2014 DFA 33 - Convention avec la Philharmonie de Paris pour le remboursement de l'emprunt contracté par l'association et garanti par la Ville. Vœu déposé par le Groupe Ecologiste de Paris relatif à la gouvernance de l'association Philharmonie de Paris. Vœu déposé par le Groupe Ecologiste de Paris relatif à la création d'un comité de pilotage. Vœu déposé par le groupe UMP relatif au financement de la Philharmonie. Vœu déposé par les groupes UMP et UDI-MODEM relatif à la mise en place d'un groupe de travail. Vœu déposé par l'Exécutif.
M. Julien BARGETON, adjoint, président. - Nous examinons à présent le projet de délibération DFA 33 relatif à une convention avec la Philharmonie de Paris pour le remboursement de l'emprunt contracté par l'association et garanti par la Ville, sur lequel les v?ux référencés nos 59, 60, 61, 62 et 62 bis qui y sont rattachés ont été déposés. La parole est à Mme Fadila MÉHAL, pour 5 minutes maximum.
Mme Fadila MÉHAL. - Merci, Monsieur le Maire. Chers collègues, tout d'abord pour éviter tout amalgame sur la Philharmonie, je voudrais rappeler quelques principes qui tiennent à c'ur du groupe UDI-MODEM. Nous avons toujours soutenu l'accès du plus grand nombre à la culture et à la musique, car c'est un gage de démocratisation culturelle et de cohésion sociale. Dans le même temps, notre groupe a toujours appelé de ses v?ux le rééquilibrage à l'Est pour résorber la fracture territoriale. C?est pourquoi le groupe UDI-MODEM, dès ses débuts, a soutenu la création de la Philharmonie. Sa dimension métropolitaine devait faire de cette salle, merveille acoustique, un haut lieu culturel où se côtoieraient toutes les musiques : la musique classique symphonique bien sûr en premier lieu, mais aussi la musique contemporaine dans un esprit d'ouverture et de métissage. Oui, notre groupe a d'emblée soutenu ce projet Philharmonie de Paris, mais jusqu?où et à quel prix peut-il encore aller sans mettre en danger la bonne gestion budgétaire, dont les Parisiens sont en droit d'attendre rigueur et sincérité ? Tout le monde le reconnait aujourd?hui : la Philharmonie a connu de gros dérapages financiers et il est temps qu'il y ait un pilote dans l'avion avant qu'il ne s'écrase définitivement. L'intérêt général commande que, majorité et opposition, nous identifions ensemble très clairement, et les blocages, et les dérives, pour trouver au plus vite des solutions. Oui, devant les dérives constatées, la gouvernance doit être reprise en main. Estimée à 118 millions d'euros, puis à 337 millions d'euros, le coût de cet établissement atteint désormais les vertigineux sommets de 381 millions d'euros pour 30.000 mètres carrés utiles, soit 13.000 euros le mètre carré. A titre comparatif, le Mucem de Marseille, qui a stupéfait par son geste architectural, aura coûté quatre fois moins cher au mètre carré. Pourquoi le nier ? La Ville de Paris ne saurait nier sa responsabilité dans cette dérive financière et dans ce pilotage approximatif. Il est légitime de se demander si les architectes n'ont pas pris le pouvoir, occasionnant des dérives budgétaires colossales. Et je le cite. Je pense à Jean NOUVEL qui, dans un JT, a dit : "On est un peu obligé de mentir si vous voulez construire une salle en France. Si vous êtes architecte aujourd?hui, vous êtes obligé d'accepter les termes d'un contrat de départ dont vous savez qu'il est faux". Incroyable, mais vrai ! Cela explique, au final, ce projet qui s?est avéré trois fois plus onéreux qu'un projet équivalent à l'étranger. Je pense au Symphony Hall de Birmingham ou au Bridge Water Hall de Winchester, 100 millions d'euros, ou même des trois auditoriums de Parco della Musica de Rome de 150 millions d'euros. Autre sujet : le budget de fonctionnement. La Ville refuse de payer, à juste titre, la moitié des 18 millions d'euros de subvention de fonctionnement demandée pour 2015. Nous sommes en droit de nous interroger sur le modèle économique futur de cette structure et sur sa viabilité après un désengagement aussi lourd de la Ville. Or, le projet de délibération qui nous est proposé aujourd'hui ne donne aucune indication sur la viabilité économique de fonctionnement de cet équipement et, surtout, de la soutenabilité financière pour Paris. Comment garantir l'équilibre économique de la Philharmonie si la Ville se désengage ? Une question que je pose à M. JULLIARD. Par ailleurs, le projet de délibération que vous nous proposez s'appuie sur un mode de financement choisi par la Ville, qui pénalise les Parisiens. On en a déjà parlé : ce sont les emprunts contractés par l'association Philharmonie au taux de 5,2 %, quand la Ville aurait pu négocier à 3,5 %. Ce fut d'ailleurs l'inquiétude de l'UDI-MODEM et de l'U.M.P. durant la campagne municipale, dénonçant l'alourdissement. Je vous rappelle le chiffre : 25 millions d'euros dérivant de ce choix. En toute logique, nous demandons la renégociation de ces intérêts d'emprunt afin d'en faire baisser les coûts pour les Parisiens. Pour terminer, Monsieur le Maire, chers collègues, après la débâcle du chantier de construction de la Philharmonie, il est temps de conduire ensemble, tous groupes confondus, une véritable gouvernance responsable, concertée, qui assurera le suivi financier de la structure, mais aussi qui pèsera - et j'insiste - sur la politique musicale, car sur ce sujet aussi, beaucoup de choses ont été dites et écrites, et notamment sur son articulation avec la salle Pleyel. Monsieur le Maire, vous savez l'attachement du groupe UDI-MODEM et de la présidente de la commission culture que je suis, à une programmation culturelle de qualité qui associe amateurs et professionnels, adultes et scolaires, public familial et jeune, car c'est cette mixité, cette diversité, qui sera source de richesse et d'élargissement et de renouvellement des publics. Nous avons investi, Monsieur le Maire, dans ce chantier qui nous a tant coûté. Nous devons aujourd'hui sauver la Philharmonie de Paris qui doit ouvrir ses portes à La Villette en janvier 2015. Mais pour cela, la Municipalité doit répondre à nos inquiétudes et solder définitivement la page de l'errance financière. Il y va de l'intérêt de tous, épris de musique et de création, il y va de la cohérence d'une politique musicale ambitieuse, exigeante, ouverte, accessible à tous, digne de Paris. Je vous remercie.
(Mme la Maire de Paris reprend place au fauteuil de la présidence).
Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous. La parole est à M. Yves POZZO di BORGO, pour le groupe UDI-MODEM.
