relatif à la préservation du Marché aux Fleurs.
Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous examinons le v?u référencé n° 97 relatif à la préservation du Marché aux Fleurs.
La parole est à M. VÉRON, pour le groupe Changer Paris.
M. Aurélien VÉRON. - Madame la Maire, chers collègues, nous fêterons bientôt les 150 ans de la dernière grande rénovation du Marché aux Fleurs, île de la Cité. Pendant de nombreuses années, quasiment la moitié des espaces ont été maintenus fermés malgré les demandes d'occupation de l'espace faites par des artisans fleuristes. Les bâtiments sont vétustes, mal éclairés, mal isolés, ils fuient de partout, avec des installations sanitaires et fonctionnelles inadaptées. C?est pourtant un emplacement central très apprécié des visiteurs parisiens comme des touristes, à deux pas de Notre-Dame de Paris. Son environnement en bord de Seine est un exemple remarquable d'authenticité et de fraîcheur grâce aux fleurs, aux arbres. C?est un lieu de flânerie sous les auvents en fer forgé de Jean-Camille Formigé.
La Mairie s?était engagée à une réhabilitation patrimoniale ambitieuse, dans une logique de restauration et de revalorisation plus globale de la place et de son activité artisanale et commerciale. Nous avions voté à l'unanimité un budget de 4,9 millions d'euros fin 2020 pour des travaux prévus en 2023, cette année. Mais en 2022, le budget a été divisé par deux pour étaler sur deux tranches les travaux, donc deux fois 2,5 millions, et nous avons appris récemment que la Mairie ne versera finalement que 2,2 millions d'euros pour une première tranche, avant de céder ce lieu en concession pour une redevance modique, à charge au repreneur concessionnaire de réaliser la dernière tranche de travaux.
Alors, nous nous interrogeons, au groupe Changer Paris. A quelle sauce seront mangés les actuels artisans locataires, souvent âgés et usés par l'état général de ces halles et leur fermeture partielle depuis de nombreuses années ?
Lors de la réunion publique organisée pour les actuels locataires, une question à la Mairie a porté sur l'installation d'un Starbucks Coffee dans une des halles, au lieu d'un café parisien traditionnel. Pouvez-vous aujourd?hui le démentir ? Sachant qu'en laissant la situation se dégrader, vous avez fragilisé les artisans du Marché aux Fleurs, vous engagez-vous à préserver le caractère patrimonial, artisanal et authentique de ce Marché aux Fleurs, afin qu'il ne se transforme pas en un énième commerce touristique ? Merci, Madame la Maire.
Mme LA MAIRE DE PARIS. - La parole est à Mme Olivia POLSKI, pour vous répondre.
Mme Olivia POLSKI, adjointe. - Madame la Maire, cher collègue Monsieur VÉRON, je veux vous remercier pour ce v?u, car il me donne l'occasion de réaliser un petit point d'actualité sur ce Marché aux Fleurs, et je veux remercier également le maire de Paris Centre, Ariel WEIL, mon collègue Jacques BAUDRIER et les équipes de la Ville qui travaillent sur ce très beau projet, effectivement attendu par beaucoup de personnes. Pour celles et ceux qui connaissent bien le site, il s?agit de six halles indépendantes construites entre 1927 et 1930 et qui représentent 1.696 mètres carrés au sol. Elles accueillent une quinzaine de commerçants fleuristes. Cela a été dit, les diagnostics qui ont été réalisés ont confirmé la présence de pathologies structurelles entraînant la décision de réhabiliter ce marché historique qui est situé sur un site exceptionnel. Un phasage de projet a donc été décidé, vu la taille importante de ce projet, et les différentes procédures avancent au fur et à mesure. Ainsi, l'architecte a été désigné par la Ville à l'été 2022. Il s?agit de l'agence Lagneau Architectes, qui a été fondée en 2014 par Jean-François LAGNEAU, et cette agence spécialisée dans la protection du patrimoine est intervenue sur plusieurs projets emblématiques de notre Ville, comme la Samaritaine, la Poste du Louvre, l'hôtel de Lauzun, etc. C?est déjà une première garantie, en