préfet de police.

 

Février 2024
Débat
Conseil municipal
retour Retour