2019 DU 70 - APUI Réinventer Paris - Site Hôtel de Fourcy - 8 place des Vosges (4e) - Désignation du lauréat. Déclassement par anticipation, signature de la promesse de bail et du bail à construction.
Mme Véronique LEVIEUX, adjointe, présidente. - Nous examinons le projet de délibération DU 70 qui porte sur "Réinventer Paris" - site hôtel de Fourcy, place des Vosges.
La parole est tout d'abord à M. Philippe DUCLOUX.
M. Philippe DUCLOUX. - Merci, Madame la Maire.
Mes chers collègues, depuis 2014, Paris a bousculé et innové en lançant des appels à projets innovants "Réinventer Paris".
La deuxième édition de l'appel à projets a démontré l'engouement des acteurs de la construction urbaine pour investir la ville dans tous ses recoins, notamment ses sous-sols. En effet, notre ville horizontale, saluée de par le monde pour sa beauté et sa cohérence, n'a pas vocation à s'étendre en hauteur comme Londres, par exemple. C'est pourquoi la Ville de Paris a limité la grande hauteur des constructions depuis 2001 derrière Bertrand DELANOË et, depuis 2014, derrière Anne HIDALGO, à quelques rares projets comme dans le 13e arrondissement, à Batignolles, ou à Bercy Charenton dans le 12e arrondissement.
Aussi, la deuxième édition de l'appel à projets innovants a permis d'amener les différents intervenants de la construction urbaine à interroger le plus en amont possible et dès la plus petite échelle de la Fabrique urbaine, les potentiels d'espaces à aménager en sous-sol ou en surface pour permettre la réalisation de projets novateurs et utiles.
C'est le cas du beau projet dans l'hôtel de Fourcy, place des Vosges, dans le 4e arrondissement, qui deviendra, malgré le caractère atypique du lot, un lieu de vie, de réflexion et de transmission autour d'une idée phare, celle de préparer l'avenir. Il associera un gîte urbain, une résidence sociale, un café conciergerie, un cabinet de curiosités du futur, ainsi qu'une université populaire, l'Ecole de la réinvention.
Sur ce site, le projet lauréat "Habiter demain", le gîte de Fourcy, porté par le mandataire Quartus, associé à "Habitat et Humanisme", offre un programme socialement responsable d'ici 2023, en plein c'ur du Marais. Son gîte urbain, géré par "Habitat et Humanisme Ile-de-France", offrira aux familles modestes le droit à la ville et à la capitale en leur proposant un accès à des lodges adaptés à des tarifs modérés. Ces familles seront accompagnées depuis la préparation de leur voyage jusqu'à leur séjour, ce qui permettra de gommer les obstacles économiques, aussi bien que psychologiques ou culturels.
Par ailleurs, la résidence sociale, créée sur ce site, permettra de promouvoir la mixité au c'ur de l'une des places les plus célèbres de Paris, en plein centre de notre capitale. Inséré dans son quartier, fabrique de cohésion, le site accueillera également, comme je l'évoquais, l'université populaire de la Réinvention de l'Institut des futurs souhaitables. Elle proposera des formations ainsi qu'une programmation gratuite et ouverte à toutes et à tous sur les enjeux actuels du futur. Je me félicite et je me réjouis d'imaginer les visiteurs débattre des grands enjeux d'aujourd'hui et de demain avec des historiennes et des historiens, des philosophes, des data designers, des économistes, des anthropologues, des entrepreneurs, et de faire de ce lieu un phare supplémentaire dans le Paris des idées. Avec sa grande salle pour soirées-conférences et son café-restaurant, la ville disposera d'un lieu supplémentaire ouvert au public et où se réunir. Ses sous-sols, avec sa cave voûtée exceptionnelle, seront également accessibles et permettront de découvrir et d'explorer cet aspect encore trop méconnu du Vieux Paris. Ce projet de restructuration et de réinvention de l'hôtel de Fourcy permettra en plus de respecter les exigences patrimoniales inhérentes à un lieu d'une telle valeur historique et architecturale, de valoriser et révéler un monument caractéristique d'une place symbolique de notre Vieux Paris, tout en l'adaptant aux grands enjeux du XXIe siècle en matière de performance énergétique et de confort d'usage. C?est pourquoi, vous l'aurez compris, mes chers collègues, j'espère que ce projet recueillera une large approbation de notre Assemblée, et j'espère l'unanimité.
Je vous en remercie.
Mme Véronique LEVIEUX, adjointe, présidente. - Je vous remercie.
Danielle SIMONNET maintient-elle son inscription sur ce projet de délibération ?
Mme Danielle SIMONNET. - Oui, mais je serai très rapide.
