48 - 2012, DEVE 17 - Attribution de la dénomination jardin Alexandre Soljenitsyne au jardin situé place de la porte Maillot (16e).
48 - 2012, DEVE 17 - Attribution de la dénomination jardin Alexandre Soljenitsyne au jardin situé place de la porte Maillot (16e).
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Nous examinons le projet de délibération DEVE 17 : attribution de la dénomination jardin Alexandre Soljenitsyne au jardin situé place de la porte Maillot (16e).
M. CORBIÈRE a la parole.
M. Alexis CORBIÈRE. - Je vous ai vu tiquer, Monsieur le Président.
Je me suis inscrit sur ce projet de délibération afin que mon opinion soit entendue par cette Assemblée. Je crois qu'il faut considérer Soljenitsyne pour ce qu'il a été et fut, un écrivain et une des victimes du stalinisme, victime d'une dictature, indiscutablement.
Mais vouloir en faire un des symboles de la liberté est une erreur absolue et la marque d'une méconnaissance de ce que pensait Soljenitsyne. S'il fut une victime du stalinisme, il n'empêche que sa propre vision de la Russie, de son pays, et même de l'ensemble du monde et des civilisations, je pourrais dire d'ailleurs, était une nostalgie de la Russie tsariste, monarchiste. Il était violemment opposé aux révolutions russe et française. Il a même été invité en 1993 par Philippe de VILLIERS pour venir en France dire tout le mal qu'il pensait de la révolution française et de notre déclaration Liberté-Égalité-Fraternité qu'il jugeait comme intrinsèquement perverse.
Et il était clairement antisémite. Il l'a encore écrit dans son dernier ouvrage, en 2001, "Deux siècles ensemble" donne une vision abjecte de l'histoire de la Russie marquée par une vision repoussante, systématiquement antisémite, expliquant que les juifs étaient victimes des pogroms dont ils étaient eux-mêmes responsables, réhabilitant le tsar, dont je rappelle que l'armée blanche du tsar avait pour chant un chant dont les paroles disaient "nous tuerons les youpins", et c'est cela que réhabilite Soljenitsyne.
Alors laissons-le là où il est, mais de grâce, laissons Paris, capitale de la France et de la République, gardons sur ses murs ceux qui méritent l'honneur de pouvoir mettre leur nom, mais ne donnons pas le nom de Soljenitsyne, qui fut, par les idées qu'il a exprimées, par ce qu'il a écrit, l'adversaire le plus résolu des principes républicains qui nous unissent.
Merci.
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Vous auriez pu ajouter qu'il était aussi passablement homophobe !
Monsieur DUBUS, vous avez la parole.
M. Jérôme DUBUS. - On se demande pourquoi ce v?u a été voté quand il a été présenté par moi-même et Yves POZZO di BORGO, en 2008 et en 2010, car il a été voté à une majorité !
S'il était antisémite, homophobe, et je ne sais quoi d'autre? impérialiste, etc., je me demande pourquoi une majorité l'a voté. C'est la première question.
La deuxième question est que? je n'ai pas envie de polémiquer avec Alexis CORBIÈRE. Alexis n'aime pas Alexandre : c'est comme ça, mais qu'est-ce que vous voulez, peu importe !
Je rappellerai simplement ce que dit Lech WALESA à propos de Soljenitsyne ; je le cite : " Soljenitsyne appartenait à ce groupe de personnalités irremplaçables et nécessaires pour créer un monde meilleur. Ce n'était pas un grand homme d'action, mais c'était un brillant visionnaire. Ses diagnostics en faisaient presque un prophète. En ce sens, il m'a aidé dans mon combat pour la liberté".
Tout est dit : je n'ajouterai rien à cette polémique stupide et un peu stérile. Merci.
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Il n'est jamais stupide d'éclairer et de débattre. Les opinions sont toutes respectables.
Mme GIBOUDEAUX a la parole.
Mme Fabienne GIBOUDEAUX, adjointe, au nom de la 4e Commission. - Je voudrais rappeler, concernant les dénominations de places, de rues et de squares, qu'une commission s'est réunie. Je pense que ce débat a dû avoir lieu lors de la commission suivi par un vote qui propose le square qui est porte Maillot, donc il faut aussi accepter que dans ces commissions, des décisions soient prises et qu'elles soient appliquées suite aux v?ux qui sont proposés au Conseil de Paris. C?est dans cette logique que nous nous retrouvons aujourd'hui avec ce projet de délibération.
Je partage les critiques que fait M. Alexis CORBIÈRE sur la fin de la vie d'Alexandre Soljenitsyne, évidemment, mais je pense que par rapport à un lieu public, le grand public, quand il va voir le nom d'Alexandre Soljenitsyne, va plutôt faire référence au roman qu'il a écrit sur le goulag, sur cette dénonciation des camps staliniens, et je pense que c'est important, parce que c'est lui, quand même, qui l'a rendu visible à un grand public dans les années soixante-dix, je m'en souviens très bien, et je pense que c'est à cela qu'on fait référence quand on donne le nom d'une personne sur un lieu public. Effectivement, ce n'est pas sur toute sa vie, c'est sur cette période qui, je crois, est la plus connue du grand public ; c'est pourquoi je vous invite, malgré les réserves que je partage sur la fin de la vie et les positions très slavophiles de Soljenitsyne, à voter ce projet de délibération.
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Donc souplesse pour Soljenitsyne, intransigeance pour Céline. Nous allons donc passer au vote.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DEVE 17.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Je suis très content de ne pas voter.
Le projet de délibération est adopté. (2012, DEVE 17).