2022 DAC 394 - Apposition d'une plaque commémorative en hommage à Paul Vergara, Marcelle Vergara, Marcelle Guillemot et Suzanne Spaak, Justes parmi les Nations, à l'Oratoire du Louvre, 145, rue Saint-Honoré (1er).
M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Nous examinons le projet de délibération DAC 394. Il s'agit de l'apposition d'une plaque commémorative en hommage à Paul Vergara, Marcelle Vergara, Marcelle Guillemot et Suzanne Spaak, Justes parmi les Nations, à l'oratoire du Louvre, 145, rue Saint-Honoré dans le 1er arrondissement.
La parole est assez logiquement à Ariel WEIL, maire de Paris Centre.
M. Ariel WEIL, maire de Paris Centre. - Merci, Monsieur le Maire.
Mes chers collègues, le 16 septembre dernier, nous avions dévoilé la plaque qui inaugurait le Jardin mémorial de la Saint-Barthélemy devant l'église Saint-Germain-l'Auxerrois pour rendre hommage aux milliers de victimes protestantes dont la plupart des noms ont été oubliés.
La mémoire de l'histoire protestante dans le Centre de Paris ne doit pas s?arrêter aux souvenirs de la persécution effroyable dont son peuple a été la victime, elle doit aussi honorer le courage et la dignité exceptionnelle de ceux qui ont su combattre la persécution sous toutes ses formes, même lorsqu?elle ne les visait pas, ceux par qui les valeurs fondamentales de l'humanité ont su être préservées à un moment où elles étaient reniées, pourfendues et renversées par un régime de l'horreur.
Sous l'Occupation, les pasteurs de l'Oratoire du Louvre ont pris rapidement position, dans le cadre de leurs prédications mais aussi par le biais d'une lettre adressée au maréchal Pétain, contre la politique discriminatoire et répressive menée à l'égard de la population juive. Le pasteur, Paul Vergara, directeur de la Clairière - l'?uvre sociale de l'Oratoire avec laquelle nous travaillons encore aujourd?hui au quotidien - avec l'aide de l'assistante sociale Marcelle Guillemot et de sa femme Marcelle Vergara hébergent des enfants juifs et leur fournissent de faux papiers avant de les envoyer en lieu sûr.
Répondant à un appel de Suzanne Spaak, membre du Mouvement national contre le racisme et du réseau de renseignement de l'Orchestre rouge, que vous connaissez sans doute par le très bel ouvrage de Gilles PERRAULT, ils réussissent en février 1943, grâce à la complicité des paroissiens de l'Oratoire, à sauver des rafles 63 enfants juifs, âgés de 3 à 18 ans. Suzanne Spaak est arrêtée par la Gestapo quelques mois plus tard. Suzanne Spaak est torturée puis fusillée quelques semaines seulement avant la Libération de Paris.
Paul et Marcelle Vergara, Marcelle Guillemot et Suzanne Spaak sont reconnus par Yad Vashem Justes parmi les Nations dans les années 1980.
A quelques siècles d'intervalle, un massacre et une extermination meurtrissent à jamais la France depuis le c'ur de notre Capitale. Mais peut-être faut-il trouver un réconfort à ce que les héritiers des victimes du premier ?uvrent pour sauver celles du second. Face à une histoire qui bégaye, certains se dressent contre son cours sanguinaire. Et il est, je crois, crucial que le c'ur de notre Capitale inscrive en son sein la marque de ces héritages croisés, rappelant d'une part l'ignominie des persécutions subies, et d'autre part la valeur héroïque et morale des persécutions déjouées.
Cette place du Louvre, à laquelle je souhaite par ailleurs redonner une dimension centrale dans la ville - nous aurons sûrement l'occasion d'en reparler - doit être le relais actif pour chaque visiteur qui la traverse, Parisien, Français ou étranger, de la complexité de l'histoire et des histoires dont elle a été témoin. Nous souhaitons que l'action remarquable de ces quatre Justes soit ravivée par elle et par la plaque qui sera apposée au 145, rue Saint-Honoré sur le temple de l'Oratoire.
Dans un futur proche, je souhaite dédier un lieu de Paris Centre au couple Vergara et que nous puissions baptiser deux écoles des noms de Suzanne Spaak et de Marcelle Guillemot.
Je vous remercie.
M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Monsieur le Maire.
La parole est à Laurence PATRICE pour vous répondre.
Mme Laurence PATRICE, adjointe. - Merci, Monsieur le Maire.
Merci, Monsieur le Maire de Paris Centre, cher Ariel, qui avez si bien parlé de ces Justes parmi les Nations.
Vous rappeliez que nous avions déjà effectivement beaucoup travaillé avec l'Oratoire du Louvre lors de l'inauguration du Jardin du mémorial de la Saint-Barthélemy en septembre. Ce nouveau projet s?inscrit également dans le cadre de notre partenariat constant avec le comité français Yad Vashem.
Vous avez rappelé combien ces quatre personnes, et notamment le pasteur, son épouse, l'assistante sociale de l'?uvre sociale de la Clairière, et évidemment Suzanne Spaak, membre du réseau de renseignement l'Orchestre rouge, avaient par leur action permis de sauver de la mort 63 enfants juifs en les mettant en sécurité. Mais signalons-le aussi, c'était avec l'aide d'une trentaine de paroissiens, de jeunes éclaireuses de l'Oratoire du Louvre et d'autres anonymes mobilisés à partir de février 1943 pendant l'Occupation sous ce régime abominable de Vichy.
A travers eux, les reconnaissant Justes parmi les Nations, Yad Vashem a ainsi honoré le formidable élan de solidarité de la communauté protestante à ce moment précis et dans le drame qui était vécu en France et particulièrement à Paris. Par leur courage, ces femmes et ces hommes ont agi dans le respect des valeurs humanistes de liberté, d'égalité, de fraternité, de justice et de paix.
Je vous propose donc de voter à l'unanimité pour ce beau projet, dont je souhaite l'inauguration avec l'ensemble de la communauté de l'Oratoire du Louvre le 12 février 2023.
M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci beaucoup, Laurence PATRICE.
Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 394.
Qui est pour ?
Qui est contre ?
Qui s?abstient ?
Le projet de délibération est adopté à l'unanimité. (2022, DAC 394).
Explications sur les v?ux déposés.