J'ai entendu tous les éloges de M. DUCLOUX sur ce projet qui, selon lui, serait vraiment la réinvention du droit à la ville, au plein c'ur de la place des Vosges.
A vous entendre, on se dirait mais oui, tous les habitants ont réussi à repenser cette place, en fonction de ses usages, en fonction de l'intérêt général, avec une vraie démarche, j'imagine, d'éducation populaire qui a permis aussi, dans ce droit à la ville, de redéfinir une ville populaire en plein c'ur de la place des Vosges. J?imagine évidemment parce que la notion du droit à la ville est une notion qui, forcément, se réfère à la question démocratique qui permet que les habitants se réapproprient tous les usages de la ville, mais aussi, si on reprend les travaux de M. Lefebvre sur le droit à la ville, c'était comment on émancipe la ville des intérêts privés et comment on permet aussi, socialement, au peuple de la ville, de pouvoir définir la ville et ne pas se sentir dépossédé des usages de la ville par une petite poignée politique liée à des intérêts privés. C'était cela, la logique d'Henri Lefebvre.
Je voudrais juste vous rappeler une chose. Sur cette place des Vosges, il y avait un lycée professionnel. Dans ce lycée professionnel, il y avait des élèves, des lycéens ; il y avait une communauté scolaire, des enseignants. Ont-ils été associés à tout cela ? Vous vous souvenez des mobilisations ? Vous vous souvenez que, pour eux, c'était un terrible symbole ? Il fallait les "virer" de la place des Vosges parce que, forcément, cela faisait peut-être un peu tache dans le paysage d'avoir un lycée professionnel en plein c'ur de la place des Vosges. J'aimerais vous entendre, cher collègue, sur ce sujet.
Alors, n'utilisez pas les termes de "droit à la ville" quand ce que vous faites n'y correspond absolument pas. Non, il n'y a pas eu de grande concertation démocratique sur la place des Vosges ; non, ce n'est pas vrai, il n'y a pas eu une réflexion sur comment, dans la ville, dans tous ces quartiers, y compris les plus gentrifiés, on assume de préserver une offre d'enseignement professionnel, parce qu'on assume justement que l'argument de la mixité sociale ne soit pas utilisé simplement dans les quartiers populaires, pour un moment donné souvent, pour exclure une partie des plus précaires. Je vous le dis, je ne suis pas aussi, vous l'entendrez, enthousiaste que vous. Je ne pense pas que, sur cette place des Vosges, il soit possible de dire que nous avons, en exemplarité, décliné le droit à la ville. J'aurais aimé que la question justement de ce lycée professionnel, de la nature historique de ce bâtiment, soit interrogée, et cela ne l'a pas été. Je vous remercie.
Mme Véronique LEVIEUX, adjointe, présidente. - Pour vous répondre, je donne la parole à Jean-Louis MISSIKA.
M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Merci à Mme la Maire et aux deux orateurs.
Je suis un peu déçu, j'espérais que Mme SIMONNET, pour une fois, ferait l'éloge de la procédure "Réinventer Paris", compte tenu du choix qui a été fait par le jury. C'est quand même un lieu symbolique que cette place des Vosges. C'est un lieu où la gentrification a déjà fait ses ravages depuis pas mal de temps.
Ce projet, qu'est-ce qu'il fait ? Il amène de la mixité sociale, il crée une résidence sociale de treize logements ainsi qu'un gîte solidaire qui permettra aux familles qui n'ont pas les moyens de venir en vacances à Paris, d'être accueillies. Ces deux programmes seront gérés par "Habitat et Humanisme". L'hôtel de Fourcy accueillera également un café, une conciergerie pour le quartier, une université populaire. C'est donc un très beau projet.
Je crois que le jury a fait un choix particulièrement fort, ne serait-ce que parce qu'il a montré que cette procédure "Réinventer Paris" permet d'éviter la vente ou la location au plus offrant, à celui qui a le carnet de chèques le plus important. Ce projet a donc un sens très particulier en plein c'ur de Paris.
Il déploie également des techniques de valorisation exemplaire, avec des isolants biosourcés, la valorisation des eaux grises. Il fait la démonstration qu'il est possible de lier écologie, protection de l'environnement et rénovation patrimoniale.
Je vous rappelle que, sur ce dossier, le jury a choisi l'option du bail à construction plutôt que la vente. Je vous rappelle également que la Ville a accepté de faire un vrai sacrifice financier pour que ce projet puisse être mis en ?uvre. Donc, je vous remercie de voter ce projet de délibération. Je sais qu'il ne sera pas voté à l'unanimité, compte tenu de ce qu'a dit Mme SIMONNET.
Mme Véronique LEVIEUX, adjointe, présidente. - Je vous remercie.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DU 70.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ? Le projet de délibération est adopté. (2019, DU 70).