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2022 DAC 511 - Classement au titre des Monuments historiques de la basilique du Sacré-Cœur, de ses annexes et du square Louise-Michel (18e).


 

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Nous passons au projet de délibération DAC 511. Merci, Carine ROLLAND, nous passons chez Karen TAÏEB, avec le projet de délibération DAC 511. Il s?agit du classement au titre des monuments historiques de la basilique du Sacré-C?ur, de ses annexes et du square Louise-Michel dans le 18e arrondissement.

La parole est au maire du 18e arrondissement, Eric LEJOINDRE.

M. Eric LEJOINDRE, maire du 18e arrondissement. - Merci, Monsieur le Maire.

Chers collègues, nous sommes invités par ce projet de délibération à proposer l'inscription du classement au titre des monuments historiques de la basilique du Sacré-C?ur, de ses annexes et du square Louise-Michel - tous les termes de cet intitulé comptent.

Pour ne rien vous cacher, j?ai été surpris de découvrir que ce qui est quand même l'église la plus visitée de Paris n'était pas classée, et donc la procédure de classement qui a été lancée il y a maintenant deux ans a évidemment tout son sens. Cette procédure nous permet d'inclure dans ce classement les annexes de la basilique, qui sont aussi remarquables, et bien sûr le square Louise-Michel avec ses aménagements paysagers et ses trois escaliers monumentaux. D?ailleurs, je veux profiter de ce projet de délibération pour adresser un amical salut à Daniel VAILLANT et à Bertrand DELANOË qui se sont beaucoup mobilisés à l'époque pour débaptiser le square en bas du Sacré-C?ur qui s?appelait à l'époque Adolphe-Willette pour le nommer Louise-Michel, comme un clin d'?il fort utile à l'histoire de cet espace parisien.

Ce classement s?inscrit dans la continuité de la campagne qui a été entreprise pour la protection, au titre des monuments historiques, d'édifices religieux appartenant à la Ville, démarche qui a commencé en 2011. Elle s?est traduite en 2020 par un vote nous invitant à permettre la protection de la basilique au titre des monuments historiques. Ce classement s?inscrit aussi dans le travail que nous menons depuis plus d'un an pour l'inscription de Montmartre au patrimoine mondial de l'UNESCO. La basilique et le square sont une partie de la richesse patrimoniale de ce quartier emblématique du 18e et une composante de sa longue histoire, longue histoire sur laquelle je ne reviendrai pas en particulier. J?imagine que d'autres le feront, mais ce n'est pas le sujet du vote. Ce vote n'a qu'un seul objectif : la protection d'un patrimoine que nul n'imagine ne pas être protégé.

Ce classement nous permettra donc de continuer à faire ce que nous faisons, c'est-à-dire raconter l'histoire et notamment raconter l'histoire de la Commune, comme nous avons pu la célébrer pour son 150e anniversaire justement au pied du Sacré-C?ur, et finalement c'était aussi un beau clin d'?il, parce que Paris n'oublie pas.

Je vous invite donc, chers collègues, à voter ce projet de délibération pour ce qu'il est, une protection du patrimoine parisien.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Eric LEJOINDRE.

La parole est à Raphaëlle PRIMET.

Mme Raphaëlle PRIMET. - Mes chers collègues, la question du classement du Sacré-C?ur ne peut se faire sans polémique. Présenté sous les traits d'une simple formalité administrative ou comme une reconnaissance tardive de l'architecture du XIXe siècle autrefois méprisée, nous ressentons cet acte comme une profonde attaque contre l'action des Communards et notre histoire républicaine, une action que nous avons su reconnaître l'année dernière à travers de multiples manifestations, y compris au pied de la colline du Sacré-C?ur dans le désormais bien nommé square Louise-Michel.

Ce projet de délibération fait abstraction de la dimension historique du lieu pour ne s?intéresser qu'à l'aspect patrimonial. Comment évoquer ce monument sans parler de son rapport à la Commune ? Pourquoi choisir d'aborder cette question uniquement sous l'angle patrimonial et religieux ? Invoquer dans l'exposé des motifs que le choix du lieu répond notamment à un manque d'églises dans cet ancien village annexé par la Ville de Paris en 1860 est pour le moins hasardeux quand on connaît l'histoire du choix du lieu, quand on sait les origines sanglantes de l'édifice qui ont été pensées contre la Révolution française de 1789 et la Commune de Paris.

