2023 DAC 325 - Attribution de la dénomination théâtre Sarah Bernhardt au théâtre situé 2, place du Châtelet (4e).
M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Nous passons à l'examen du projet de délibération DAC 325. Il s'agit de l'attribution de la dénomination "Théâtre Sarah Bernhardt" au théâtre situé 2, place du Châtelet.
Il y a de nombreux inscrits sur ce projet de délibération. En commençant par vous, Madame Corine FAUGERON.
Mme Corine FAUGERON. - Merci, Monsieur le Maire.
Ce projet de délibération concerne le théâtre situé 2, place du Châtelet. Ce théâtre a été construit par Gabriel Davioud en 1862, en même temps que le théâtre du Châtelet auquel il fait face et que la Chambre des notaires qui ferme la place au Nord. Il brûle en 1871 et est reconstruit aussitôt par le même Gabriel Davioud qui, soit dit en passant, ne faisait pas que des bancs. Inauguré sous le nom de "Théâtre lyrique", il est rebaptisé "Théâtre des Nations" au début de la Troisième République. Sarah Bernhardt en prend la direction en 1899, lui donne son nom et le dirige pendant 24 ans, jusqu'à son décès en 1923.
Au cours de mes recherches sur l'histoire de ce théâtre, j'ai trouvé un article de "Com?dia", journal culturel quotidien, qui est paru le 29 juillet 1924, où il est question de la nomination du nouveau directeur de ce théâtre. Nomination qui provoque un épisode houleux entre la 2e et la 4e Commission de la Ville. Cependant, en hommage à la grande comédienne, le Conseil municipal lui conserve son nom. Dans cet article, il expliquait que la Ville n'a pas de théâtre, mais est seulement la propriétaire d'un immeuble municipal situé au 2, place du Châtelet, pour lequel elle choisit un locataire.
A la demande de l'occupant, en raison des origines juives de Sarah Bernhardt, Charles Dullin, le nouveau directeur du théâtre, le rebaptise "Théâtre de la Cité" en 1941. Dès 1947, le théâtre reprend son nom de "Sarah Bernhardt". En 1968, après la transformation radicale de la salle à l'italienne en auditorium, le théâtre prend le nom de "Théâtre de la Ville". Il est étonnant qu'au moment de la naissance du mouvement d'émancipation des femmes, la Ville de Paris ait décidé de faire disparaître de l'espace public le nom d'une femme libre et mondialement connue.
Avant même d'être élue, en féministe parisienne, j'ai toujours appelé ce théâtre "Sarah Bernhardt". C'est un combat que je mène avec d'autres femmes et depuis de nombreuses années au sein du Conseil du 4e arrondissement, puis du conseil du premier secteur, aux côtés de Benoîte LARDY et du maire de Paris Centre, Ariel WEIL.
Dans le dernier v?u, adopté à l'unanimité du conseil du premier secteur, nous demandions que le nom de Sarah Bernhardt figure sur la façade côté place du Châtelet. Nos débats au sein de la 2e Commission ont fait aussi avancer le sujet, avec le soutien de Karen TAÏEB.
Cette année, grâce à l'exposition présentée au Petit Palais à l'occasion du 100e anniversaire de la mort de l'actrice, Sarah Bernhardt est revenue sur le devant de la scène. Cette même année se terminent enfin les travaux du théâtre. Toutes les conditions sont donc réunies pour honorer la mémoire de Sarah Bernhardt, eu égard à sa personnalité exceptionnelle et à son talent non moins remarquable. Nous allons, en votant ce projet de délibération, redonner à ce théâtre le nom qui l'avait rendu célèbre tout au long du XXe siècle.
Au début de l'exposé des motifs du projet de délibération, il est fait référence à un v?u voté lors de la séance du Conseil de Paris du 24 septembre 2018, qui proposait d'associer le nom de Sarah Bernhardt à celui du Théâtre de la Ville en le renommant "Sarah Bernhardt". Le délibéré de l'article de ce projet de délibération ne comporte qu'un seul article. Article 1 : la dénomination "Théâtre Sarah Bernhardt" est attribuée au théâtre situé 2, place du Châtelet, Paris 4e. Il n'y a même plus mention du Théâtre de la Ville.