M. Yves POZZO di BORGO. - Madame la Maire, mon voisin de siège au Sénat était M. Yann GAILLARD qui, il y a deux ans jour pour jour, a commis un rapport sur la Philharmonie de Paris. Voilà ce qu'il disait : "Une stratégie politico-administrative visant à minimiser les estimations initiales du projet". Alors, vous avez eu à l'époque 98 candidats architectes. Celui qui a été choisi était Jean NOUVEL. En revanche, vous avez eu un marché négocié avec un seul opérateur, BOUYGUES et ses sous-traitants. Après cela, vous avez une augmentation des coûts. On peut s'interroger ! J?ai tendance à dire, quand j?ai regardé ce dossier, que la stratégie politico-administrative a perduré. Il faut s?interroger. Vous savez très bien que dans tout projet, il y a un artiste - un architecte - et un maître d'ouvrage. Quand on regarde bien l'ensemble du réseau politico-administratif qui dirige cela, on se rend compte que c'est votre réseau, Madame la Maire. C?est le réseau de tous vos amis politiques, un peu comme à la Ville, où il y a de moins en moins de possibilités de carrières administratives parce que vous avez tous vos amis qui contrôlent tout cela. Ce réseau est contrôlé avec des antennes à l'Elysée, des antennes à la culture, des antennes à la Ville. C?est tout le même réseau, tous les fonctionnaires qui ont travaillé dans le même système. Je dis cela parce que c'est une réalité. Cela ne veut pas dire que ce réseau est mauvais. Je n'ai pas dit cela, mais je constate simplement que c'est le même réseau politico-administratif. Donc, je m'interroge. Je m'interroge notamment sur le surcoût. Deuxièmement, on a une association qui gère cela. Enfin, en droit administratif, tout cela est complètement fou. C'est une association, en plus, qui emprunte. Vous prêtez de l'argent à l'association. Mais, d'ailleurs, le rapport le soulève. Mon collègue de siège, Yann GAILLARD, disait : "Une association de portage, c'est obligatoirement une défaillance du suivi de la tutelle". Donc il faut s'interroger sur ce surcoût. Et moi, Madame la Maire, puisque vous êtes la responsable de tout cela, je demanderais aux services de tutelle, c'est-à-dire aussi bien I.G.F., l'Inspection de la culture, l'Inspection de la Ville, et je demanderais à l'Inspection de l'équipement de regarder pourquoi il y a tous ces surcoûts. Parce que c'est trop facile de rejeter la responsabilité sur l'architecte. Mais regardons bien ce qui s'est passé dans la structure du maître d'ouvrage. Regardez bien tout cela ! Ayons une inspection : pourquoi ce surcoût ? C'est quand même les Parisiens qui paient, ce sont les Français qui paient ! Deuxième interrogation : dans cette logique, structure administrative qui contrôle la chose, évidemment il y a une obligation politique. C'est qu'il faut ouvrir la Philharmonie le 14 janvier. Pourquoi il faut à tout prix l'ouvrir le 14 janvier ? Parce qu'on a passé des contrats qui coûtent très cher avec des orchestres, avec une programmation qu'il fallait lancer. Donc il faut ouvrir le 14 janvier. Madame la Maire, je m'interroge. Nous avons la chance actuellement, l'ouverture de la Fondation Vuitton, nous avons la FIAC dans deux jours, nous avons le musée Picasso qui s'ouvre. Puis nous avons eu un phénomène, que je condamne comme vous d'ailleurs : cette ?uvre de MAC CARTHY, exposée à la Concorde, j?ai regretté qu'il y ait eu une agression contre cela. Comme M. JULLIARD et comme vous, je conteste. J'accompagne ce que vous avez dit. Mais j'ai la même interrogation sur la Philharmonie. Est-ce que vous êtes sûre que votre structure administrativo-politique n'est pas en train de toucher ou de porter atteinte à la création de cette Philharmonie ? Parce qu'il y a deux interrogations sur cette Philharmonie. La première, sur l'acoustique. Vous savez qu'à Paris, il y a pratiquement - c'est ce que disait à Paris M. RATTLE, l'un des plus grands chefs d'orchestre du monde : "Il n'y a pas de salle qui ait une acoustique crédible". La seule salle qui ait une acoustique crédible, c'est Pleyel. Maintenant, il va y avoir l'acoustique de la Philharmonie. Mais les choix faits dans cette acoustique n'ont pas été bons et sont contestables. Il y a des choses qui n'ont pas été choisies et l'on risque d'avoir une Philharmonie qui n'a pas une acoustique qui corresponde à ce que l'on attend d'une salle aussi prestigieuse que celle-ci. Premier point. Deuxième point : en ce qui concerne cette ?uvre, on a eu la chance de choisir - et les choix étaient bien faits - un architecte qui est pratiquement le plus grand du monde. C'est le seul architecte au monde qui a eu tous les prix d'architecture du monde. Est-ce que vous êtes sûre que le 14 janvier le geste architectural de cet architecte se retrouvera dans la conception des choses ? C'est la question que je vous pose, Madame la Maire. Vous verrez bien - hier, vous étiez très fière d'inaugurer la Fondation Vuitton, et nous étions fiers avec vous - mais je ne suis pas sûr que le 14 janvier, quand vous allez inaugurer cela, on soit aussi fiers.
Mme LA MAIRE DE PARIS. - Monsieur Yves POZZO di BORGO, vous avez épuisé?
M. Yves POZZO di BORGO. - Cela vous gêne, Madame la Maire ? Donnez-moi deux minutes de plus pour terminer !
Mme LA MAIRE DE PARIS. - Non, c'est le règlement intérieur.
M. Yves POZZO di BORGO. - Je ne suis pas sûr que le 14 janvier, ce soit la même chose que pour la Fondation Vuitton. Merci.
Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci. Je ne suis absolument pas gênée, simplement chacun doit respecter son temps de parole. La parole est à M. François DAGNAUD, pour le groupe Socialiste et Apparentés.