Certes, nous avons évité le télescopage des dates entre le classement de la basilique de Montmartre et l'anniversaire de la Commune de Paris. Il n'en reste pas moins que ce classement reste un affront à la mémoire des Communards, qui avaient su mener pendant 72 jours la révolution la plus moderne, la plus large et la plus féconde de toutes celles qui ont illuminé l'histoire, une révolution qui a prôné la séparation de l'Eglise et de l'Etat, l'instruction laïque et obligatoire, qui a organisé le plafonnement des salaires et imposé l'égalité femmes-hommes. Mais la Commune, c'est aussi une semaine sanglante qui réprima le peuple parisien et ces 72 jours d'espoir avec comme objectif très clair de traumatiser la population et de la dissuader de toute future évolution. L?aboutissement de cette répression, c'est l'édification de cet odieux édifice religieux sur ces morts que l'on estime à près de 30.000. Cette semaine sanglante fut littéralement enterrée sous un édifice d'une blancheur dite éternelle par le choix de cette pierre blanche qui a la particularité de sécréter une substance blanche sous l'effet de l'eau, le calcin. Cela rend le choix du lieu et de l'architecture du bâtiment plus encore provoquant.

La modification du statut de cette basilique n'est donc pas neutre, tant cet édifice s?est construit dans un contexte d'ordre moral qui fait suite à un siècle de soi-disant déchéance morale depuis la Révolution française jusqu?à la Commune de Paris, ces révolutions qui ont été vécues comme une véritable insulte par la bourgeoisie, qui perd ensuite contre une Prusse puissante qui finit par prendre l'Alsace et la Lorraine.

La construction du Sacré-C?ur s?écrit dans la continuité d'un régime national, monarchiste et clérical afin d'expier les péchés imputés à la Commune, faire payer au peuple sa révolte de réparer cette défaite de 1870. Eriger cette basilique sur la butte Montmartre là où ont débuté les événements de la Commune, là où les Communards avaient tenu tête aux troupes versaillaises de Thiers et défendu les canons fabriqués jadis pour repousser l'invasion prussienne, là aussi où Eugène Varlin fut supplicié aux dernières heures de la Commune, ériger cette basilique à cet endroit était un affront, un parti pris politique qui visait à effacer la mémoire de la Commune.

Oui, plus de 150 ans après, la mémoire reste vive et écorchée face à cet édifice qui symbolise pour beaucoup l'obscurantisme le plus total. D?ailleurs, Zola ne disait-il pas à son propos : "Je ne connais pas de non-sens plus imbécile, Paris couronné, dominé par ce temple idolâtre, bâti à la glorification de l'absurde". Une telle impudence, un tel soufflé donné à la raison après tant de travail, tant de siècles de science et de luttes. Aussi, le personnage principal de son livre Paris ne rêvait-il pas de la faire sauter ? Beaucoup d'autres en ont rêvé, y compris sur nos bancs et même Lionel JOSPIN qui avait été jusqu?à dire que s?il avait le pouvoir de raser un édifice parisien, ce serait le Sacré-C?ur.

C?est pourquoi nous demandons de renoncer au projet de classement aux monuments historiques de la basilique du Sacré-C?ur. Nous voterons contre ce projet de délibération.

Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Raphaëlle PRIMET.

La parole est à Danielle SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - On ne peut pas parler du Sacré-C?ur comme d'un monument historique qui ne revêtirait qu'un élément d'histoire architecturale, alors que s?il y a un lieu dans Paris qui est chargé d'histoire et qui révèle bien une volonté politique particulière, c'est le Sacré-C?ur. Franchement, décréter monument historique le Sacré-C?ur pourrait totalement s?apparenter à l'apologie du meurtre des 32.000 fusillés de la Commune de Paris en 8 jours !

Je vais vous dire une chose. En 1873, quand a été votée à l'Assemblée nationale la décision de bâtir le Sacré-C?ur, qui était à la man?uvre ? Adolphe Thiers et Patrice de Mac-Mahon. Qui étaient-ils ? Patrice de Mac-Mahon était à la tête de l'armée versaillaise qui avait, justement, organisé la semaine sanglante du 21 au 28 mai 1871 pour tuer 32.000 personnes, 32.000 fusillés en 8 jours, c'est-à-dire une grande partie du peuple de Paris, celui qui avait la tête levée, celui qui était debout et qui exigeait à la fois de pouvoir défendre de manière patriotique la France, la République et qui avait cette expérience politique unique, celle de la Commune de Paris, au nom de la liberté, de l'auto-organisation du peuple pour subvenir à ses besoins.