J'espère que nous allons adopter à l'unanimité ce projet de délibération qui honore une grande femme artiste au c'ur de la ville. Je suis sûre que les quatre orateurs et oratrices qui vont me succéder ne manqueront pas de retracer dans le détail la brillante carrière de Sarah Bernhardt.
M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Corine FAUGERON. Nous poursuivons avec le maire de Paris Centre, Ariel WEIL.
M. Ariel WEIL, maire de Paris Centre. - Merci, Monsieur le Président.
Je serai très bref puisque Corine FAUGERON, en élue de Paris Centre depuis longtemps, membre de la Commission du Vieux Paris, passionnée par l'histoire du théâtre, a tout dit de ces différentes dénominations, de son histoire et de celle de Sarah Bernhardt à sa tête, qui a porté longtemps son nom pour cette raison. Je ne reviendrai pas sur ce sujet.
Simplement - Corinne l'a dit aussi - depuis des années, certaines femmes et même certains hommes portent ce combat pour le retour. Je voudrais aussi saluer Karen TAÏEB puisque cela fait des années qu'elle défend le retour du nom de Sarah Bernhardt sur le frontispice. C'est vrai que, jusqu'à maintenant, nous défendions surtout le retour de son nom accolé au Théâtre de la Ville : "Théâtre de la Ville - Sarah Bernhardt".
Mais je voudrais le dire ici : la Maire de Paris a tranché et souhaité aller plus loin encore que ce que nous portions dans les différents v?ux de la précédente mandature au Conseil de Paris et au Conseil de Paris Centre, en décidant finalement souvent le plus simple, le plus esthétique et le plus frappant, c'est-à-dire de tout simplement donner à ce théâtre le nom de "Théâtre Sarah Bernhardt". La simplicité est ici d'une élégance extrême.
Je ne reviens pas sur le parcours de Sarah Bernhardt. Je voudrais simplement dire, puisque Corine FAUGERON l'a proposé et évoqué, que Sarah Bernhardt est une figure au-delà de la très incroyable carrière qu'elle a faite - et qui a été très bien éclairée par l'exposition du Petit Palais qui montre comment Sarah Bernhardt, d'une certaine manière, appelée "la divine", a pu figurer la première star, la première diva de l'histoire - qui montre aussi le caractère moins connu des engagements de Sarah Bernhardt. Je pense notamment à son engagement aux côtés d'Emile Zola dans l'affaire Dreyfus, qui montre que Sarah Bernhardt, loin d'être une simple - et avec quel talent - actrice, directrice de scène, scénariste, a été également une femme engagée. C'est à ce titre qu'il convenait de lui rendre hommage, et je voulais le mentionner.
Corine, tu as raison, les conditions sont réunies, avec la réouverture du Théâtre de la Ville qui fait suite aux travaux du Théâtre du Châtelet, à ceux qui sont en cours à la Chambre des notaires et à ceux qui vont s'engager sur la place du Châtelet, pour qu'elle soit plus propice aux piétons, permette de circuler mieux et d'aller d'un théâtre à l'autre sur la place des deux théâtres, avec une programmation culturelle et artistique qui aura lieu à la rentrée sur la place, précisément entre les deux théâtres, et que j'appelle de mes v?ux.