M. François DAGNAUD, maire du 19e arrondissement. - Merci, Madame la Maire. Mes chers collègues, oui, l'installation de la Philharmonie de Paris à la porte de Pantin est une chance exceptionnelle, bien sûr, pour le 19e arrondissement mais plus largement pour Paris et pour la Métropole. La Philharmonie, vous le savez, va renouveler et renforcer considérablement l'offre culturelle pour répondre à trois séries d'enjeux : des enjeux sociaux, des enjeux urbains et des enjeux culturels. Un enjeu social, d'abord, parce que l'enjeu, c'est bien d'attirer de nouveaux publics, de développer et de diversifier ces publics, notamment par une offre forte en termes d'éducation artistique. C'est l'outil du XXIe siècle pour élargir les publics de la musique classique, pour repenser l'approche de la politique des publics, avec une politique tarifaire adaptée, avec des actions pédagogiques, de la médiation culturelle, des concerts commentés ou de plus brève durée, des ateliers à destination des enfants, la découverte de la musique à travers le multimédia. C'est un lieu qui est pensé pour une nouvelle approche de la pratique musicale et du répertoire symphonique et qui s'appuie sur des pédagogues et des musiciens talentueux, comme ceux de l'Orchestre de Paris, entretenant des liens étroits avec l'Education nationale. C'est aussi, bien sûr, un enjeu urbain, puisqu'il va contribuer à la requalification urbaine du Nord-est parisien. Je veux le dire, la dynamique métropolitaine qui est engagée, bien sûr, permettra de prendre en charge des problématiques liées aux transports, au logement, à l'urbanisme, mais comment imaginer que la culture pourrait être absente de ce mouvement ? Au sein d'un quartier en mutation et qui s'inscrit dans un parc à vocation culturelle, oui, cet équipement sera servi par une architecture innovante. Je crois que c'est aussi un des acquis, que l'on ne peut pas sous-estimer, du projet de Jean NOUVEL, quels que soient les critiques et les regrets que l'on puisse porter par ailleurs. La Philharmonie va également s'inscrire en synergie avec le parc de la Villette, constitué déjà de nombreux équipements culturels et musicaux, et offrir une complémentarité avec la Cité de la Musique - la présence de Laurent BAYLE à la tête des deux établissements est évidemment un gage de cohérence -, et faire écho à la Grande Halle ou à l'installation plus récente, au renouveau plus récent en tout cas, du théâtre Paris Villette. Et puis, en élargissant le champ de vision sur les 18e, 19e et 20e arrondissements, dans ces quartiers populaires, nous avons, en effet, la volonté de densifier l'offre culturelle de ce quart Nord-est dans tous les champs de la culture. Je veux citer, bien sûr : - le 104 ; - la Dalle des Cirques dans le 20e ; - les Trois Baudets dans le 18e ; - les bibliothèques Marguerite Duras et Louise Michel dans le 20e, Vaclav Havel et Jacqueline de Romilly dans le 18e ; - les cinémas MK2 du bassin de la Villette, Etoile Lilas à la porte des Lilas ou le Louxor à cheval sur les 10e et 18e arrondissements. Et puis, à cet enjeu urbain, répond évidemment un enjeu culturel puisque ce projet est centré sur la sensibilisation des publics à la musique classique et à la transmission de ce répertoire à de nouveaux publics. Il se nourrit de la participation de l'Orchestre de Paris, des musiciens de différents orchestres et de pédagogues rompus à la transmission des pratiques collectives. Alors, oui, ce projet est à la fois bien distinct et complémentaire de celui développé par le département pédagogique de la Cité de la Musique, qui privilégie, lui, les répertoires de tradition plus orale, c'est-à-dire essentiellement les musiques extra-occidentales. Les objectifs sont précisément définis. Je veux témoigner de la façon dont l'équipe de la Philharmonie s?est engagée dans une réflexion collégiale et partagée avec les acteurs locaux, les élus mais bien plus largement l'ensemble des acteurs culturels du territoire, pour satisfaire quelques objectifs : - d'abord, sensibiliser le public, les jeunes, les scolaires, les adultes, les familles au répertoire symphonique, à l'orchestre et au ch?ur par la pratique collective ; - pour rendre la Philharmonie attractive et familière grâce à une appropriation des lieux par le public et par la préparation des publics aux concerts ; - des ateliers de sensibilisation, en amont des concerts scolaires et des concerts familles du week-end, qui permettront une préparation active de l'auditeur, reposant sur des outils pédagogiques participatifs. Il s'agit également de promouvoir la Philharmonie en allant à la rencontre des publics sur des territoires choisis : en premier lieu, les 19e et 20e arrondissements, la ville de Pantin et, plus largement, le département de la Seine-Saint-Denis. Avec des projets de résidences en établissements scolaires, dans les conservatoires, les universités, les associations, les structures sociales, et ces résidences hors les murs intègreront des activités à la Philharmonie, notamment la restitution de fins de projet et la fréquentation de concerts. Il s'agit également d'accompagner les pratiques amateurs adultes par des ateliers, des stages ou des projets spécifiques, en profitant des artistes programmés à la Philharmonie et en proposant des restitutions publiques dans les salles de répétition ou sur le parc en plein air, ainsi que des participations aux concerts, avec des entractes et des premières parties, et de développer de nouvelles offres ciblées pour les étudiants des universités et des grandes écoles avec un accompagnement des pratiques amateurs, ou d'entreprises avec des orchestres d'entreprise. Et puis, il s'agit, enfin, d'assurer la formation des pédagogues et des médiateurs pour adosser le programme éducatif à des intervenants compétents et à des médiateurs qui seront autant de relais de la Philharmonie auprès d'établissements scolaires, de centres sociaux ou d'associations.
Mme LA MAIRE DE PARIS. - Vous devez conclure !
M. François DAGNAUD, adjoint, maire du 19e arrondissement. - Je termine pour adapter le numérique aux enjeux pédagogiques par une mise à disposition des outils. Ce sera mon dernier mot, pardonnez-moi?
Mme LA MAIRE DE PARIS. - Non, vous concluez, Monsieur le Maire. Vous devez conclure !
M. François DAGNAUD, adjoint, maire du 19e arrondissement. - Pardonnez-moi, mais quelle impatience ! Je veux évidemment saluer l'engagement exigeant de Bruno JULLIARD et de la Maire de Paris au service de la réussite de la Philharmonie. Merci.
Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Monsieur le Maire du 19e. M. Patrick BLOCHE, pour 5 minutes. Je rappelle que chacun a 5 minutes et je couperai la parole à chacun. Je ne dis pas cela parce que c'est Patrick BLOCHE qui parle ! M. Patrick BLOCHE a la parole et rien que lui.