C?est bien pour - certains prenaient cette expression - expier les crimes de la Commune, mais en tous les cas, c'était bien sur la base d'une volonté de montrer au peuple la domination de ceux qui avaient écrasé les Communards qu'a été construit le Sacré-C?ur. On ne peut donc pas honorer le Sacré-C?ur indépendamment de ce qu'il symbolise comme tache de sang sur notre République et sur cette révolution unique qu'est la Commune de Paris.

Et je trouve quand même plus que paradoxal de célébrer la Commune de Paris et en même temps de célébrer le Sacré-C?ur. Il faut un minimum de cohérence politique historique, un minimum de cohérence politique historique. Il n'est pas possible de commémorer la Commune de Paris comme s?il s?agissait juste d'un folklore dans notre histoire. Non. Soit c'est une référence historique et, à ce moment-là, c'est un scandale et nous devons, même aujourd?hui, après toutes ces années, dénoncer ce meurtre des 32.000 fusillés, soit on s?abstient d'honorer la Commune de Paris.

Et pour ma part, je ne pourrai pas voter ce projet de délibération. Je voterai contre.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Danielle SIMONNET.

La parole est à Rudolph GRANIER.

M. Rudolph GRANIER. - Mais que ce débat vous passionne, mes chers collègues. N?exagérons rien. Nous ne sommes pas sur le mont des Oliviers, mais juste à Montmartre en 2022. Alors, Conseillères PRIMET et SIMONNET, vous avez déjà obtenu un peu de répit il y a deux ans et personne ne comprend la seule inscription de ce monument iconique pour le 18e, iconique pour Paris et iconique pour la France. Et l'histoire nous raconte que la loi de 1873 ne mentionne aucunement la Commune, simplement un lieu d'utilité publique.

Au fond, je vois quoi dans vos débats ? J?y vois une volonté d'instrumentaliser, instrumentaliser l'histoire, instrumentaliser le passé dans les débats contemporains. Et vous vous fourvoyez tellement que convoquer l'histoire de manière aussi confuse au service de votre idéologie, cela porte un nom, mes chers collègues. Cela s?appelle le révisionnisme. Vous péchez ici? Vous péchez ici par orgueil et, si vous me permettez, l'orgueil de devenir maladroitement historiennes. Et je condamne également les historiens qui tentent de devenir l'espace d'un instant des politiques.

Dernier point? Nous n'allons pas rallumer les incendies de la Commune, mais, dernier point - et les incendies de l'Hôtel de Ville -, les possibilités financières qui sont offertes par un classement au titre des monuments historiques sont très importantes, et je n'y vois pas malice considérant l'état des finances de la Ville. Voilà une bien belle opportunité de financement extérieur au budget de la Ville.

Pour toutes ces raisons, qu'elles soient urbanistiques, touristiques, artistiques et moins pour des raisons idéologiques, le groupe Changer Paris votera favorablement ce projet de délibération.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Rudolph GRANIER.

Je donne la parole à Karen TAÏEB, pour répondre aux intervenantes et intervenants.

Mme Karen TAÏEB, adjointe. - Merci, Monsieur le Maire, et merci, mes chers collègues. Je remercie Eric LEJOINDRE pour son intervention, je sais combien la butte Montmartre lui tient à c'ur. Merci à tous les intervenants.

Je sais que c'est un sujet qui apporte beaucoup, on pourrait dire de polémiques, mais ce n'est pas vraiment le sujet aujourd?hui. D?ailleurs, on a tendance à résumer, notamment dans la presse, ce classement par celui de la seule basilique alors qu'il s?agit, je le rappelle, d'un triple classement.

D?abord, il y a déjà une protection patrimoniale, puisqu?en octobre 2020, il y a eu une inscription au titre des monuments historiques. Ce monument est donc déjà protégé. Là, il s?agit d'un triple classement en un : celui de la basilique du Sacré-C?ur, de ses annexes comme les grilles qui l'entourent, les 3 escaliers et aussi, bien entendu et vous l'avez souligné, du square Louise-Michel. Tout est dit ou presque dans cet intitulé.