Il me vient, en regardant le parcours de Sarah Bernhardt, cette idée qu'au fond, il fallait peut-être encore une condition qui soit réunie, et qui ne l'est que depuis seulement 3 ans : c'était l'union des 4 arrondissements de Paris Centre. Puisque cette union réunit les 2 théâtres qui jouxtent la place du Châtelet, dont l'un est situé dans le 1er arrondissement et l'autre dans le 4e. Ils sont désormais dans Paris Centre, comme est à Paris Centre la Comédie Française, dont on sait à quel point elle a joué un rôle important dans la carrière de Sarah Bernhardt, qui, d'abord, n'a pas pu en supporter les règles, puis sera accueillie après le triomphe de "Ruy Blas" parmi les sociétaires de la Comédie Française. Puis, l'Opéra-Comique. Je ne sais pas si tu as rappelé, Corine, dans l'énoncé de l'histoire du théâtre, qui avait brûlé et été reconstruit, qu'il a abrité un temps l'Opéra-Comique lui-même après qu'il ait brûlé. Opéra-Comique installé dans le 2e arrondissement. Sarah Bernhardt parvient aussi à faire, avec ces bâtiments, l'union des 1er, 2e, 3e et 4e arrondissements, qui sont des quartiers de culture et de théâtre. Je me félicite que son nom soit, d'une certaine manière, une brillante illustration et effigie pour notre centre de Paris. Merci beaucoup.
M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci beaucoup, Ariel WEIL. Nous poursuivons avec Mme Brigitte KUSTER.
Mme Brigitte KUSTER. - Merci, Monsieur le Maire. Chers collègues, je dois dire qu'après les deux interventions de mes collègues, très riches, pleines de sens, avec beaucoup de références historiques, j'ai peu de choses à dire. Très sincèrement, je voudrais vous féliciter pour la manière dont vous avez rappelé l'histoire de ce théâtre et son importance. Et vous aussi, Monsieur le Maire, le sens que vous y donnez, avec la chance que vous avez, dans Paris Centre, d'avoir de si hauts lieux culturels. Vous évoquiez tout à l'heure le Châtelet. Nous avons la chance de siéger ensemble au conseil d'administration du Théâtre musical de Paris, sur lequel nous reviendrons tout à l'heure. Il y a, en effet, une reconnaissance très forte - enfin - de Sarah Bernhardt sur cette dénomination attendue. Je salue ici les acteurs qui ont porté - avec nous tous, je pense, au sein de cet hémicycle - cette reconnaissance pour cette femme hors du commun. Vous avez aussi évoqué cette exposition qui a lieu à l'heure actuelle au Petit Palais et nous a fait découvrir - en tout cas, pour beaucoup - des aspects parfois inconnus du parcours de cette femme. Peut-être revenir sur le rôle qu'elle a tenu pendant l'Occupation. Car, vous l'avez rappelé, si le Théâtre Sarah Bernhardt avait été débaptisé, c'est en raison de ses origines juives. On en revient toujours à ce sujet terrifiant. Aujourd'hui, c'est une belle reconnaissance, que nous ne pouvons que partager tous, nous réjouir, car, au-delà de cette femme de culture, il y a aussi une femme politique, engagée, qui a joué un rôle pour notre pays que l'on ne peut que saluer.
M. WEIL vient de rappeler le projet de la place des Théâtres, pour que le Théâtre du Châtelet et le Théâtre Sarah Bernhardt puissent être en complémentarité. A l'heure actuelle, ils essaient de l'être au niveau programmatique. Saluons le fait qu'il y ait une lisibilité plus forte qui sera donnée à ce site parisien, avec, je l'espère, la concertation nécessaire concernant les aménagements qui iront avec. On ne peut que se réjouir de porter tous ensemble la nouvelle dénomination du Théâtre Sarah Bernhardt. Je vous remercie beaucoup.
M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Brigitte KUSTER. Nous poursuivons avec M. Christophe GIRARD.
M. Christophe GIRARD. - Merci beaucoup.
En effet, Sarah Bernhardt a eu une vie extraordinaire. Elle n'était pas seulement ce que vous avez décrit. Elle était aussi une peintre, une sculptrice très exceptionnelle, moins connue pour ce travail, ce qui est une erreur. Mais, grâce à une exposition actuelle, on peut mieux en connaître l'?uvre. Elle eut également une s?ur, beaucoup moins connue et pourtant remarquable, qui s'appelait "Jeanne-Rosine" et fut également comédienne.
C'est au Conseil de Paris de septembre 2018 que, sur la proposition de quelques élus de l'opposition - Julien BARGETON, Fadila MÉHAL, Anne-Christine LANG, Thomas LAURET et Didier GUILLAUME - au nom de l'Exécutif, j'avais accepté le v?u qui était présenté. Notre hémicycle l'avait voté à l'unanimité.