M. Patrick BLOCHE. - Je ne le prends pas pour moi, Madame la Maire, je vous rassure, bien sûr. Nous n'allons pas faire, je l'espère, ce matin, ici, le débat qui a occupé tant de personnes durant si longtemps : fallait-il une Philharmonie à Paris, compte tenu de l'offre d'équipements et de salles de concert ? Il n'est plus temps et je pense que ce débat, de fait, n'aurait aucun intérêt aujourd'hui. Je voudrais essayer de convaincre ou de faire taire les élus de mauvais augure et, quelque part, positiver ce débat parce que, dans moins de trois mois, il va y avoir, le 15 janvier 2015, l'ouverture de la Philharmonie de Paris et Paris aura une Philharmonie à l'instar de Londres, de Berlin, de Lisbonne, de Rome ou encore de Los Angeles, une salle de concerts de 2.400 places, 6 salles de répétition, 10 studios de travail et 1 salle polyvalente. C'est dans cette perspective qu'il faut situer ce débat et ce n'est pas le premier débat que nous avons en Conseil de Paris, puisque nous avions déjà eu, notamment sur les aspects financiers, un débat en juillet 2009 et en mars 2011. De quoi s'agit-il aujourd'hui ? D'une convention de financement, tout simplement parce que la Ville de Paris a choisi la voie de l'emprunt, de l'emprunt par la Philharmonie, garanti par la Ville de Paris, pour prendre en charge financièrement la part d'investissement qui est celle de la Ville de Paris et qui se situe aux alentours de 150 millions d'euros. Je voudrais vraiment, Madame la Maire, et j'associe évidemment Bruno JULLIARD, dire à la Ville de Paris un grand bravo pour deux raisons au moins : - une raison historique parce que s'il n'y avait pas eu, sous la précédente mandature, la volonté politique de Bertrand DELANOË de poursuivre ce grand projet, au moment où le Président de la République de l'époque, Nicolas SARKOZY, hésitait et qu'il y avait, à côté de la Cité de la Musique, un immense trou avec de l'eau qui se remplissait et que le chantier a été interrompu pendant six mois. On a failli avoir une piscine, peut-être que cela aurait satisfait le maire du 19e arrondissement, mais on a failli de ne pas avoir de Philharmonie ! - le deuxième bravo, c'est à vous que je l'adresse tout particulièrement, Madame la Maire, parce que vous avez défendu les intérêts financiers de la Ville, et notamment des Parisiens, dans des conditions que je trouve assez remarquables, surtout dans la situation actuelle, puisque la Ville de Paris et le budget de la Ville de Paris ne sera en rien imputé des 45 millions d'euros supplémentaires, qui sont le surcoût de la construction de la Philharmonie. Donc, je voudrais que l'on ait cela à l'esprit parce que les intérêts de la Ville de Paris, dans ce dossier, ont été parfaitement défendus. Alors, cette convention de financement, bien sûr qu'il faut la voter aujourd'hui parce que, si cette convention n'était pas approuvée, la Philharmonie ne serait pas en mesure de faire face à l'annuité d'emprunt en février prochain. Ce serait donc la Ville qui serait alors appelée en garantie et qui devrait voter le montant correspondant. Or, en l'absence de cette délibération, celle qui est soumise à notre approbation ce matin, la prise en charge de la subvention en section d'investissement, la charge d'emprunt s'imputerait sur la seule section de fonctionnement. Donc, que l'on prenne la mesure des conséquences. Je vois M. BARGETON qui opine : si ça basculait de la section d'investissement à la section de fonctionnement, nous mesurons tous les conséquences que cela aurait parce que nous serions alors amenés à financer, non pas 8 millions d'euros, mais 15 millions d'euros en fonctionnement. Voilà l'enjeu de la convention de financement de ce matin. À partir de là, on peut exprimer dans ce débat tout ce que l'on attend de la philharmonie. Cela a été fait par d'autres, et notamment excellemment par François DAGNAUD à l'instant. On peut avoir tous les débats sur l'organisation, sur le statut de la philharmonie en tant que telle. L'association est-t-elle le meilleur moyen d'animer ce lieu ? Sûrement pas. On peut parler évidemment de la gouvernance. Il faut sans doute là aussi renégocier l'emprunt compte tenu de ce que sont les taux aujourd'hui. Il faudra un comité de suivi engageant tout le monde, évidemment l'État, la Ville, la Région et n'oublions pas toutes les communes limitrophes. En tant qu'élus, nous sommes particulièrement interpellés par ce que l'on appelle globalement la politique des publics. Ayons à l'esprit, ce sera mon mot de conclusion, qu'il va y avoir un pôle culturel, musical de grande ampleur parce qu'il y aura non seulement la philharmonie, mais la Cité de la musique qui est à côté et l'orchestre de Paris, notre orchestre, qui doit enfin avoir toute la visibilité souhaitable. Donc inscrivons-nous dans cette perspective. Attendons l'inauguration du mois de janvier 2015, votons cette convention de financement.
Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Patrick BLOCHE. D'ailleurs, je dois dire que dans l'autre fonction qui est la vôtre, de président de la Commission des affaires culturelles et de l'éducation, notamment à l'Assemblée Nationale, vous nous avez vraiment aidés dans ce dossier pour que les intérêts de Paris mais aussi les intérêts de la culture et l'intérêt général soient portés. Je vous en remercie et je vous en donne vraiment acte ici devant nos collègues. La parole est à Mme Anne SOUYRIS, présidente du groupe Ecologiste de Paris.
Mme Anne SOUYRIS. - Madame la Maire, chers collègues, comme vous le savez, le groupe Ecologiste a toujours été très réservé quant au projet de Philharmonie tel qu'il a été conçu, étant donné le montage et les coûts pharaoniques du projet. Ainsi, même si l'utilité d'une salle philharmonique digne de ce nom à Paris et son emplacement populaire nous semblaient une heureuse idée, l'ampleur immédiatement colossale du projet, sans aucune dimension de proximité ni de soutien à la pratique musicale, avait été un frein au soutien des écologistes. Aujourd'hui, après les dérives financières que l'on connaît, entre le taux d'emprunt insoutenable contracté et les dépassements constants de budget, nous vous proposons deux v?ux afin de remettre tant que faire se peut ce projet à la hauteur des enjeux. D'une part pour la renégociation de l'emprunt et une remise à plat de la gouvernance, d'autre part pour un partenariat de proximité à la fois parisien et de la Seine-Saint-Denis permettant de développer la pratique musicale dans les quartiers environnants auprès des publics qui en sont a priori les plus éloignés. Concernant la gouvernance de l'association dont la Ville est partie prenante, l'association "Philharmonie de Paris", maître d'ouvrage, a manifestement fait preuve d'une gestion peu rigoureuse de ce projet, comme l'a souligné la Cour des comptes de février 2012. Et pourtant, il semble que depuis 2012, ce rapport ait été ignoré par les dirigeants de l'association, aucune mesure n'ayant été prise pour rétablir la situation ou tout du moins la stabiliser. Face à des années de mauvaise gestion, c'est la mise en place d'une véritable gouvernance que le groupe écologiste de Paris appelle de ses v?ux. Les statuts de l'association de la philharmonie indiquent que ses objectifs sont non seulement d'assurer la maîtrise d'ouvrage de la construction, mais aussi d'assurer son exploitation. Il est donc urgent que son mode de fonctionnement évolue pour adopter un autre système de direction. Nous souhaitons que l'ensemble des organes et règles de décision, d'information et de surveillance permette à toutes les parties prenantes de l'association "Philharmonie de Paris" de s'exprimer et d'être prises en compte dans les futures décisions. Cela permettra de voir leurs intérêts respectés et leurs voix entendues dans le fonctionnement de celle-ci. Par les parties prenantes, le groupe écologiste entend les représentants des mairies d'arrondissement des 18e, 19e et 20e arrondissements ainsi que des communes avoisinantes, des associations, des établissements scolaires et des conservatoires proches de la philharmonie. Mais je laisse mes collègues Aurélie SOLANS et Jérôme GLEIZES vous parler plus précisément de la renégociation de l'emprunt et du suivi du travail de proximité. Je vous remercie de votre attention.
Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous. La parole est à Mme Aurélie SOLANS, pour poursuivre cette intervention du groupe Ecologiste de Paris, toujours dans les 5 minutes pour l'ensemble des intervenants.