Lors de la C.R.P.A., les historiens ont rappelé que la volonté de construire la basilique du Sacré-C?ur à cet emplacement, sur la partie la plus haute de Paris, la butte Montmartre, prenait sa source en janvier 1871, notamment par le v?u formulé par Alexandre Félix Legentil suite à la défaite de la France dans la guerre de 1870. Mais je comprends toutes les questions historiques, les questions mémorielles et, d'ailleurs, je l'ai rappelé en C.R.P.A., il n'est pas question, à travers ce v?u, d'oublier la part mémorielle et le lien indéfectible entre la Commune et cette partie de Paris, cette butte Montmartre où se sont déroulées ces tragédies.

Aujourd?hui, c'est le caractère patrimonial et architectural de la basilique, des annexes et du square Louise-Michel que nous saluons à travers ce projet de délibération. Construite entre 1877 et 1923, près d'un quart de siècle, la basilique du Sacré-C?ur fut l'?uvre de 6 architectes qui se sont succédé. Le premier d'entre eux, Paul Abadie, remporta le concours en 1874, avec des plans d'architecture particulièrement intéressants, 5 coupoles qui lui confèrent son style néo-byzantin. La basilique plaît ou ne plaît pas ; on a toujours entendu un certain nombre de critiques. En tout cas, elle est un lieu très visité, et pour l'histoire de l'art à Paris, c'est un des jalons de l'architecture des XIXe et XXe siècles.

La basilique est vue de toutes parts depuis Paris, non seulement par son imposante structure, mais aussi par la particularité, vous l'avez dit, de sa pierre de Château-Landon qui a pour caractéristique de blanchir avec la pluie.

A côté de cette protection patrimoniale, nous devons évidemment garder en mémoire l'histoire de la Commune et les événements sanglants qui se sont déroulés à toute proximité de la future basilique, et il me paraît important de souligner le classement du square Louise-Michel dans ce triptyque, magnifique jardin aux qualités architecturales et paysagères remarquables, qui porte le nom d'une des figures majeures de la Commune, comme l'a souhaité Bertrand DELANOË, et cela a été rappelé par Eric LEJOINDRE.

Juste après l'inscription de l'édifice en octobre 2020, j?ai d'ailleurs immédiatement écrit au Directeur régional des Affaires culturelles en lui indiquant que je souhaitais mettre entre parenthèses la poursuite de la protection, à savoir la deuxième étape, c'est-à-dire le classement, durant toute l'année 2021 qui devait être pleinement dédiée à la Commune et à la mémoire des Communards. Aussi, je remercie et félicite ma collègue Laurence PATRICE pour tous les événements qui ont été organisés en leur mémoire.

Et c'est pour cette raison que le présent projet de délibération arrive maintenant, en 2022. Aujourd?hui, il s?agit aussi de reconnaître le caractère patrimonial de cet édifice visité par plus de 11 millions de personnes chaque année, site le plus visité de Paris juste après Notre-Dame, et de reconnaître surtout la prouesse architecturale qui s?est étalée sur près de 25 ans avec des décors intérieurs particulièrement intéressants et une crypte d'une dimension hors normes.

Avec l'inscription, la protection entraînait des contraintes, comme pour tout bâtiment protégé, mais aussi la possibilité pour la DRAC de financer jusqu?à 20 % d'éventuels travaux. Avec le classement, ce financement potentiel serait de 40 %, ce qui est non négligeable, même si - je rassure tout le monde -, aucun chantier d'ampleur n'est prévu à ce jour, puisque la santé architecturale du bâtiment n'est pas problématique. Mais ce sera peut-être le cas dans 10, 20 ou 50 ans.

Si vous votez ce projet de délibération, la basilique du Sacré-C?ur sera ainsi le 67e édifice cultuel à être protégé au titre des monuments historiques sur les 95 édifices qui appartiennent à la Ville de Paris. J?en profite pour ajouter qu'à l'instar de cette campagne de protection des édifices cultuels appartenant à la Ville, j?ai souhaité qu'une campagne de protection "monuments historiques" se fasse de même pour nos mairies d'arrondissement, qui sont des bâtiments publics et qui sont aussi de très beaux édifices que l'on doit souvent aux mêmes architectes - je peux citer notamment Ballu ou Hittorff.

Voilà ce que je voulais apporter à votre connaissance et je vous remercie de délibérer.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci beaucoup, Karen TAÏEB.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 511.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2022, DAC 511).

 

Octobre 2022
Débat
Conseil municipal
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