ce qui nous concerne, sur notre ambition de garder un caractère patrimonial à ce lieu. Pour toute réhabilitation de ce type, il est nécessaire d'engager une première phase d'études, et celle-ci a débuté en octobre et s?achèvera en fin d'année. Le premier semestre 2023 permettra d'établir l'avant-projet définitif et le permis de construire. Au second semestre 2023, débutera la phase d'instruction du permis de construire. L?avis d'appel à concurrence précisera que le concessionnaire exploitera le site autour de la thématique florale en proposant d'autres activités autour de la vente de la fleur au détail et d'autres plantes. L?idée est de garder un site emblématique qui soit tourné autour de la fleur, coupée ou pas, d'ailleurs, et qu'on reste sur cette ambition. Nous voulons aussi que ce soit un lieu où les gens prennent plaisir à venir et qu'il y ait encore plus de flux qu'auparavant. Il n'est pas prévu de Starbucks ; je ne sais pas d'où vient cette idée, qui est surréaliste. Bon, c'est comme cela, ce n'est pas la première fois qu'il y a des choses qui planent sans que ce soit fondé. Nous avons l'ambition qu'il y ait une petite activité de restauration pour animer ce lieu, mais il n'est pas du tout prévu d'y installer ce genre d'enseigne. Je ne sais pas d'où cela vient. En tout cas, ce qu'on appelle le D.C.E. permettra l'idée du maintien de la thématique florale et d'une petite diversification des activités, mais sûrement pas dans ce style. L?idée est de garder ce lieu de destination autour de la fleur, emblématique à Paris. Le démarrage des travaux est prévu à l'automne 2024, post-J.O., pour une livraison de la première tranche avant la fin de cette mandature et je serai évidemment ravie de vous voir nombreux à l'inauguration de ce bâtiment. Merci.
Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup à vous.
Je donne la parole à M. Ariel WEIL, maire de Paris Centre.
M. Ariel WEIL, maire de Paris Centre. - Merci, Madame la Maire et chers collègues.
Cher Aurélien VÉRON, je voulais quand même rappeler ici que la Ville de Paris, et Olivia POLSKI vient de le rappeler aussi, n'a évidemment pas attendu vos v?ux pour porter ses exigences. Au contraire, dès le début de la mandature, je crois que vous n'aviez pas encore le sujet en tête que je bataillais déjà que pour la réflexion, la restauration du Marché aux Fleurs - Reine-Elizabeth II - permettez-moi de donner tout son nom, que j?aime à prononcer dans ce contexte -, afin que ce budget soit assuré. Vous vous rappelez le contexte sanitaire et budgétaire un peu darwinien, dans lequel beaucoup de projets étaient en concurrence. Je l'avais inscrit comme l'un des grands projets de la mandature, j?avais demandé à la Ville de le financer en investissement et je m?en étais assuré, et je remercie la Maire de Paris qui nous a effectivement donné son accord pour le mettre dans les projets de Paris Centre, qui étaient financés en début de mandature, avant même que nous recouvrions des marges financières. Je remercie aussi d'ailleurs Jacques BAUDRIER pour son soutien sans faille dans le portage de ce projet.
Il y a plusieurs erreurs dans votre v?u que je voudrais relever. D?abord, sur la méthode et sur le budget. L?investissement massif dans la réflexion, dans l'état de l'art, de l'entièreté des halles de ce marché est à présent garanti. Il est garanti par la délibération qu'on avait passée en 2019, mais surtout par sa mise en ?uvre et le déblocage du budget. Et le montage est transparent, il n'y a pas de problème. La première tranche, et Olivia POLSKI vient de le rappeler, sera réalisée directement par les équipes de la Ville avec la restauration des deux halles qui en ont le plus besoin et qui sont près du tribunal de commerce, avec aussi la dépose, puisque vous parlez d'authenticité - elle n'est pas tout à fait avérée aujourd?hui - de ces baraquements non historiques qui sont sur les quais et qui empêchent les piétons de passer. Ils seront déposés, j?y tiens aussi.