Mme Aurélie SOLANS. - Je vous remercie. Madame la Maire, mes chers collègues, le bâtiment de la Philharmonie - nous en avons beaucoup discuté la conception, la situation géographique et le financement - est en voie d'achèvement. Il revient à l'équipe dirigeante de transformer cette entreprise gigantesque en un projet pertinent à l'échelle métropolitaine. Pour cela, il faut que la Philharmonie apprenne à dialoguer avec les territoires qui l'entourent, construise des projets avec les structures voisines, se confronte avec la société qui l'environne. Pour cela, la Philharmonie ne peut être une "Cité de la musique" en plus grand. Pour cela, il lui faudra devenir proactive dans l'élargissement de son offre à des publics plus éloignés. Pour cela enfin, il nous faudra collectivement travailler pour lui faire une place dans le maillage culturel parisien et métropolitain. Nous avons l'expérience, dans le 19e, de grandes structures culturelles bien dotées qui ont mis plusieurs années à s'installer sur leur territoire. Nous souhaitons que le projet de la Philharmonie prenne lui un meilleur départ. Nous autres élus, chers collègues, nous ne sommes pas de bons programmateurs. Ce n'est pas notre rôle, et nos interventions en la matière ont souvent été couronnées d'insuccès. En revanche, nous devons porter les choix de l'exigence, du partage et de l'innovation sociale au sein des équipements culturels. Nous sommes les garants que la Philharmonie devienne la nouvelle maison commune dans laquelle chacun des Parisiens pourra se sentir le bienvenu, quels que soient son héritage culturel, son niveau de formation, son âge, sa façon de s'habiller. Nous devons inscrire dans les faits ces mois prochains que nous n'avons pas financé un nouveau club de reproduction des élites, mais le plus sûr moyen de partager largement l'excellence musicale. Il nous apparaît donc nécessaire et indispensable que cet équipement, dès 2015, travaille sur son implantation locale. Nous le savons, cet élément est d'ores et déjà inscrit dans le projet de la Philharmonie. Le dispositif DÉMOS, dispositif d'éducation musicale et orchestrale à vocation sociale, y est par exemple maintenant installé et représente un modèle de démocratisation de la musique classique dans les quartiers populaires qui devrait, nous le souhaitons, poursuivre sa croissance en lien avec un nécessaire travail en profondeur sur les conservatoires par trop élitistes par nature. Mais il manque encore des moyens à cette mise en ?uvre. La localisation de ce grand équipement culturel dans le nord-est parisien et francilien, dans des quartiers populaires, doit prendre sens et les habitants de ces quartiers doivent y trouver bénéfice. Les attentes sont grandes. Pas plus tard que vendredi, c'est un principal de collège du 19e arrondissement dans lequel il y a déjà une classe orchestre qui me disait son enthousiasme à un partenariat au bénéfice de ses élèves. Il s'agit bien pour le grand Est francilien d'un rééquilibrage en termes d'équipements culturels. Aujourd'hui, pour compléter la programmation en direction des enfants et des familles le week-end et dans le cadre scolaire et périscolaire, nous proposons qu'un comité de pilotage soit constitué rapidement, rassemblant les représentants des mairies d'arrondissement, les communes voisines, les acteurs locaux de proximité - associations, conservatoires et bien sûr, établissements scolaires. Ce comité de pilotage doit pouvoir être pérennisé et intégré au conseil d'administration en vue d'être associé à terme au fonctionnement du lieu. Enfin, nous proposons qu'une évaluation au bout d'un an soit prévue, de cette inscription territoriale et de l'ouverture de la Philharmonie à tout public. Le public de la musique classique est vieillissant et doit se renouveler, certes, mais cela ne doit pas demeurer le seul moteur de l'ouverture de la philharmonie. Il s'agit d'un enjeu majeur d'égalité d'accès à la culture et d'égalité entre les quartiers. C'est le sens de ces propositions. Je vous remercie.
Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup. Monsieur Jérôme GLEIZES, vous avez la parole, pour le groupe Ecologiste de Paris.
M. Jérôme GLEIZES. - Merci, Madame la Maire. Comme l'a dit Patrick BLOCHE, ne nous trompons pas de débat. Ce projet de délibération technique pour la signature d'une convention avec l'association "Philharmonie de Paris" pour le remboursement de l'emprunt contracté par l'association nous a interpellés depuis le début du projet. Je n'interviendrai donc pas sur le contenu du projet, mais uniquement sur le montage financier. Pour commencer, je ferai remarquer que la convention complète n'a été mise en ligne sur ODS que tardivement. Nous n'avions eu auparavant que l'échéancier de remboursement. Premier point, la sincérité de l'appel d'offres initial se pose avec un triplement du budget de départ, en passant de 173 millions à 380 millions. Pourquoi une telle sous-estimation initiale ? Fadila MÉHAL a rappelé les propos de Jean NOUVEL qui donnent quelques raisons d'explication sur ce sujet, mais c'est très inquiétant pour la démocratie. Est-il normal que les pouvoirs publics s'habituent à de tels dépassements ? Une norme implicite qui, de fait, rend impossible de juger les différentes offres. Voilà notre première remarque mais, sur ce point, nous nous félicitons que Mme HIDALGO soit intervenue pour que la Ville de Paris ne finance pas le dernier surcoût de chantier de 45 millions, et oblige l'État à prendre ses responsabilités. Mais cependant, la Ville finance encore les précédents surcoûts. Le problème principal reste la délibération initiale de 2009, la DAC 89 des 6, 7, 8 juillet 2009, qui a approuvé les modalités de financement en garantissant plus de 117 millions, puis portant ce montant à 158 millions en 2011. Pourquoi avoir laissé une association émettre un emprunt obligataire par l'intermédiaire d'une banque, la Société Générale ? La garantie ne supplée pas une association dans une bonne négociation avec les banques. Revenons donc sur cette délibération de 2009. Elle prévoyait une ouverture en 2012, nous l'aurons en janvier 2015. Il était prévu qu'il y ait deux taux d'emprunt distincts : l'un pour la période de préfinancement et un autre pour la période d'amortissement, prévue de commencer au 1er trimestre 2014. Qu'en est-il aujourd'hui ? En 2013, dans la fiche de présentation de l'association, que nous n'avons pas cette année - pourquoi ? -, nous étions en dépense cumulée, depuis 2006, à plus de 20 millions d'euros en dépenses de fonctionnement, et presque 14 millions et demi en dépenses d'investissement. Cela fait déjà beaucoup, avant de commencer à rembourser l'essentiel de l'investissement. D'ailleurs, il semble qu'il y ait une incertitude sur la nature comptable que l'on semble retrouver dans l'article 2 de ce projet de délibération : dépenses d'investissement ou dépenses de fonctionnement ? D'après un article du "Point", la Direction des finances de la Ville de Paris a fait appel au cabinet d'avocats Ernst & Young. Il ne faudrait pas que cet investissement ampute la politique culturelle de la Ville pour 15 ans. Qu'en est-il exactement ? Mais revenons sur le montage initial encore. Une association qui fait un emprunt obligataire, avec un remboursement in fine par une subvention annuelle des trois partenaires, la Ville, la Région et l'État : comment justifier un tel montage aujourd'hui ? Quel est le taux effectif global de cet emprunt ? De plus, à partir du tableau d'amortissement qui nous est donné, on a quelques doutes sur le taux de 5,186 qui est donné dans un article précédent. Je reviens encore sur ce taux : en 2009, le taux proposé était de 5,186 %. Cela fait beaucoup, alors que nous étions dans l'année qui a suivi la crise des "subprimes", et que cette année-là, les taux d'intérêt ont encore beaucoup baissé : pourquoi la Ville de Paris n'a pas emprunté, ou même l'État ? On aurait sans doute pu négocier deux points en moins. Voilà. Tout cela mène le groupe Ecologiste à déposer un v?u pour revoir le montage financier de ce projet. J'espère que vous apporterez des réponses à nos questions et que vous voterez donc ce v?u. Merci.
Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup. La parole est à Mme Raphaëlle PRIMET, pour le groupe Communiste - Front de Gauche.
Mme Raphaëlle PRIMET. - Madame la Maire, certains attaquent le coût de cet équipement. Le dépassement est important, mais regardons dans d'autres villes du monde les coûts des équipements équivalents : à Oslo, l'opéra a coûté 500 millions. A titre de comparaison, l'opéra? J'ai d'autres chiffres que Mme MÉHAL. A titre de comparaison, l'opéra de Sidney a coûté 107 millions de dollars, 100 de plus qu'initialement prévu. La Philharmonie de Hambourg est passée de 77 millions annoncés à 789 millions. Ce qui est certain, que l'on ait approuvé ou pas ce projet lors de ce lancement, la modification du montage financier est aujourd'hui indispensable. Nous rejoignons la proposition de renégocier le taux d'intérêt de l'emprunt, qui avait été souscrit au pire moment de la crise financière. La question centrale que nous devons nous poser maintenant porte sur l'avenir, les moyens que nous allons pouvoir dégager avec l'Etat pour le fonctionnement de cette salle, d'autant que la concession de la salle Pleyel est bloquée. Le groupe Communiste - Front de Gauche est bien sûr plus que sensible au fait qu'un équipement d'une telle ampleur prenne place dans le 19e arrondissement, à proximité de plusieurs villes de la Seine-Saint-Denis. Cela pose un défi de taille à l'équipe de la Philharmonie : celui de démocratiser, d'élargir, de rajeunir l'audience de la musique classique, au-delà des publics traditionnels, et ainsi de ne pas faire de l'ombre aux autres salles. La salle ouvre ses portes en janvier. Nous espérons que l'excellence de l'acoustique sera au rendez-vous. La programmation prometteuse de concerts riches et éclectiques, toujours d'une grande qualité, devrait satisfaire plus d'un amateur. Le choix des activités pédagogiques proposées montre qu'un grand travail sur le projet éducatif scolaire et hors scolaire a d'ores et déjà été réalisé et devrait permettre aux enfants et aux jeunes de découvrir des musiques auxquelles ils n'ont pas souvent accès, aux débutants comme aux mélomanes d'y trouver de quoi s'enrichir. Enfin, les prix annoncés pour les jeunes de moins de 28 ans, 10 euros et 8 euros avec un abonnement, ainsi que le reste des tarifs, très raisonnables, permettront dans l'ensemble à tous d'accéder à la salle de concert. Notre groupe est, comme vous le voyez, enthousiaste. L'ouverture de cette salle offre de grandes possibilités. Nous sommes impatients et souhaitons à cet équipement une grande réussite populaire.
Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci. La parole à Mme la Présidente du groupe UMP, Mme KOSCIUSKO-MORIZET.
Mme Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET. - Merci, Madame la Maire. Madame la Maire, Monsieur le Maire adjoint Bruno JULLIARD, comme à chacune des séances du Conseil de Paris, depuis le début de la mandature, nous revenons vers vous avec les mêmes questions et demandes qui, à part quelques insultes et tentatives d'intimidation à l'égard de la présidente de la Commission Fadila MÉHAL, sont restées sans réponse. Vu le nombre d'inscriptions aujourd'hui sur ce sujet, il semblerait que nous ayons au moins gagné une bataille : celle d'intéresser les élus au problème de la Philharmonie. D'autres groupes demandent un groupe de travail, un comité de pilotage et la renégociation du prêt, que nous demandons depuis plusieurs Conseils, Fadila MÉHAL, nos deux groupes et moi-même, nous sommes ravis. Sur le fond maintenant, d'abord sur la question juridique : le problème du futur statut juridique de la Philharmonie doit trouver une réponse, et je vous mets en garde contre la propension à repousser à plus tard les questions qui sont à régler aujourd'hui, qui pourraient amener au maintien de l'association "Philharmonie de Paris" le plus longtemps possible. D'abord, une association loi 1901 n'est pas faite pour porter d'aussi gros projets. Par ailleurs, toute convention conclue entre l'association et la Cité de la Musique ne pourra être que requalifiée en marché public, et nécessairement être soumise à concurrence. Je vous rappelle aussi que pour ouvrir en 2015, un accord express a été passé entre la Cité de la Musique et la Philharmonie pour la mutualisation des personnels, mais il n'est pas concevable de le laisser en état. C'est vers la création d'un établissement public de coopération culturelle, en lieu et place de l'association, qu'on aurait dû se diriger. C'était d'ailleurs une hypothèse explicitement visée dans les statuts de l'association, mais c'était une autre époque. Je ne parle pas de la S.A.S., puisque c'est la Ville elle-même qui a écarté cette option, alors que l'Etat, avant 2012, y était plutôt favorable. Bref, aujourd'hui, il faut trouver une solution, et nous souhaitons la création d'un établissement public lié par des accords de coopération avec la Cité, la Philharmonie et le Musée : quand bougerez-vous enfin sur ce sujet ? Deuxième point : les finances. Mois après mois, nous avons demandé au Conseil de Paris cette renégociation. Nous apprenons par la presse une nouvelle promesse en la matière, mais nous n'attendons pas de vous de nouvelles promesses, mais une renégociation effective, qui évitera de faire perdre 25 millions aux Parisiens. Qu'est-ce qu'on retient de vos promesses d'aujourd'hui ? C'est surtout que celle d'hier, puisque la même avait déjà été faite, n'a pas été tenue. Vous avez choisi de donner 25 millions aux banques, pour camoufler votre dette, et vous menacez au même moment de rogner la subvention aux projets artistiques. Finalement, vous préférez les banques à la culture : nous n'avons pas les mêmes valeurs. J'en viens à ma dernière question et primordiale. Madame la Maire, vous êtes responsable - je crois - de la police de cette Assemblée. Je demande que le compteur soit arrêté. Je demande que le compteur soit arrêté quand on m'empêche de parler.
Mme LA MAIRE DE PARIS. - Laissez Mme KOSCIUSKO-MORIZET terminer, même si ça vous met en joie, et aller jusqu'au bout.
Mme Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET. - Oui, et puis, rallongez-là de vingt secondes, parce que c'est le temps qui a été mangé par vos réactions.
Mme LA MAIRE DE PARIS. - Ne vous inquiétez pas, vous aurez le temps mangé par les rires de l'Assemblée. Il n'y a pas de problème.