Aujourd'hui, je vais émettre un autre v?u. C'est de vous proposer d'avoir plus d'audace et d'imaginer que la place du Châtelet puisse porter le nom de Sarah Bernhardt.
Merci beaucoup. Cela vous laisse sans voix ? Ce serait formidable.
M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Christophe GIRARD, je voulais juste préciser que je crois que vous faisiez référence à Didier GUILLOT et pas à Didier GUILLAUME. Peut-être que je me trompe. Pour répondre à l'ensemble des orateurs, je donne la parole à Laurence PATRICE.
Mme Laurence PATRICE, adjointe. - Mes chers collègues, je vous remercie pour vos nombreuses interventions qui soulignent, par leur enthousiasme, le symbole fort que revêt cette dénomination tant attendue. 100 ans après sa disparition, la divine Sarah Bernhardt rayonne toujours comme une étoile, comme une icône, comme une incarnation de la scène française. Je suis particulièrement heureuse que Paris lui rende sa juste place au fronton de ce théâtre, qu'elle dirigea et marqua d'une empreinte indélébile. Se faisant, nous rendons justice à ce monstre sacré, comme l'a qualifié Cocteau, puisque la disparition de cette dénomination en 1941 - il faut insister - à l'initiative zélée de Charles Dullin, était destinée à complaire à l'occupant et à gommer le nom de cette immense artiste aux origines juives. Effectivement, il faut bien souligner que c'est une initiative zélée, que Charles Dullin est allé au-devant de la demande.
Au-delà du geste symbolique en mémoire de la grande Sarah, vous savez toutes et tous qu'une formidable exposition retrace sa vie, sa renommée, son ?uvre, au Petit Palais jusqu'à la fin du mois d'août. Nous pouvons saluer cet établissement de "Paris Musées" d'avoir fait ce magnifique travail.
C'est aussi - nous y tenons et nous nous y employons - le moyen de renforcer davantage la place des femmes dans un espace public parisien qui s'accorde encore trop au masculin.
Cela dit, j'aurai une réserve, cher Christophe GIRARD, puisque nous essayons qu'il n'y ait pas une multiplication de dénominations sur des espaces différents. Je suis un peu plus réservée sur le fait de donner le nom de Sarah Bernhardt à la place du Châtelet. En tout cas, alors que ma collègue Karen TAÏEB vient tout juste de permettre la recréation du buste d'Edmond Rostand, je sais qu'elle y était très attachée, ainsi que Carine ROLLAND. Ce buste avait été réalisé des mains de Sarah Bernhardt à la mort du dramaturge. Vous l'avez toutes les deux inauguré et installé place du Général-Catroux, dans le 17e arrondissement. Alors que ce théâtre au c'ur de Paris connaît depuis 2016 une rénovation d'ampleur - on en a assez parlé ici - je veux souligner et féliciter ma collègue Carine ROLLAND pour l'aboutissement, proche bientôt, et non seulement d'avoir travaillé sur le sujet, mais aussi d'avoir porté toujours très clairement cette ambition, qui est aussi et surtout l'ambition de la Maire de Paris de vouloir redonner le nom de Sarah Bernhardt à ce théâtre. Bien évidemment, je ne peux manquer d'y associer Emmanuel DEMARCY-MOTA, qui a toujours porté ce choix de dénomination. Voici donc une dénomination qui rimera, je le souhaite, avec une nouvelle ère pour cet équipement culturel municipal de premier plan, et contribuera à inspirer par son éclat de nouvelles générations de comédiennes, d'autrices et metteuses en scène. Mes chers collègues, il me reste à vous inviter à vous joindre à moi pour voter ensemble ce projet de délibération, pour que vive longtemps le nouveau Théâtre Sarah Bernhardt. Je vous remercie d'une belle unanimité, à ce que j'ai compris.
M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 325.
Qui est pour ?
Contre ? Abstentions ? Le projet délibération est adopté à l'unanimité. (2023, DAC 325).
Il est adopté, cette fois-ci encore, à l'unanimité !