Cette première tranche, certes, est à 2,2 millions, 2,25 millions pour être précis, mais je vous rappelle que l'entièreté du projet sera financée et, encore une fois, peu importe le montage. Le projet avait été estimé à 5,5 millions, c'était déjà la troisième révision de ce projet qui, au départ, était 1 million d'euros. Au bout du compte, ce sera un million de plus que ce qui a été voté par la délibération de 2020 qui sera dépensé sur ce projet. Je le dis, peu importe le montage. Moi, ce dont je me félicite, c'est que ces halles soient restaurées, qu'elles le soient dans les règles de l'art et qu'au fond, on y dépense plus d'argent même que ce qui était prévu, enfin tout l'argent qui est nécessaire pour le faire.
Au passage, je corrige une autre erreur : les halles, telles que vous les voyez aujourd?hui et qui vont être restaurées, n'ont pas un siècle et demi, mais à peine un siècle, car ce ne sont pas les halles historiques. Pardon de cette petite correction historique, ce ne sont pas les halles haussmanniennes, c'est la reconstruction par Formigé, mais plutôt à partir de 1924. Et on en fêtera donc le centenaire, et non pas le cent-cinquantenaire.
Ensuite, sur le caractère de ce marché et sur ses activités, je voudrais rappeler qu'évidemment, c'est un marché aux fleurs et que je tiens à ce qu'il conserve cette activité. Vous l'avez entendu dans la commission de concession, j?ai énormément insisté en ce sens, toute autre activité ne peut être que marginale. Elle ne peut être que marginale au même titre que sont autorisées aujourd?hui les activités marginales dans les marchés couverts. Vous le savez, car cette réglementation a déjà changé il y a plusieurs années et elle permet justement de conforter les marchands dans les marchés couverts comme ici au marché aux fleurs, de leur donner une activité qui puisse établir une santé financière qui, vous le savez, est très fragile.
Et évidemment, ce n'est pas simplement un projet de restauration patrimoniale. C?est aussi un projet de reformulation du règlement de ce marché qui n'allait pas très bien depuis des années. Le règlement doit donc être refait et il s?agit d'instaurer un nouveau dynamisme. Au passage, on s?est débarrassé aussi, pour le coup, d'une activité très marginale et surtout très illicite qui était la vente de marché aux oiseaux, mais je crois que vous étiez contre. En tout cas, pour le Marché aux Fleurs, c'est une délivrance et on va pouvoir ainsi recentrer ce marché sur les fleurs, plutôt que sur des oiseaux et sur des activités illicites et parasites.
Enfin, je termine en disant que je vais même bien plus loin que le v?u, au-delà de ses erreurs corrigées, en souhaitant non seulement que ce soit le marché dans ses halles historiques, dans son règlement et son fonctionnement qui soit restauré autour de l'activité de la vente des fleurs, mais également que nous allions plus loin en exploitant tout le potentiel de plantation d'arbres. J?ai déjà repéré un potentiel important, je pense que des dizaines d'arbres peuvent être plantés là où on aura reconquis l'espace pour les piétons le long des quais, et je souhaite également que nous puissions piétonniser et refaire toutes les allées, évidemment avec les zones de livraison qui s?imposent, mais que nous puissions revoir tout cela holistiquement, comme j?aime bien le faire, avec la Maire de Paris. Quand on intervient et qu'on refait, on en profite pour tout refaire, de sorte que ce soit plus favorable aux piétons et plus agréable pour eux.
C?est la demande que je formule, à savoir que la réfection du Marché aux Fleurs, la restauration des halles s?accompagne d'une réflexion globale, holistique, totale de toutes ces allées qui seront demain beaucoup plus verdoyantes. Je vous remercie.
Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, cher Ariel WEIL, pour toutes ces précisions.
Je mets aux voix, à main levée, la proposition de v?u référencée n° 97 déposée par le groupe Changer Paris, assortie d'un avis défavorable de l'Exécutif.
Qui est pour ? Contre ? Abstentions ? La proposition de v?u est repoussée.