Mme Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET. - Allez-vous, oui ou non, verser la subvention de 9 millions d'euros à la Philharmonie en année pleine, ou au moins garantir la réalisation du projet artistique ? Monsieur JULLIARD, vous avez répondu en Commission que la Ville n'avait jamais mis par écrit cette subvention. Ah, jolie méthode, très classe ! Votre réponse, c'est une lapalissade, en vertu du principe de l'annualité budgétaire, et surtout, je déplore sa mesquinerie, parce que le montant approximatif de la subvention avait été calculé, peut-être pas par vous, mais en cohérence avec un projet artistique, et c'est ce projet artistique que vous remettez en cause. La presse nous dévoile le fond de votre pensée : la Ville voudrait une nouvelle programmation. Je n'ose penser que vous osiez vous ingérer dans un projet artistique. "Vanity Fair", en juin dernier, alors qu'on avait déjà reçu la programmation 2015, vous faisait avouer que vous souhaitiez que la Philharmonie ouvre le plus tard possible - en 2016, ça nous ira -, et le magazine de confier que vous ricaniez de votre réponse. En réalité, vous n'avez pas de vision de ce que doit être une politique musicale à Paris. Ça va bien au-delà de la Philharmonie. Je sais que ce n'est pas de votre faute, que le manque d'intérêt et de compétences sur ce dossier s'explique par des ?illères idéologiques. Vous pensez sincèrement que les musiques les plus universelles et intemporelles, dont la musique classique, sont inaccessibles aux couches populaires ? Mais calmez-vous ! Vous sous-estimez les Parisiens qui se battent pour des places de conservatoire pour leurs enfants.
Mme LA MAIRE DE PARIS. - Laissez Mme KOSCIUSKO-MORIZET aller jusqu?au bout de son propos, c'est très éclairant.
Mme Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET. - Ceux-là mêmes qui ont réservé leurs places pour l'ouverture de la Philharmonie - la fin est plus éclairante encore -, vous développez finalement une approche institutionnelle, une approche commerciale et vous passez à côté de l'essentiel. Madame la Maire, je constate que sur les deux propositions que nous formulons chaque mois depuis le début de la mandature, la renégociation du prêt et la mise en place d'un groupe de travail, vous répondez à nos requêtes mais vous n'acceptez pas de voter nos v?ux. Madame la Maire, en reprenant tardivement nos propositions...
Mme LA MAIRE DE PARIS. - Comme l'Assemblée a beaucoup ri, on est obligé de reprendre un peu de temps. Madame a 30 secondes de plus.
Mme Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET. - En reprenant tardivement nos propositions, sans même nous citer, vous signez tristement cette page de votre politique culturelle. Après la compétence d'un Exécutif qui ne s?intéresse pas aux projets artistiques, le cynisme de ceux qui pensent que la culture doit être asservie à la politique, vous marquez votre mandat d'un troisième sceau : le sectarisme. Mes chers collègues, la culture à Paris est orpheline, mais je vous annonce une belle nouvelle : Fadila MÉHAL, moi-même et nos deux groupes, nous avons décidé de l'adopter.
Mme LA MAIRE DE PARIS. - Bruno JULLIARD, qui est pour l'adoption. Qui est aussi pour l'adoption de toutes et tous ! Bruno ?
M. Bruno JULLIARD, premier adjoint. - Merci, Madame la Maire, et je veux aussi remercier l'ensemble des intervenants dans ce débat de voter ce projet de délibération. Avant d'en dire un mot, je veux d'abord dire que le moment est important. Il est important parce qu'avec ce projet de délibération, il signe l'investissement définitif de la Ville de Paris en soutien de ce projet, à la fois en participation à la construction de la Philharmonie, et en même temps son engagement ferme en soutien du fonctionnement, et donc du projet artistique et culturel de la Philharmonie. C?est un moment important parce que j?espère toujours - je l'espérais avec plus de conviction avant la dernière intervention - mais j?espère toujours que notre Conseil saura s?unir pour faire de ce projet ce qu'il mérite, c'est-à-dire un projet ambitieux à la fois dans son expression artistique, une salle de concerts d'exception à Paris, et en même temps une ambition culturelle et démocratique majeure, notamment dans le domaine de l'éducation musicale. C?est un moment important parce que nous sortons de plusieurs années de difficultés, notamment en raison de l'augmentation importante du coût de construction de cette Philharmonie. Puis également parce qu'il y a eu des difficultés à exprimer clairement et sereinement le projet artistique de ce futur équipement. Je suis convaincu, dès lors que nous sortons de ces incertitudes, qu'un travail conséquent a été réalisé entre l'Etat et la Ville de Paris. En effet, la Ville de Paris, la Maire de Paris assume pleinement que nous avons eu des exigences conséquentes ces derniers mois, qui ont contribué à certaines difficultés, y compris de communication, je ne le cache pas, concernant la Philharmonie, mais qui permettaient à la fois de défendre les intérêts budgétaires et financiers de la Ville de Paris, mais également le projet artistique, culturel, démocratique de la Philharmonie. Nous assumons totalement la totalité des actes et des paroles que nous avons réalisés depuis les dernières élections municipales. Mais c'est un moment important aussi, parce qu'il doit permettre, à quelques semaines de l'ouverture de la Philharmonie, ce rassemblement et ce message de soutien, de conviction à l'égard de ce futur équipement qui, j?en suis sûr, sera un des joyaux culturels, non seulement de Paris mais également de la Métropole et, je crois aussi, de l'ensemble de notre pays. Alors, pour tenter de rassembler l'ensemble de notre Assemblée, je vous propose un v?u de l'Exécutif, qui répond, je le crois totalement, aux v?ux n° 59, 60, 61 et 62 des groupes U.M.P., UDI-MODEM et également du groupe Ecologiste. Avant de le présenter, deux ou trois mots concernant, j?ai l'impression, quelques amnésies sur certains bancs de cette Assemblée. Je voudrais simplement rappeler à M. POZZO di BORGO qu'à la tête de la Philharmonie, le moins que l'on puisse dire, c'est que ce n'est pas le réseau de Mme Anne HIDALGO qui assume la responsabilité de la Philharmonie, puisque l'ensemble de la direction de l'association de préfiguration de la Philharmonie a été nommé par le Gouvernement de M. Nicolas SARKOZY ; je ne crois pas que ce soient les mêmes réseaux que la Maire de Paris actuellement. Ensuite, en ce qui concerne l'augmentation du coût de construction de la Philharmonie, bien sûr il est très conséquent et on ne peut pas à la fois le regretter et en même temps condamner l'attitude de la Maire de Paris d'avoir refusé de financer une partie de ce surcoût, à savoir la moitié des 45 millions d'euros que nous connaissons depuis maintenant deux années. Ensuite, on ne peut pas comparer le coût de construction d'une salle philharmonique avec un musée. Cette comparaison n'a pas de sens et je rejoins l'intervention de Mme PRIMET, bien évidemment si on compare à d'autres salles de musique classique, et surtout des salles philharmoniques de cette ampleur, le coût de construction de la Philharmonie est certes conséquent, mais il est dans la moyenne, voire même basse d'ailleurs, des constructions de ce type de bâtiment. Enfin, j?ajoute que le retard et les atermoiements de l'Etat et l'arrêt du chantier avant 2012 ont largement contribué à l'augmentation de ces coûts. Je regrette que, Monsieur POZZO di BORGO, vous n'en ayez pas non plus fait mention. Concernant la question de ce que vous appelez, Madame KOSCIUSKO-MORIZET, la dette cachée ou le dispositif financier et budgétaire, je veux simplement rappeler à tous les groupes, y compris au groupe Ecologiste, que lorsque le choix de construction de la Philharmonie a été fait, il y a eu unanimité totale du Conseil de Paris sur le choix de construction de la Philharmonie, mais y compris sur le choix budgétaire et financier qui a été fait, à savoir que c'est l'association de la Philharmonie qui emprunte et les tutelles qui se portent garantes de cet emprunt. Ce vote a eu lieu en 2009. Il y a eu un second vote en 2011. Là, les Ecologistes ne l'ont pas voté, vous avez raison sur ce point. Et dans cette délibération de 2011, que tous les autres groupes ont votée, il y avait à la fois le coût total de construction des travaux, mais également le montant des intérêts et la totalité du dispositif budgétaire et financier qu'aujourd?hui vous condamnez. En revanche, il est vrai qu'à cette époque-là, au lendemain de la crise, les taux d'emprunt étaient excessifs. Nous avons attendu deux choses avant de demander cette renégociation que nous demandons ensemble aujourd?hui. D?abord, que nous nous mettions d'accord sur la totalité de la clé de répartition du financement de la Ville et de l'Etat, et nous avons refusé de participer au surcoût. Ensuite, une fois que nous avons défini ce montant, pour renégocier le prêt et permettre ce projet de délibération aujourd?hui, il faut que l'association de préfiguration de la Philharmonie commence à rembourser son emprunt. C?est ce qu'elle fait dès aujourd?hui. Avec l'Etat et la Ville, je vous propose en effet que nous accompagnions la Philharmonie dans la renégociation de cet emprunt. C?est ce que je propose dans le v?u de l'Exécutif. Concernant les statuts, il n'a jamais été évoqué, je dis bien jamais, y compris avant 2012, qu'un nouveau statut existerait avant l'année 2015, c'est-à-dire avant l'ouverture de la Philharmonie. C?est pour une raison simple, c'est l'association de préfiguration de la Philharmonie qui est en charge de construire la Philharmonie. Je suis favorable à ce que, dans les plus brefs délais, et nous avons d'ailleurs commencé avec l'Etat, nous nous mettions d'accord sur de nouveaux statuts de la Philharmonie, qui puissent permettre l'exploitation de la Philharmonie. Je conclus en disant que je suis également favorable à ce qu'un groupe de travail et un comité de suivi puissent se réunir, constitué de l'équipe de la Philharmonie et des représentants, notamment de la mairie du 19e mais également des autres mairies d'arrondissements concernées, des communes limitrophes, d'associations locales, d'établissements scolaires, de conservatoires, des groupes du Conseil de Paris, non seulement afin de réaffirmer et approfondir l'inscription effective de cet équipement dans son territoire, mais également de contribuer à l'élaboration de la feuille de route de la Philharmonie. Par cette délibération, par notre investissement que j?espère partagé, nous donnerons toutes les chances à ce bel équipement de répondre à l'ensemble de nos ambitions.
Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup. Merci à Bruno JULLIARD pour ces réponses sur le fond. Je me réjouis vraiment que nous ayons pu remettre ce projet à plat et clarifier nos relations, notamment financières avec l'Etat, sans le remettre en cause. Ce projet va apporter un élément majeur, la grande musique, la musique classique, mais aussi un équipement dans l'Est parisien, dont je souhaite qu'il puisse servir aux populations qui y vivent. Je souhaite, en effet, que la vocation de grande école de musique permette de faire accéder à un enseignement musical de qualité, des enfants de tous nos quartiers qui n'iraient pas spontanément, dont les parents n'iraient pas spontanément vers les conservatoires parisiens. Je pense que ce grand équipement peut aussi avoir cette mission d'excellence en matière d'enseignement culturel et artistique. Avoir une grande ambition en matière d'éducation culturelle et artistique, notamment à l'égard des enfants de nos quartiers populaires, ne réduit en rien le projet de la Philharmonie. Au contraire, je crois qu'elle valorise et qu'elle accroît sa force, en ce qui concerne ce soutien à l'expression des musiques qui viendront dans ce très beau lieu, dans ce très beau bâtiment aussi. Nous en serons tous très fiers. Mais il fallait clarifier nos relations avec l'Etat et je l'ai fait, accompagnée en cela par Bruno JULLIARD que je remercie vraiment, et dont la compétence n'est nullement remise en cause par les milieux culturels et artistiques de Paris et d'ailleurs. J'ai été aussi accompagnée dans ce travail, je l'ai dit tout à l'heure, par Patrick BLOCHE et également par Noël CORBIN. Je voudrais les remercier et vraiment rendre hommage à notre Directeur des Affaires culturelles, qui nous a aussi permis d'aboutir à ce projet tel qu'il vous est aujourd'hui soumis. Nous allons à présent passer au vote. Je vais donc présenter? D?abord, en réponse aux v?ux n° 59, n° 60, n° 61 et n° 62, l'Exécutif a déposé un v?u n° 62 bis. Est-ce que ces v?ux sont maintenus ? Le v?u n° 59 du groupe Ecologiste de Paris est-il maintenu ?
Mme Anne SOUYRIS. - Non, nous le retirons au profit de celui de l'Exécutif.
Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup. Le v?u n° 60, il en est de même ? C'est aussi le groupe Ecologiste ?
Mme Anne SOUYRIS. - Nous le retirons aussi au profit de celui de l'Exécutif.
Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup. Le v?u n° 61 du groupe U.M.P. est-il maintenu ? Oui. Je mets donc aux voix, à main levée, la proposition de v?u déposée par le groupe UMP, assortie d'un avis défavorable de l'Exécutif. Qui est pour ? Contre ? Abstentions ? La proposition de v?u est repoussée. Je mets aux voix, à main levée, la proposition de v?u, référencée n° 62, déposée par les groupes UMP et UDI-MODEM, assortie d'un avis défavorable de l'Exécutif. Qui est pour ? Contre ? Abstentions ? La proposition de v?u est repoussée. Je mets aux voix, à main levée, le projet de v?u référencé n° 62 bis déposé par l'Exécutif. Qui est pour ? Contre ? Abstentions ? Ne prend pas part au vote ? Je n'ai pas compris : ne prend pas part au vote, l'U.M.P. ? S?abstient. Le projet de v?u est adopté. (2014, V. 233). Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DFA 33. Qui est pour ? Contre ? Abstentions ? Le projet de délibération est adopté. (2014, DFA 33). Je vous en remercie.